‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 93 sur 250 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ne me tesmoiynent q('iil(]ne ameiulement et reformalion Et l'assiette <riiM homme meslant à nne vie

cxsecrable la dévotion , semble estre aiilcnnement plus condamnable que ceWv d'un lioiiiine conforme à sov, et dissohi |)arton1

Je ne sais trop dans (|uel seiauni, parmi les pins remar(|iiables , on trouveiait mieux qne les citations suivantes sur ce beau sujet de la prière :

11 y a, ce me semble en Xeno[)Iion, un tel discours où il montre que nous debvons plus rarement prier Dieu, d'autant qu'il n'est pas aysé que nous puissions si souvent remettre noslre ame en cette assiette reylee, reformée et devotieuse, où il fault qu'elle soit pour ce faire : aultrement nos prières ne sont pas seideuient \aines el inutiles, mais vicieuses, u Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à cenlx qui nous ont offensez » : que disons nous par là, sinon que nous luv offrons nostre ame exempte de vengeance et de lancune? Tontesfois nous invoquons Dieu et son aydc au com[)lot de nos

laulles et le convions à l'iniustice l'avaricieux le prie

])our la conservation vaine et superflue de ses thresors; l'ambitieux, pour ses victoires et ronduicte de sa foitune

Il est peu d'hommes qui osassent mettre en évidence les requestes secretles qu'ils font à Dieu

Il n'est rien si aysé, si doulx et si favorable que la

loy divine; elle nous appelle à soy, ainsi faultiers et détestables comme nous sommes; elle nous tend les bras, et nous leceoit en son ^iion pour vilains, ovtls et

bourbeux que nous soyons et que nous ayons à estre à l'achenir : niais encores, en recompense, la fault il je- (jarder de bon oeil ; encores fault il recevoir ce pardon avec action de grâces; et au moins, pour cet instant que nous nous adressons à elle, avoir l'anie desplaisante de ses faultes et ennemie des passions qui nous ont [)0ulsé à Tollenser.

Dans cette fin de chapitre, r|ui est comme une admii-able j)ëroraison, iMontaigne n'est j)as resté audessous des maîtres de l'éloquence sacrée. Certes ces belles pensées, ce langa^^e si pur et si élevé, ne sont pas d'un homme irréligieux, ainsi cpie l'ont prétendu avec la ri(jueur la plus injuste les solitaires de Port- Iloyal. Il est à remarc jU(M' que Pascal, qui leur donne souvent raison contre ^Iontai(jne, nen a pas moins trouvé bon de lui Faire de nombreux emprunts. Du reste, s'il a dit beaucoup de mal des Kssa/'s, il en a dit aussi beaucoup de bien. Il y en a (pii l'ont pis : Voltaire, [)ar exemple, s'est servi de Shakespeare et n'en a dit que du mal. Il est vrai que, dans ses ennuyeuses imitations, il a j)ris si peu à Sliakespeare, qu'il n'avait que faire de lui en être reconnaissant.

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