CHAPITRE TATT
i)K L A agi:
On pourrait contester plusieurs des opinions émises dans ce chapitre. Mais la lecture en est trèsagréable. Il est écrit dans ce langage expressif qui met toute la pensée dehors et où les choses sont plus entièrement dites qu'elles ne l'ont jamais été depuis. La langue du dix-septième siècle, la plus belle de notre littérature, la plus conforme aux lois éternelles du goût, devait nécessairement être limitée par ses qualités exquises d'iiaruionie, de pureté sévère et de concision. Aujourd'hui nous sommes diffus. Nos livres sont bavards; la phrase touffue les envahit, et nos seuls bons écrivains sont encore ceux qui, sans s'ingénier à chercher des formes nouvelles et à mettre vingt mots là où quatre suffiraient, suivent simplement les traditions des deux siècles derniers.
Montaigne fait l'éloge de la jeunesse, et il a bien raison. Il n'y a guère que cela de bon dans la vie. Mais n'est-ce pas aller trop loin que de prétendre que
passé trente ans le déclin commence? C'est une erreur. Montaigne se prend pour exemple :
Onant à moy, ie tiens pour certain que, depuis
cet aajjc, et mon esprit vt mon corps ont |>his diminué qu'au{jnienté, et plus reculé que advancé. Il est possible qu'à ceulx qui employent Ijien le temps, la science et l'expérience croissent avecques la \ie; mais la vivacité, la promptitude, la fermeté, et aultres parties bien plus nostres, plus importantes et essentielles, se Fanisseiil et s'allan{^fuissent.
Le corj)S , c'est possible; mais rcsj)rit, incontestablement non. De })lus, l'exemple est mal choisi. Montaifjne avait pins de trente-(in(j ans lorsqu'il commença ses Essais. Il v travaillait encore à cinquante-cinq ans, peu d'années avant sa mort, et ce livre a immortalisé son nom. Donc, il est j)ermis de le croire, ce qu'il était avant tiente ans ue vaut pas ce qu'il a été après.
l'i.N Dr i.ivi;',; iMiUMit:!',.