DES SENTEURS
Après avoir dit, d'après Plntarcpie, (pi' Alexandre le Grand espandoit une odeur suave, par quelque rare et extraordinaire complexion , ce fnii n'est, bien sur, qu'nne abominable flatterie, Montaigne pense qne le mieux encore est d'être exempt de tonte senteur, et fait cette citation de Plante : Mulier tum hene olet, uhi iiihil. « La pins exquise senteur d'une femme,
» c'est (le ne sentir rien. » C'est très-vrai. Nous sommes tous d'accoid avec Plante et ^lontaigne sur ce point.
Et les bonnes senteurs est ranjji ères, on a raison de les tenir pour suspectes à ceulx qui s'en servent, et d'estiuicr qu'elles soyeul employées pour couviir quelque delault naturel de ce cost*'' \îi
Les médecins pourroient, ce crois ie, tirer des odeuis plus d'usage qu'ils ne fout; car i'ay souvent apperceu qu'elles me clianoent, et agissent en mes es])rits, selon qu'elles sont : fjiii me faict approuver ce qn'on dict, que l'inveiUion dvs encens et parfums aux e{;lises, si ancienne el si espiuidne en toutt^s nations et leligions, regarde à cela, du nous lesionïr, esveiller et purifier le sens, pour nous reiidi'e pins propres à la contemplation
Montaigne ne pouvait supporter les mauvaises odeurs, (.y^v il lirait, nous dit-il, de plus loituj nue tout aultre :
I.e princip.il soin;;' (juc i'aye à me loger, c'est de fuyr Fair puant et |)oisant. (Jles belles villes, Venise et Paris, altèrent la faNenr que ie leur porte, par l'aigre senteur, Yxwui de son marais, lanllre de sa boue.
LIVIIE PREMIER. 159
CTTAPITRE T.VI.
Di:S PlilKl'.KS.
Montaigne parle avec un sentiment religieux , simple et vrai, de la plus belle prière qui existe au monde :
le ne sçais si le me trompe; mais puisque, par une faveur particulière de la bonté divine, certaine façon de prière nous a esté prescripte et dictée mot à uiot par la bouche de Dieu, il m'a tousiours semblé que nous en debvions avoir l'usagée plus ordinaire que nous n'avons; et, si ïen estois creu, à l'entrée et à l'issue de nos tables, à nostre lever et coucher, et à toutes actions particulières auxquelles on a accoustumé de mesler des prières, ie vouldrois que ce feust le Patenostre que les chrétiens v employassent, sinon seulement, au moins tousiours. L'E{jlise peult estendre et diversifier les prières, selon le besoing- de nostre instruction; car ie sçais bien que c'est tousiours mesme substance et luesme chose : mais on debvoit donner à celle là ce privilège, que le peuple l'eust continuellement en la bouche : car il est certain ([u'elle dict tout ce qu'il fault, et qu'elle est trespropre à toutes occasions. C'est l'unique prière de quov ie me sers partout, et la répète au lieu d'en chauffer : d'où il advient que ie nen ay aussi bien en mémoire que celle là.
Saint Augustin a dit, avec une raison profonde,
lf)0 ÉTUDE SUR LES ESSAIS DE iMO^N T A I G N E.
(lu'il ne nous est pas permis de demander à Dien autre chose que ce qui est écrit dans cette prière, l't, en effet, quel abus ne fait-on pas chaque jour et pailout de (U'uiamh's (h' toutes sortes ach'essees au Créateur ! IMais laissons parler Montai^jue :
l'avois preseiitt'iiicnl en la pensée, d'où nous veiioil celte erreur, de rccourii- à Dieu en louis uos dcsseings el culreprinses, ef l'appellera toule sorte de besoin»;, et eu (juelque lieu que noslie foihlesse venll de Taide, sans considère!' si l'occasion est iuste ou iniusle; et de escrier son nom elsa puissance, en (pielqueestat et acliou que nous soyons, pour vicieuse qu'elle soit. Il est bien nosti'e seul et uni(pie piolectein-, et peult toules choses ta nous ayder; mais encores qu'il dai;;iie nous liounorer de cette doulce alliance paternelle, il est pourtant autant iuste, comme il est bon et connue il est puissant : mais il use bien ])bis souvent de sa iuslice que de sou pou\oir, et nous favorise selon la raison d'icelle, uou selon nos tlemandes
Sa iustice et sa puissance sont inséparables : pour lu'ant implorons nous sa force en luie mauvaise cause. Il (huit avoii' l'ame nelte, au moins en ce moment an quel nous le prions, et descliai/jce de passions \ icieuses ; anlliciiK'Ul nous luy présentons nous mesmes les \er{;('s de (pioy nous cliaslicr : au lieu de labiller iiostre faidle, lions la nvlcjublffus, pies( iilauls, à crbiv à qui nous a\ons à tiemander pardon, une affection ])leine d'irre- \erence et de haine. Yoyià pourqiiov ie ne loue pas volontiers ceulx (pie ie xcois piier- Dieu plus xiiivenl el j)lus ordinairemeni, si les aclioiis \()isines de la pricre