‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 87 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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DE T,A VANTTÉ DE.S PAIIOLLES.

Montaigne n'aime pas les orateurs politiques, et croit que pour être en un estai bien réglé, les nations n'ont rien de mieux à faire que de s'en passer. Il leur reproche assez justement de grossir sans cesse les proportions de toute chose, et de faire profession d'un art piperesse et mensongiere :

Un rhetoricien du tonqis passé disoit que son mestier estoit, « Do rhoses petites, les faire paroistre et trouver grandes »

Les republiques qui se sont maintenues en un estât réglé et bien policé, comme la cretense ou lacedemonienne, elles n'ont pas faict grand compte d'orateurs. Ariston définit sagement la rhétorique, « Science à persuader le peuple " ; Socrates, Platon, « Art de tromper et de flatter »

C'est un util inventé pour manier et agiter une tourbe et une commune clesreglee; et est util qui ne s'employe qu'aux estats malades, comme la médecine. En ceulx où le vulgaire, ou les ignorants, ou touts, ont tout peu, comme celuy d'Athènes, de Rhodes et de Rome, et où les choses ont esté en perpétuelle tempeste, là ont afflué les orateurs

L'éloquence a flori le plus à Rome lorsque les affaires ont esté en plus mauvais estât, et que l'orage des guerreS civiles les agitoit : comme un champ libre et indompté

l.">2 ETCDE SUR LES ESSAIS DE MOMAIGNE.

porte les lierbes plus gaillardes. Il semble par là (pie les polices qui despendent d'un monarque en ont moins hesoin^j que les aultres : car la bestise et facilité qui se tieuve en la commune, et qui la rend subiecle à estre maniée et contournée par les aureilles au donlx son de cette liarmonie, sans venii- à poiser et co(;iioistre la vérité des cboses par la force de raison; cette facilité, dis ie , ne se trenve pas si ayseement en un seul, et est plus aysé de le garantir, par bonne institution et bon conseil, de Timpression de cette pf)ison

Je ne voudrais pas faire abus d'actualité eu diri- {^;eant presque constanuu(Mit cette étude vers les choses fjui se passent sous nos yeux. Mais je demande si jMontai(jue n'aurait pas encore plus laison aujourd'Iuii fpie de son temps, et si, j)our me servir du rapprochement qu'il fait, les orateiu's politicpies s'entendent mieux à guérir les Etats malades que les médecins à jjuérir leurs clients. Je pencherais du côt(' des médecins; quoi qu'en dise Molière, nous ne nionrons pas tous de leurs remèdes.

Montaifpie, en finissant, reproche à son siècle l'abus des titres superbes et des surnoms «glorieux. Nous en sommes encore là, et c'est exactement de même aujourd'bui. (jn'ai-je (entendu ini bon nombre de fois, non sans hausser h'fjèremeut les é|)aules, dans des sociét(*s ])lus ou nioiiis savantes, plus oti

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