LIVRE PREMIER
tyrannique visage, contre lequel nous n'avons plus la liberté de liaiilser seulement les yeulx Les marcschaux, meiilniers, armuriers, ne sçauroient dcuieuier au bruit qui les frappe, s'il les peiceoit comme nous.
Mon collet de (leurs* sert à mon nez : mais, aprez i\ue ie m'ensuis vestu trois iours de suite, il ne sert qu'aux
nez assistants le loge chez nioy eu une tour, où, à hi
diane et à la retrairle, une fort grosse cloche souiie touts les iours VAve Maria. Ce lintaniarre estonne ma tour mesme : et aux premiers iours me semblant insupportable, en peu de temps m'apprivoise de manière que ie l'oy sans offense, et souvent sans m'en esveiller.
Montaigne fait ici d'exceilentcîs remarques sur l'éducation des enfants :
Je treuve que nos plus grands vices prennent leur |)ly dez notre plus tendre enfance, et que nostre principal gouvernement est entre les mains des nourrices. C'est passetemj)s aux mères de veoir un enfant tordre le cou à un poulet, et s'esbattre à blecer un chien et un chat; et tel père est si sot, de prendre à un bon augure d'une âme martiale, quand il veoid son fils gourmer iniuricusement un païsan ou un laquay qiii ne se deffend point, ot à gentillesse, quand il le Acoid aflluer son compaignon par quelque malicieuse desloyauté et tromperie. Ce sont pourtant les vraies semences et racines de la cruauté, de la tyrannie, de la trahison : elles se germent là; et s'eslevent aprez gaillardement, et proufitcnt à force entre les
' Es|)rce clo |)onr|i()iiU ilo pcnii |iniTiiin('i' , ?i |iotile.s basques et sans innnelie.s.
inaiiis tle la (•oustuine. I"l csi nue ti'esdan(jereiise iusliliilioii, d'excuser ces vilaines inclinations par la foiblesse de l'aaffe et la le[;ierefé du siihiect : premièrement, c'est nature qui parle, de (pii la voix est lors plus pure et ])lus naïlÀc? qu'elle es( plus jjraile et plus neufve : secondement, la laideur de la piperie ne despend pas de la difTerence des esciis aux espin{>les; elle despend de soy. le Irenve bien plus juste de cf)nrhire ainsi : a Pourquoy ne tromperoit-il aux escns, puisqu'il trompe aux espinf^'les? " qne connue ils font : n Ce n'est qu'aux espingles; il n'aurolt {jarde de le faire aux escus. » Il finit appreridrc soigneusement aux enfants de haïr les vices de leur propie contexture, et leur en fault apprendre la naturelle difformité, à ce qu'ils les fuyent non en leur action seulement, mais surtout en leur cœur; (pie la pensée mesme lenr en soit odiense, (pu'l(|ne inascpie qu'ils portent.
Nous avons vu (jiic Montaigne prenil soin délaisser la i'es}3onsabilité des histoires qu'il raconte sur la couscience de ceux à qui il les emprunte. La précaution u'(,'st pas inutile; car nous trouvons ici des exeniplcs (pii ne sont pas sérieux et (pu" la vraiseiuhlauce la j)l!is indul;;enl(» ne saurait adnietlic l'ividenuuent Monlai(jiie a ^()llhl divertir le lecteur et lui raconter des contes plus ou uioins annisauts, qiuuul il parle de fjiauds |)euples qui s'étaient accoutumés à vivre d'araijjuées, de sauterelles, de l'ourmis, de lézards et de chauves-soiu'is. « 1/s /es cm'se/it et fes (ij>j)restent à