‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 95 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

CIIAPlTIÎi: l>!li: MIER.

DE l'inconstance DE NOS ACTIO^S.

Il est vrai, comme le dit Montai[;ne au commencement de ce chapitre premier du livre second, tjue l'inconstance et l'irrésolution sont au nombre des défauts les plus communs et les plus apparents de notre nature. En ce moment j'ai peur, pour mon propre compte, que la constance ne me mauijue avant d'avoir achevé cette étude, que j'ai commencée avec une ardeur convaincue. Je suis incertain. A mesure que j'avance, je trouve la tâche plus dilficile. Ce qui me déplaît surtout, c'est de placer à chaque instant ma faible prose près de celle d'un grand (écrivain. Je serais tenté d'y renoncer, si je ne pensais rendre un léger service à qiieUjues lecteurs peu familiarisés avec Montaigne, en les amenant ainsi ii l(! connaître, d'une manière imparfaite sans doute, mais assez pour lui accorder leur juste et vive n.liniration.

1G6 ÉTUDE sur, LES ESSAIS DE MOaTAIGAE.

Cette raison donnée, la seule qui me semble bonne, je reprends mes citations :

Il V a (jueltjue apparence cle faire ingement J'iui hoiiiine par les plus communs traiets de sa vie; mais veu la naturelle Instabilité de nos mœurs et opinions, il m'a semblé souvent que les bons aucleui-s mesmes ont toit de s'opiniastrer à former de nous une constante et solide contexiure : ils choisissent un air universel ; et, suyvant celte iniage, vont rengeant et interprétant toutes les actions d'un personnage; et s'il ne les peuvent assez tordre, les rcnvoyent à la dissiuudation

C'est là luie oljservalion très-juste. Mais lauteur n'est pas seul blâmable; il cède au (joût du lecteur il qui, même dans un lècit liist()ri(pie, il faut présenter des personna^jes d'une consUinle el solide coutexture : c'est un parti à prendre en commençant un portrait d'histoire. On fait choix du caractère, de la physionomie qu'on lui donnera, et, ce choix arrêté, il faut s'y tenir jusqu'à la hn. Ati théâtre, cette condition s'impose impérieusement. Le ptdjiic veut que dans une comédie, dans lui drame, les personnages principaux soient, pour ainsi dire, tout d'une pièce. Bons ou méchants, il ne leur permet [)as de changer. S'ils se démentent, il les siffle. Et pourlant le contraire se voit fréquemment dans la vie réelle, parce que Dieu n'a fait l'homme ni absolument bon,

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