‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 46 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

de mon temps d'hommes abestis par téméraire a\ idité de science?

A nostre escbolier, un cabinet, un iardin, la table et le lict, la solitude, la compaignie, le matin et le vespre, toutes heures luy seront unes, toutes places luy seront estude : car la philosophie, qui, comme formatrice des iu(}ements et des mœurs, sera sa principale leçon, a ce privilège de se mesler par tout

Ainsi, sans double, il choumera moins que les aultrcs. Mais, comme les pas que nous employons à nous promener dans une galerie, quoiqu'il y en ayt trois fois autant, ne nous lassent pas comme ceulx que nous mettons à quehpie chemin desseigné : aussi nostre leçon, se passant comme par rencontre, sans obligation de temps et de lieu, et se meslant à toutes nos actions, se coulera sans se faire sentir; les ieux mesmes et les exercices seront une bonne partie de l'estude; la course, la luicte, la musique, la danse, la chasse, le maniement des chevaulx et des armes. le veulx que la bienséance extérieure, et Fentregent, et la disposition de la personne, se façonne quand et quand Famé. Ce n'est pas une arne, ce n'est pas un corps, qu'on dresse; c'est un homme : il n'en fault pas faire à deux; et, comme dict Platon, il ne fault pas les dresser Tun sans l'aultre, mais les conduire également, comme une couple de chevaulx attelez à mesme timon ; et , à l'ouvr, semble il pas prester plus de temps et plus de solicitude aux exercices du corps, et estimer que l'esprit s'en exerce quand et quand, et non au contraire?

^ Nous voyons que Montaigne recommande les exer- " cices du corps et qu'il y met une grande importance. ^\ II. serait satisfait de la part largement faite aujour-

86 ETUDE SUil LES ESSAIS DE MONïAlGiNE.

d'Iiiii à \n gymnastique dans nos établissements universitaires. Il le serait aussi de la douce s('V('iité qui y rè,f;ne;.cai' il s'indigne avec l'éloquence du cœur et de la raison contre le ré[>ime cruel qui sévissait dans les collé(jes de son temps. ^

Au tlemourant, cette institution se doiht conduire par une severe doulceur, non coniine il se faict : au lien de conxicr les enfants aux letircs, on ne leur prosente, à la vérité, que horreiu' et cruauté. Ostcz uioy la violence et la {ï)rce : il n'est rien, à mon ad\ls, qui abastardisse et estourdisse si fort nue nature bien née. Si vous avez envie qu'il craigne la bonté et le cbastienient, ne l'y endurcissez pas : endurcissez le à la sueur et au froid, au vent, au soleil, et aux bazards qu'il luy laidt incspriser; ostez Iny toute mollesse et délicatesse au vestir et au coucher, au uianger et au boire; accoustnmez le à tout ; que l'e ne soit pus un ])eau ;;arson et daiiieret, mais un garson vert et vijjoreux. l'jilarit, bomme, vieil, i'ay tousiours ci'eu et iugé de mesme. Mais, entre aultres cboses, cette police de la plus [)art de nos collèges m'a tousiours despieu : on eiist faillv, à l'ad\entine, moins dommageablement, s'inclinant vers l'indulgence. C'est une vraie geanle de iennesse (•aj)ti\e : on la rend desbaucbee, l'en punissant avant qu'elle le soit. Arrivez v sur le ])oint de leur office; vous n'oyez que ciis, et d'enfants siq^pliciez, et de inaistres enyvrez en leur cbolere. Quelle manière pour es\eiller l'appelit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintifves, de les y guider d'une trongne effroyable, les mains armées de fouets! Inique et pernicieuse forme!

Quel tableau ! «pudlc vipueurde coloris, et quel im-

Page 1