LIVRE Pr.KMIKR
diverses sauces, » aj()ul(--L-il. Les araignées, n'importe il (jnellc sauce, ça doit être mauvais. J'ai aussi de la peine à croire Montai^jnc quand i! nous dit que dans certains pays, si c'est un man/iaiid qui se marie, touts les marchatids conviez à la nopce couchent avecques /'espousce avant luy ; qu'ailleurs on (iiit cuire les corps des tre'passés pour en faire une bouillie que l'on mêle au vin. Avec un vin de choix, cela doit Taire une boisson délicieuse et va à merveille avec un plat d'araignées. Ces foits-lh , bien entendu, sont censés se passer chez les sauvages. Ce sont des récits de voyageurs à qui le proverbe : A beau mentir qui vient de loin, était familier. Montaigne fait de tout cela un pèle-méle où le vrai et le faux se confondent d'une façon étrange, mais assez divertissante. Par exemple l'invraisemblance dépasse toutes les limites quand il nous parle d'un pays oit la richesse estait en tel mépris, que le plus cliestif citoyen de la ville n'eust daigne baisser le bras pour amasser une bourse d'escus. Ce pays-Jà n'a jamais existé, et j'aime mieux croire, non pourtant sans un peu de peine, qu'en Cio il s'y passa sept cents ans sans mémoire que femme ny jUle y eust J'aicl J'aulte à son honneur.
Mais revenons aux choses sérieuses. J'admire trop Montaigne pour lui manquer de respect en don-
liant souvent à cette eluole le ton de la plaisanterie. Est-il rien de plus vrai et de plus profondément observé que les réflexions suivantes sur la puissance de la coutume?
Le principal effect de sa puissance, c'est de nous saisircl empiéter de telle S(jrte , qu'à peine soit il en nous de nous ravoir de sa jirinse et de r'entrer en nous, pour discoiuir et laisonner de ses ordonnances. De viav, paice ([ue nous les htnnons avec le laict de nostre naissance, et (pie le visa(;e i\y\ monde se présente en cet estai à nostre première veue, il semble que nous soyons nayz à la condition de suyvre ce train; et les comnnmes iniajjinalions que nous trou\ons en crédit autour de nous, et infuses en nostre anie par la semence de nos peies, il semble que ce soyent les (générales et naturelles : par où il advient que ce qin est hors les gonds de la coustume, on le Cl oit hors les jjonds de la raison : Dieu sçait coml)ien desraisonnablenieut le plus sou\ent !
VA plus loin :
Les peuples nourris à la liberté, et à seconniiaiider eiilx mesnies, eslimeiif tonle aidlre l'orme de police monstrueuse el c(nitic nainre : ceidx «jui sonl duicls à la monarchie, en font de mesmes; et, (pudcpie facililé (pie leur preste fortune au chaudement, lors mesmes ([u'ils se sont, avecques yiandes dilficidlez, desfaicts de rimp(jrtunil(!' d un maistre, ils courent à en i-e[)lanter un nouvi-au avecques pareilles difficultez, jjoiu- nese pouvoir rcsoiddic de ])icndie en haine la maisfrise. C'est par rentiemise de la coustume (pie chascun est content du lien où nature
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l'a planté; et les sauva(jes d'Escosse n'ont que faire de la Touraino. ny les Scythes, de la Thessalie.
Qui voiildra 8e desfaiie de ce violent preiudice de la coustume, il trouvera plusieurs choses receues d'une resolulion indubitable, qui n'ont appuy qu'en la barbe chenue et rides de l'usaye qui les accompaiyne : nun's ce masque arcaché, rapportant les choses à la vérité cl à la raison, il sciitiia son iiirrcnient comme tout houleversé, et remis pourtant en bien plus seur estât. Pour exemple, ie luy demanderay lors, quelle chose peult estre plus estrange, que de veoir un peuple obligé à suyvre les lois qu'il n'entendit oncques; attaché en touts ses affoires domestiques, mariages, donations, testaments, ventes et achapts, à des règles qu'il ne peult sçavoir, n'estants escriptes, ny publiées en sa langue, et desquelles, par nécessité, il luy faille acheter l'interprétation et l'usage"?....
Qu'est-il plus farouche que de veoir une nation où, par légitime coustume, la charge de juger se vende, et les iugements soyent payez à purs deniers comptants, et où légitimement la iustice soit refusée à qui n'a de quoy la payer; et ayt cette marchandise si grand crédit, qu'il se ftice en une police un quatriesme estât de gents maniants les procez, pour le ioindre aux trois anciens, de l'Eglise, de la noblesse, et du peuple; lequel estât, ayant la charge des loix et souveraine autorité des biens et des vies, face un corps à part de celuy de la noblesse : d'où il advienne qu'il y ayt doubles loix, celles de l'honneur et celles de la justice, en plusieurs choses fort contraires; aussi rigoureusement condemnent celles là un démenti souffert, comme celles icy un démenti revenché; par le
debvoir d(>s armes, celny là soit dégradé d'honneur e( de noblesse, qui souffre une iniure, et parle debvoir civil, celny qui s'en venf^e encoure une peine capitale; qui s'adresse aux loix pour avoir raison d'une offense faicte à son honneur, il se deshonuoie , et qui tic s'y adresse, il eu est puni et chastié [)ar les loix : et de ces deux pièces si diveises, se rappoilants toutesfois à un seul chef, ceulx là a veut la paix, ceulx cy la ;jucrre, en chai-(;e; ceulx là ayent le ;;aiu.-;, ceulx cy l'honneur; ceulx là le scavoir, ceulx cy la vertu; ceulx là la parole, ceulx cy l'action; ceulx là la justice, ceulx cv la vaillance; ceulx là la raison, ceulx cy la force; ceulx là la robe longue, ceulx cy la courte, en partage?
Aujourd'hui encore, les lois de l'Iionneiir et celles Je la justice, poui- uie servir des expressions de Montaigne, sont quelquefois en désaccord, et il se pj-oduit dans ce cas un fait contraire à une bonne législation; c'est que les juges font passer les mœurs avant la loi. On en voit de fréquents exemples dans les questions de duel.
Dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais, à propos de la vénalité des charges , Figaro dit à Brid'oison : « C'estun bien grand abus de les vendre! — Oui, répond Brid'oison, on ferait mieux de les donner pour rien. »