‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 44 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

non pour en rapporter seulement, îi la mode de nostie noblesse francoise, combien de pas à Santn rolonda \ ou la richesse des calessons de la signora I.ivia; on, comme d'aultres, combien le visajje de Néron, de quelque vieille ruyne de là, est plus long' ou plus large que celuv de quelque pareille médaille; mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et poin- frotter et limer nostre cervelle contre celle d'aultruy. le vouldrois qn'on commenceast à le promener dès sa tendre enfance; et premièrement, pour faire d'une pierre deux coups, parmi les nations voysines où le langage est le plus esloingné du nostre, et auquel, si vous no la formez de bonne heure, la langue ne se peult plier.

Aussi bien est ce une opinion receue d'un chascun, que ce n'est pas raison de nourrir un enfant au giron de ses parents : cette amour naturelle les attendrit troj) et relasche, voire les plus sages; ils ne sont capables ny de chastier ses faultes, ny de le veoir nourry grossièrement comme il fault, et hnzardeusement ; ils ne le scauroient souffrir revenir suant et pouldreux de son exercice, 'boire chauld, boire froid, ny le veoir sur nn cheval rebours, ny contre un rude tireur le floret au poing, ou la première harquebuse

Et puis, l'auctorité du gouverneur, qui doibt estre souveraine sur luy, s'interrompt et s'empesche par la présence des parents : ioinct que ce respect que la famille luy porte, la cognoissance des moyens et grandeurs de sa maison, ce ne sont pas, à mon opinion, legieres incommoditez en cet aa(;e. En cette eschole du commerce des

' Le Paiiilicoii <1' Agrippa.

lioimiies, i';iy souveiif reiiiarqiir ce vice, (jniiii lien de |)rL'ii(lre co(;noissance (raiilduv, nous ne travaillons (ju'à la donner de nous; et soimiies plus on ])eine de débiter nostre laarcliandise, qne d'en acqueiir de nouvelle : le silence et la modestie sont qualitez trescoui modes à la conversation. On dressera cet enfant à estre esparjfnant et mesnagier de sa sni'Hsance, quand il l'aura acquise; à ne se formalizer point des sottises et l'ahles qui se diront en sa présence : cai' c'est une inci\ile impoilunit('' de cliocqner tout ce qui n'est pas de nostre appétit

Si son {;ouverneur tient de mon humeur, il luy iormera la volonté à estre tresloyal serviteur de son prince, et tresaffectioiiné et trescouraf;eux ; mais il luy refroidira l'enxie de s'y attacher anllrcment que par un deltvoir pidilicque. Oultre plusieurs aultres inconvénients qui ])lccent nostie liljcrtc piU- ces obligations paiticulieres, le ingénient d'un homme ;;a;;('' et achetlé, ou il est moins entier et moins libre, ou il est taché et dimprudenoc et d'iujjratitude. Lîn pur courli.s;iu ue |)eull a\<)ir ny loy ny \(jlonté de dire et penser (pu; lavorablement d'un maistre qui, parmi tant de milliers d'aultres subiects, l'a choisi poui' le iiouriir et eslever de sa main; cette (a\'ein' et utilité coii'onqx'nf , non sans <piel(jne raison, sa iV.inchise et l'esblouïssent : pourtant \eoid on coustumieiement le lang-ajje de ces jjents là divei's à (ont aullie lan[;aj;e dans un estât, et de peu de loy eu lelh' m.iliere.

Ce (jiie (lit là Montai^jne des cours et des courtisans est admirablement ol)S('i\e, et qu'on luî crie pas à l'exagération, les choses n'ont j)as change''. Au-

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