LIVRE SECOND
contre, et de vifs r(!pi'oclies lui ont été adresscîs à ce sujet. D'abord nous voyons que Montaijjno ne fait ffuère autre chose sur toutes les questions. Puis, dans son esprit si souvent flottant, les sentiments chrétiens et sincèrement chrétiens, il est impossible d'en douter, se sont trouvés sur ce point en lutte avec une admiration excessive pour l'antiquité païenne, où le suicide était, dans beaucoup de cas, admis et même honoré. Les lois romaines reconnaissaient l'entière liberté de l'homme sur sa propre personne. C'est sous cette influence que Montaigne écrivait les lignes suivantes :
La mort est la receptc à touts maulx ; c'est un port
tresasseuié, qui n'est iainais à craindre, et souvent à rechercher. Tout revient à un, que l'homme se donne sa fin, ou qu'il la souffi'e; qu'il courre au devant de son iour, ou qu'il l'attende; d'où qu'il vienne, c'est tousiours le sien : en quelque lieu que le filet se rompe, il v est tout; c'est le bout de la fusée. La plus volontaire mort, c'est la plus belle. La \ i(^ despend de la volonté d'aultruy;la mort, de la nostre. En aulcune chose nous ne debvons tant nous accommoder à nos humeurs qu'en celle-là. La réputation ne touche pas ime telle entreprinse : c'est folie d'y avoir respect Aux plus fortes maladies, les plus forts remèdes Dieu nous donne assez de congé, quand il nous
met en tel estât, que le vivre est pire que le moui'ir. .. . Comme ie n'offense les loix qui sont faictes contre les larrons, quand i'emporte le mien, et que ie coupe ma bourse; ni des boutefeux, quand ie briisle mou bois :
aussi ne suis ie tenu aux loix faictes contre les meurtriers, pour rn'estre osté ma vit-
Mais à ces pensées évidemment empruntées an pa,'janisme, voici ce que répond Montaigne, obéissant h la pensée bien |)lus élevée que le cbristianisme a fait dominer dans nos mœurs et dans nos lois :
Mais cecv ne s'en va pas sans contraste : car plusieurs tiennent, One nous ne p<)U\ons abandonner cette j-'arni.-ou du monde, sans le counnaudcment exprez de celuv qui nous v a mis. et Que c'est à Dien, qui nous a icv envovez, non pour nous seulement, ouv bien pour sa ^jloire, et service d'aultruv, de nous donner congfé quand il luv plaira, non à nous de le prendie : Que nous ne
sommes pas navs [)Our nous, ains aussi poui no-tre pais
Il V a bien plus de lon-tance à user la cbaisne qui nous lient, quà la rompre, et plus desjireuve de fermeté en Rl^juIus qu'en Caton
Enfin Montai^jue présente C!;ntre le suicide l'aipument suivant qui est sans réplique et (|ui aurait du, a mon avis, adoucir la sévérité avec laquelle certains uassages de ce cbajutre ont été jugés :
Tout» les inconvénients ne valent pas qu'on veuille
uioiiiir pour les éviter: et puis, v avant tant de soubdains cbaugements aux clioses bumaines, il est malaysé à iu{;er à quel poinct nous sonmies iustement au bout de nostre
espérance
Yoilii sans contredit la plus forte raison contre