CHAPITRE XXXI
qu'il fault sobrement se mesler de iuger des ordonnances divines.
Je cite la première page et les six dernières lignes de ce chapitre, en ajoutant pour seul commentaire cette observation juste et profonde de M. Sainte- Beuve, que « Montaigne est moins la philosophie que » la nature; c'est le moi, c'est la nature toute pure » qui se décrit et se raconte. »
Le vrav champ et subiect de riniposture sont les choses incogneues : d'autant que, en premier lieu, l'eslrangeté inesme donne crédit; et puis, n'estant point subiectes à nos discours ordinaires, elles nous ostcnt le moven de les combattre. A cette cause, dict Platon, est il bien plus aysé de satisfaiie, parlant de la nature des dieux, que de la nature des hommes, parce que l'ignorance des auditeurs preste une belle et large carrière, et toute liberté au maniement d'une matière cachée. Il advient de là qu'il n'est rien creu si fermement que ce qu'on sçait le moins; nv gents si asseurez que ceulx qui nous content des fables, comme alchymistes, prognosticqueurs, iudiciaires, chiromantiens, médecins, id getius omne^ : ausquels ie ioindrois volontiers, si i'osois, un tas de gents, interprètes et contreroolleurs ordinaires des desseings de Dieu, faisants estât
1 Et tous les gens de cette espèce. Horace, Satire i.
(le honver ](\s causes tic rliasfjue accident, et de venir dans les seciels de la voloiilé divine les motifs incompréhensibles de ses œuvres : et, «juoy que la variété et la discordance continuelle des événements les reiecte de coiny en coing, et d'orient en occident, ils ne laissent de suyvre pourtant leur esteuf, et de mesuie creon peindre le blanc et le noir.
Il se fault contenter de la lumière «pTil plaisi au
soleil nous connnunirpier j)ar ses ravons; et cpii esicveia ses yenlx pour en prendre une plus ;;raiide dans son corps mesme, qu'il ne treuve pas eslrange, si, pour la peine de son oulti'ecuidance, il y perd la vue.