LIVRE SECOJND
ni absolument méchant. Selon l'opinion de Montaigne, qui est la vraie, nous sommes un composé d'incessantes contradictions; et M. Prosper Mérimée a dit avec un parfait bon sens : « Rien n'est plus rare » qu'un caractère dont toutes les parties sont dans » un accord parfait. Tout est contradiction dans la » plupart des hommes, et il en est bien j)eu dont la >) vie réponde aux projets qu'ils ont formés ou aux » espérances qu'ils ont fait concevoir. »
Nostre façon ordinaire, cY'st d'aller aprez les inclinations de nostre appétit, à {jauche, à dextrc, contre mont, contre bas, selon que le vent des occasions nous emporte Ce que nous avons à cette heure proposé, nous
le changeons tantost; et lanfost cncores retoinnonssur nos pas : ce n'est que bransie et inconstance :
Duciiiiiir, ut nervis alienis mobile lijjniun '.
Nous n'allons pas; on nous emporte : comme les choses qui (lottent, ores doulcement, ores avesques violence,
selon que l'eau est ireuse ou bonasse Chasque ioiir,
nouvelle fantaisie; et se meuvent nos humeurs a\ecques les mouvements du temps :
Taies sunt hominum mentes, quali pater ipse luppiter auctiferas Iiistravit lumiiie terras -.
* Nous nous laissons conduire comme l'automate qui suit la corde qui le dirige. Horace.
2 Les esprits des hommes sont tels qu'ils changent comme les jours que Jupiter envoie à la terre. CicÉron, d'après Homère.
Nous flottons entre divers advis; nous ne voulons rien librement, rien absoluement, rien constamment.
Ce n'est pas merveille, did un ancien, que le hazard puisse tant sur nous, puisque nous vivons par liazard. A qui n'a dressé en (jros sa vie à une certaine fin, il est impossible de disposer les actions particulières; il est impossible de renger les pièces, à qui n'a une forme <lu total en sa teste : à quoy faire la provision des couleurs, à qui ne sçait ce (ju'ii a à peindre? Aulcun ne faict certain desseiug de sa vie, et n'en délibérons (ju'à parcelles. L'arclier doibt premièrement savoir où il vise, cl puis y accommodt-r la main, l'arc, la cborde, la llesche, et les mouvements : nos couseils fourvovent, parce qu'ils n'ont pas d'adicssc et de liiil : nul \(iit ne faicl, pour celuy qui n'a point de port destiné
Nous sommes touls de lopins ', et d'une contexture si informe et diverse, que cbasque pièce, cliasque moment faict son i<'u ; et se trouve autant de différence de nous à nous iiicsiiies, que de nous à aultiny.