‹ Etude sur les Essais de MontaigneChapitre 97 sur 250 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

gnerie est un vice grossier et briitnl, et que « le pire estât de l'homme, c'est où il perd la cofjnoissance et gouvernement de soy, » il ne nous apprend rien et nous sommes un j)eu trop d'accord avec lui.

Toutefois l'antiquité avait beaucouj) d'indulgence pour ce vice. Les exemples fameux ne manquent pas, et Montaigne en profite j>our nous parler une fois de plus, comme il se complaît à le faire, des Grecs et des Romains :

11 est certain que l'antiquité n'a pas fort descrié ce vice : les escripts mcsmes de plusieurs philosophes on parlent bien mollement; et, iuscpies aux stoïciens, il y en a qui conseillent de se dispenser quehjuesfois à boiie

d'autant, et de s'enyvrer pour relascher l'ame Ce

censeur et correcteur des aultres, Caton, a esté reproché de bien boire :

Karratiir et prisci Catunis Stcpe mero caluisse virUis^.

Cyrus, roy tant renommé, allègue, enUe ses aultres louanges pour se préférer à son frère Artaxerxes, qu'il sçavoit beaucoup mieulx boire que luv

Je retrouve ici ce qu'en d'autres termes me disait il y a longtemps un vieux médecin qui était plus

1 On dit que la vertu du \ie\x\ Caton s'est quelquefois réchauffée Jaus 11' vin. lioiUCE.

lu

170 ETUDE SUR LES ESSAIS DE MONTAIG?sE.

encore mon ami que mon médecin. Et cette dernière condition est lionne. Ou'aulant (|ne possible votre médecin soit votre ami. Si }>ar malheur vous en avez besoin, vous aurez moins de chance d'être traité comme im sujet n'inspirant, sauf queUpies cas trèsrares, qu'un bien faible intérêt :

Fay ouï dire à Sylviiis, cxcclk'nt iiM'ilecin de Paris, que, pour garder que les Forces de iiostre esloniacli ne s'apparesseiit, il est Ixtn, une iois le mois, de les esveiller par cet excez et les picqiicr, j)onr les garder de s'eugourdir.

PJaîou deflend aux enlanis de boire vin avant dix huict ans, et avant quarante de sViivvi-er; mais, à ceulx qui ont passé les quarante, il pardonne de s'y plaire, et de mesler i\n peu largement en leurs convives l'iuHuence de Dionysus, ce bon dieu qui redonne aux hommes la gayeté, et la ieunesse aux vieillards, qui adoucit et amollit les passions de l'ame, comme le fei- s'amollit par le feu : et, en ses loix, trouve telles assemblées à boire utiles, ponr-

veu qu'il y ayc un chef de bande à les contenir et rc;;ler ;

que le vin est capable de fournir à l'ame de la tempérance, au corps de la santé. Toulesfois ces resirictions, en partie empruntées des Carthaginois, lu\ plaisent : Qu'on s'en espargne en expédition de guerre; Que tout magistrat et tout iuges'en abstienne sur le poinct «bexecuter sa charge, et de consulter des affaires publicqucs ; Qu'on n'y employé le iour, temps deu à d'aultres occupations, ny celle nuict qu'on destine à faire des enfants.

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J'aime assez cette dernière recommandation du divin Platon.

Je voulais peu citer. Pourtant je ne puis omettre un admirable portrait du père de Montaigne. On croirait que Saint-Simon a puisé là. C'est la même manière, la même ordonnance de dessin. Il faut remarquer que dans les éditions que nous avons des Mémoires de Saint-Simon, l'orthographe et la ponctuation ont été corrigées, et que sous ce rapport Louis de Uouvray, duc de Saint-Simon, orthograj)hiant comme ses aïeux pour ne pas déroger, se rapproche beaucoup de ^ïontaigne. Enfin il avait dû lire les Essais avec une certaine préférence; car, très-froid pour les belles-lettres, il faisait ses lectures favorites des ^lémoires particuliers sur l'histoire de France depuis le règne de François I". Mais cédons la place au portrait de Pierre Eyquem, écuyer, père de Michel Eyquem, seigneur de Montaigne.

C'est merveille des contes que i'ay ouï faire à mon père, de la chasteté de son siècle. C'estoit à Iny d'en dire, estant tiesadvenant, et par art et par nature, à l'usage des dames. Il parloit peu et bien; et si mesioit son langage de quelque ornement des livres vulgaires, sur tout espagnols; et entre les espagnols, luy estoit ordinaire celuy qu'ils nommoient 3Iarc Aurèie *. Le port, il l'avoit d'une gra-

* L'Horloge des Princes, ou le Marc Aurèie , par Antoine Giievara.

vite doiilce, humble et tresmodeste ; sin^jiilicr soing de rhoniiesteté et décence de sa personne et de ses habits, soit à pied, soit à cheval : monstrueuse foy en ses paroles; et une conscience et religion, en gênerai, penchant plnstost vers la superstition (pic vers Faultre bout : pour un homme de petite taille, plein de vi(;ueur, et d "une stature droicteet bien proportionnée ; d'un visage agréable, tiiant sur le brun ; adioict et exquis en touts nobles exercices Sur mon propos, il disoit qu'en toute une province, à peine v a\oil il une femme de (pialilé, qui feust mal nommée; recitoit des estranges privantez, nomnu'ement siennes, avec dc^ honnestes femmes, sans souspeçon quelconque; et, de sov, iuroit sainctement estre venu vierge à son mariage; et si, c'estoit aprez avoir eu longue part aux guerres delà les monts, desquelles il nous a laissé un papier ioutnal de sa main, Mivxant poinct par poinct ce (|ui s'y passa et pour le public, et pour son piivé Revenons à nos bouteilles

Ce derniei' trait, a Rerenoiis à /los /)outeil/es)> , ii'estil pas (rmie douce {{uicté et d'une clinimante bonluiniio?

en A PII ri; mi.

COISTUME I)K l'iSI.K DK C.EA.

Ce chapitre traite du suicide. Montaifjne parle pf)ur et contre- peut-être un peu plus pour (jue

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