LIVRE PTIEMIKH
jourd'hiii comme alors, c'est toujours ce même lan- {jage aj)prêté, convenu, ne tenant aucun compte de la vérité; c'est toujours le masque, au sourire fixe, recouvrant le visa(je, c'est toujours enfin ce désir de plaire au maistre , comme dit Montaijjue, désir incessant, jaloux, fiévreux, qui envahit l'esprit, fait taire le cœur, et, sans hésiter, ne reculerait devant rien , pour empêcher l'approche d'un ennemi terrible qui frappe mortellement, le chagrin d'avoir déplu.
Il se tire une merveilleuse clarté pour le iuçemeut humain, de la fiequeutation du monde; nous sommes touts contiaincts et amoncelez en nous, et avons la veue raccourcie a la lon(;ucur de nostre nez
Ce (;rand monde, que les uns mullij)lient encores comme espèces soubs un geni-e, c'est le miiouer où il nous fanlt ie(;arder, pour nous cognoistre de bon biais. Somme, ie veulx que ce soit le livre de mon escholier. Tant d'humeurs, de sectes, de iugements, d'opinions, de loix et de coustumes, nous apprennent à iuger sainement des nostres, et apprennent nostre ingénient à recognoistre son imperfection et sa naturelle foi])lesse; qui n'est pas un legicr apprentissage; tant de remuements d'estat et changements de fortune publicque nous instruisent à ne faire pas grand miracle de la nostre; tant de noms, tant de victoires et conuuestes ensepvelies sous l'oubliance, rendent ridicule l'espérance d'éterniser nostre nom par la prinse de dix argoulets et d'un pouiller qui n'est cogneu que de sa
( heiite : l'orgueil et la fierté de tant de pompes estranfjieres, la maicsté si enflée de tant de conrts et de (jrandenrs, nous fennit et asseure la veue à soustenir l'esclat des nostres, sans ciller les yeulx : tant de inilliasses d'hommes enterrez avant nous, nous encoura(;ent à ne craindre d'aller trouver si bonne compaignie en l'aultre monde; ainsi du reste
L'esprit modér»^ de jMontai.'jno se fait voir de la manière la plus heureuse et la plus conforme au bon sens, à propos du travail , {jravc et difficile question qui est loin d'être résolue aujourd'hui. A mon avis, on travaille trop dans nos lycées. On surcharge l'intelli[|ence des élèves, et il en résulte de nombreux inconvénients. Du reste, c'est là une opinion reconnue, et en attendant qu'une réforme ait lieu , on pourrait consulter, écouter Montaigne, comme un guide sur qui signale le mal et indique le bien :
Pour tout cecy, ie ne veulx pas qu'on emprisonne
ce {jarson ; ie ne veulx pas qu'on l'abandonne à la cbolere et humeur melancholique d'un furieux maistre d'escliole; ie ne veulx pas corrompre son esprit à le tenir à la géhenne et au travail, à la mode des aullres, quatorze ou quinze heures par iour, comme un portefaix; nv ne trouverois bon, (piand, par quelque complexion solitaire et melancholique, on le verrolt adonné d'une application trop indiscrette à l'estude des livres, qu'on la luy nourris! : cela les rend ineptes à la conversation civile, et les destourne de meilleures occupations. 1:]tcouibien ay ie veu