LIVRE PREMIER. lî
puis, tle peur de cette altercation, à laquelle et uiou humeur et ma forme de parU'r est du toul incompatible. Il n'est rien que ie haïsse comme à marchander; c'est un pur commerce de trichoterie et d'impudence; apiez une heure de débat et de bar[;uigna{;e, l'un et l'aultre abandonne sa parole et ses serments pour cinq soûls d'amendement.
Voici une bonne leçon donnée à l'avare qui thésaurise :
Si l'amasse, ce n'est que pour l'espérance de quelque voisine emploite, non pour acheter des terres, de quoy ie
n'av qiu.' faire, mais pour acheter du plaisir le n'ay ny
gueres peur que bien me faille, ny nul désir qu'il augmente..., et me gratifie singulièrement que cette correction me soit arrivée en un aage naturellement enclin à l'avarice, et que ie me veoye desfaict de cette folie si commune aux vieux, et la plus ridicule de toutes les humaines folies.
Ici Montai(;ne rentre dans son sujet et ne le quitte
plus jusqu'à la fin de ce chapitre, qui ne compte pas
moins de trente pa^^es :
L'aysance donc et l'indigence despendent de l'opinion d'un chascun; et non plus la richesse que la gloire, que la sauté, n'ont qu'autant de beauté, et de plaisir, (jue leur en preste celuy qui les possède. Chascun est bien ou mal, selon .piil >^'en treuve : non de (|ui on le croid, mais (pii le croid de soy, est content; et en cela seul la créance se donne essence et vérité. La fortune ne nous faict ny bien nv mal ; elle nous en offre seulement la matière et la
i'Iii ÉTUDE S U il LES ESSAIS DE MO^iTAlGNE.
semence : laquelle nostie aiiie, plus puissante qu'elle, tourne et applique* connue il luy plaist; seule cause et uiaistiesse de sa condilion heureuse ou mallienreuse. Les accessions externes jMeiuient savein- et couleur de l'interne constiintion : coniine les acconslrenients eschauffent , non
(1(> leur clialeur, mais de la nostre
Oc sus, pourqiioN', de ta ni de discours ([ui persuadent diversement les hommes de mespriser la mort et de portei' la douleur, n'en trouvons uoiis ([uelqu'un ([ui lace pour nous?Et de tant cFespeces d'ima{;inations qui l'ont persuadé à aultruv, quechascun n'en ap[)lique il à soy une, le plus selon son humeur? S'il ue peult dijjerer la dro;;ue lorle et ahstersive pour desraciner le mal, au moins (pi'il la prenne
leiiitive pouiie soulajjer Au demouranf, on n'eschappe
pas à la philosophie, |.our faire valoir oultre mesure lasprel('' des <Ionleurs et l'Im liiaine (oiblesse; car on la contrainct de se reiecter à si's in\inci!)les lepliques : k S'il est )' mauvais de vivie en nccessiU', au moins de a ivre en ne- » cessiléil n'est aulcinie iiecessiu''. Aul n'est mal loUj'jlem ps (pi'à sa (aulle. Oui n"a le cœiu' de souflVii' nv la moit ny la vie; (jLii nevcullny résister ny fuyr, à quoi est il bon?
Ce dernier pai'agrapjie.est traduit de Senèepie et |)ort<' eji elïet Tenipreinte d'une morale cjnelcpu; peu païenne. Les idées elirf'tiennes (îirivcut mieux notre àinc, car elles nous couseillcut aussi de résister. Mais elles nous défendent de luir.
LiYlU-: !• REM 1ER. '27
en AIMTRE XLT.