‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 51 sur 250 · LIVRE l'UEMIER · texte numérisé non relu

LIVRE l'UEMIER

avoil peu rencontrer seulement l'ombre d'un amy : il a\oit cei'tes raison de le dire, mesine s'il en avoit taslé. Car, il la vérité, si ie compare tout le reste de ma vie, (]nov qu'avecques la {jrace de Dieu ie Tave passée dcjiilce, aysee, et, sauf la perte d'un (el amv, exempte d'ailliction poisante, pleine de tranquillité d'esprit, ayant prins en pavement mes commodité/, naturelles et orijjiiielles , sans en rcclierclier d'anltres; si ie la compare, dis ic, toute, aux quatre années f[u'il m'a esté donné de ioiiyr de la doulce compagnie et société de ce persounajje, ce n'est (|ue fnmee, ce n'est qu'une nuict obscure et ennuyeuse. Depuis le ionr que ie le perdis, ie ne foys que traisner laujjuissant, el les plaisirs mesmes qui s'offrent à moy, au lieu de me consoler, me redoublent le re(;ret de sa perte : nous estions ii moitié de tout ; il me semble que ie luy desrobe sa part.

Nec fas esse ulla ine voluptate hic liai

Decrevi, tantisper dum ille abest meus pardceps ••

l'estois desia si faict et accoustumé à estre deuxiesnie partout, qu'il me semble n'estre plus qu'à dcmv

Tout cela est d'un sentiment exquis, et je n'ajoute plus rien à ces citations. Non pas qu'on ne trouve encore dans ce vin^jt-septième chapitre des observations très-justes sur l'amitié dans le mariage, entre père et fils, entre frères, et sur les obstacles nombreux qui en limitent l'expansion. Mais je m'arrête ici et ne

' Je me suis condamne à ne jouir d'aucun plalsii', aussi lonjjtemps que je serai séparé de celui avec qui je partageais tout. TÉhknce.

9V ÉTUDE SUR LES ESSAIS DE M0?> T A I G ?i E.

veux pas affaiJ)lir l'impression délicieuse que les pages qui précèdent ont dû causer au lecteur.

CIIAPÎTI!!: XXVHÎ.

VINGT ET NEUF SONNETS d'eSTIENNE DE LA P.OÉTIE.

\iii(jt-Meul" sonnets ! ii lire de suite! Montaigne a voulu faire passer à la postérité les vingt-neuf sonnets (le sou ami. (je n'est pas tout ;t fait uik; raison |)our qu'on les lise. Je m'imagine (pie les pages ont toujours été tournées très-raj)idement à cet eudroit (les Essais, l'ourtaut I3(jileau a dit :

l'ii sDiiiict sans dél'aul vaut seul un Ion;; poëme.

C'est possible. D'abord le ])lus souvent un Ion;; po('me ne vaut rien. On fait encore des sonuels aujourd'hui. Les lit-on?.Te ne crois pas, et comme ceux d'Estienne de La Boétie auraient certainement le même sort, si je m'avisais tien citer, j'aime mieux passer au chapitre suivant.

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