LIVRE PRE.MIRR
écrits. On ne parle pas ainsi de soi-même, et cette
impertinente vanité du (jraïul orateur romain devait
déplaire à Montaigne, qui aimait tant la modération
en toutes choses. Mais il ])lâme surtout Cicéron et
Pline le Jeune d'avoir écrit h leurs amis des lettres
qui ne leur parvenaient pas toujours et qu'ils n'en
livraient pas moins à la publicité, avecqiies cette digne
excuse, qu'ils n'ont pas voulu perdre leur travail en
veillées .
Sied il pas bien à Jeux consuls romains, souverains magistrats de la chose publicque emperiere du monde, d'employer leur loisir à ordonner et fagotter gentiement une belle missive, pour en tirer la réputation de bien entendre le langage de leur nourrice! Que feroit pis un simple maistre d'eschole qui en gaignast sa vie? Si les gestes de Xenophon et de Caesar n'evissent de bien loing surpassé leur éloquence, ie ne crois pas qu'ils les eussent iamais escripts : ils ont cherché à recommender, non leur dire, mais leur faille
Montaigne oïd^liait-ii que les lettres de Cicéron sont des mémoires historiques remplis d'intérêt, et que celles de Pline le Jeune contiennent de ciuieux détails sur les mœurs de son temps? La forme épistolaire s'adapte parfaitement à l'histoire, particulièiement quand il s'agit de faits contemporains, et, pour citer un exemple, on connaît mieux le siècle de Louis XIV, quand on a lu les lettres de madame de Sévigné.
lis ETUDE SUR LES ESSAIS DE MONTA IG^^E.
Montaigne finit ce cliapitre cji nous parlant de lui. Ne nous en |)laipuons j)as. Ecoutons-le au contraire avecnii plaisir qu'on éprouve très-raremeut à entendre les (;('ns jiarlcr d'eux-mêmes. Il est vrai (jue personne ne s'en ac(|uitta jamais si jjien que ce causeur charmant et tout à fait inimitable.
wSur ce suljiect de lettres, ie \culx dire ce mot, que c'est lui <)ii\ ia|je auquel mes amis tiennent que ie j)uis quelque chose; et eusse prins plus \olontieis celte loiiiie à puhlier
mes ver\es, si i'enssc eu à qui parler l'ay natiu'elle-
ment un style comicpie et privé, mais c'est d'une forme
iidenne, inepte aux ne^ocialions puhlicques ; et ne
m'entends pas en lettres ceiimonieuses, qui n'ont aidtre suhstance que d'une belle enPdeure de paioles courtoises. le n'ay n\- la l.irulté nv le (joust de ces lon;;ues oFFresd'alfeclion et de service : ie n'eu crois pas taiU , et me desplaisl d'en dire {jueres oultre ce que l'en ciois. C'est bien loin;; d(; l'usage présent; car il ne leut jamais si abiecte et servile prostitution de présentations
le hais à mort de sentir le llattcur . K bienveigucr,
à prendre con^é , à remejcier, à saluer, à |.resenter mon service, et tels couq)liments verbeux des loix cerimonieuses de uostre civilité, ie ne cojjuois personne si solteuieiU stelile de langage (|ue moy; et u'av iauiais esté enij)]<>vé à faire des lettres de faNciu' et recouunendation, que celuy
pour qui c'esloil u'aye liouvees sèches et lasches Si tout
le papier que i'ay aultrefois barbouillé pour les dames estoit eu nature, lorsque ma main esloit \eritablemeut em|)ortee par ma passion , il s'en trouveroit à l'adventiu-e