‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 37 sur 250 · LIVRE PREMIER. (i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. (i

Je serais tenté de croire que Molière s'est a|)[)uyé sur l'autorité de i\[ontaigne pour penser si mal des médecins. Ils sont merveilleusement d'accord, et Béralde pariant à Arjjan dans le ^falade imaginaire reproduit à peu de chose près les idées et le langage de Montaigne. Ecoutons d'abord Montaigne :

lo suis au rebours des aultres: car ie méprise leur

art bien tousiours Quand ie suis malade, au lieu d'entrer en composition, je commence encore à la baïr et à la craindre; et responds à ceulx qui me pressent de prendre médecine, qu'ils attendent au moins que ie sois rendu à mes forces et à ma santé, pour avoir plus de moyen de soustenir l'effort et le bazard de leur bruvage. le laisse faire nature et présuppose qu'elle se soit pourveue de dents et de griffes, pour se deffendre des assaults qui luy viennent, et pour maintenir cette contexture dequoy elle fuit la dissolution. le crains, au lieu de l'aller secourir, ainsi comme elle est aux prinses bien estroictes et bien ioinctes avecques la maladie, qu'on secoure son adversaire au lieu d'elle, et qu'on la recharge de nouveaux affaires.

C'est bien, à peu près, ce que dit Béralde à Argan : « Une grande marque, mon frère , que vous vous » portez bien et que vous avez un corps parfaitement " composé, c'est qu'avec tous les soins que vous » avez pris, vous n'avez pu parvenir à gâter la bonté » de votre tempérament, et que vous n'êtes point ') crevé de toutes les médecines qu'on vous fait

» j)reii{lre. » J'^t plus loin : « Je ne vois lien de pins " ridicule qu'un homme qui veut se mêler iVcn » (juerir un autre. Les ressorts de notre machine » sont des mystères, pistpi'ici, ou les hommes ne » voient goutte, et la nature nous a mis au-devant '! des veux des voiles trop épais pour y connoitre » quehpie chose. — Que faire donc quand on (st " malade? rej)rend Ar.'jan. — Jlien , mon frère. — " Eieu! — Rien : il ne faut (jue demeurer en repos. » La luUure d'elle-même, quaiul nous la laissons faire " se tire doucement du désordre ou elle est tomhèe : ') c'est notre incpiiètude, c'est notre impatience qui » (jâte tout; presque tous les hommes meurent de » leurs remèdes , et non pas de leurs maladies. »

Cette opinion, qui, hien à tort, fait hausser les ('paules à nos médecins, et jjour cela on ne saurait leur en vouloir, nous la retrouvons exprinnîe avec l'accent du meilleur comique dans V Amour ni«-decin , acie second, scène première :

SGAN MULI.K.

Est-re (|iie lt\s niédocins font iiioinii ?

Page 1