‹ Étude Sur Les Fractures Du Col Du RadiusChapitre 8 sur 26 · SYMPTOMES — EVOLUTION — PRONOSTIC · texte numérisé non relu

SYMPTOMES — EVOLUTION — PRONOSTIC

Généralement les malades se présentent dans l'attitude suivante : le coude est fléchi à angle obtus, ou à angle droit ; la main est dans la pronation, celle-ci est extrême le plus souvent, quelquefois on observe de la demi-pronation, mais Jamais de supination ; le poignet est soutenu par la main du côté opposé. Quand on observe le malade assez tôt après lJ’accident, on peut constaterle bombement des muscles autéroexternes de l’avant-bras.

«Ce fait, dit M. Albert MoucHET, ne nous à pas paru attribuable au déplacement des fragments, mais plutôt à l’épanchement sanguin intra-musculaire; sans compter qu’une raideur de ces muscles «en état de défense » ne doit pas être étrangère à l’exagération de leur saillie. »

Le gonflement des parties molles est un signe constant mais très variable dans son intensité. Nous l’avons vu dans quelques cas très nettement limité au tiers supérieur de l’avant-bras, sur son côté externe ; dans d’autres 1l comprenait toute la région du coude et s’étendait même en bas jusqu’au poignet sans qu’il fût possible, au moment où le malade venait consulter de constater un maximum au niveau de la partie supérieure du radius. L’étendue de ce gonflement dû à l’épanchement sanguin, nous semble en rapport, comme l’abondance de ce dernier, avec le déplacement des fragments.

Droite

L’ecchymose est un signe plus tardif. Elle n’a pas une grande valeur séméiologique par sa localisation. Elle est dûe, quand elle existe, à la migration dans le tissu cellulaire sous-cutané, du sang transporté par les muscles. On n’observe guère, en raison de l'épaisseur des parties molles, ces ecchymoses précoces qui succèdent à la contusion directe des téguments appuyés sur un plan osseux résistant. Par contre, on a souvent l’occasion d’observer, plus haut, sur les côtés externe et interne du coude, des ecchymoses étendues qui succèdent manifestement à des ruptures ligamenteuses qui se sont produites en même temps que la fracture du col radial.

Quant aux phlyctènes nous n’en avons jamais vu dans ces cas ; du reste elles accompagnent rarement les fractures du membre supérieur, surtout chez de jeunes sujets. La douleur est le signe capital, on peut dire même presque le seul signe dé certitude dans bien des cas. Mais l'importance qu'il convient de lui donner ne tient pas tant au siège qu’elle occupe, qu’à la façon dont on peut la provoquer.

En appuyant sur la partie supérieure de l’avant-bras et de son côté externe, on réveille une douleur vive, très limitée, en un point qui correspond bien au col du radius.

Cette sensation douloureuse s’exaspère si l’on saisit d’une main la face postérieure du coude, tandis qu'avec l’autre main On cherche à imprimer des mouvements de supination à l’avant-bras : alors l’enfant crie, raidit ses muscles, et le membre reste en pronation.

Cet examen n’a pas la même importance chez un tout jeune enfant ; cependant la recrudescence de ses cris, les grimaces du visage permettent souvent de constater que l’on réveille une douleur plus vive en un point. Mais une autre difficulté existe chez les tous jeunes sujets : leurs os grêles et le gonflement uniforme de la région du coude rendent la palpation

AT ee

très difficile chez eux. C’est pourquoi dans ces cas le meilleur moyen pour rechercher le point douloureux consiste à essayer d'imprimer au membre des mouvements de supination. Ce signe assurément n’est pas infaillible, mais, dans beaucoup de cas, il a été pour nous une ressource précieuse.

La mobilité anormale et la crépitation sont deux signes sur lesquels 1l ne faut pas compter, d’abord parce que l’on doit éviter de les rechercher et aussi parce qu’on les rencontre rarement dans cette région.

Les signes les plus importants seront obtenus par l’examen des articulations huméro-cubitale et radio-cubitale.

Si l’on en excepte les cas où la fracture est associée à une fracture des autres os du coude, le sujet peut généralement exécuter sans difficulté des mouvements de flexion et d'extension de l’avant-bras; mais par contre tout mouvement de supination est impossible. L’avant-bras est en pronation et garde cette attitude ; sil’on voulait provoquer la supination on arracherait des cris au malade ; de même si l’on voulait forcer la pronation.

Il est vrai que la supination difficile et douloureuse n’est pas spéciale aux fractures du col radial ; on l’observe souvent dans les fractures de l’épirochlée, constamment dans les fractures du condyle huméral ; ainsi que l’ont bien montré M. Albert Moucxer en France, et, en Angleterrre, CoTToNn.

Pourtant, en l’absence de signes propres à ces dernières fractures, la limitation de la supination plaide en faveur de la fracture du col du radius ; dans aucune autre fracture des os du coude elle n’est aussi prononcée et ne s’accompagne d’une aussi vive douleur. Si le gonflement a disparu au moment où on examine le malade, on ne sent plus la tête radiale rouler sous le doigt, dans les mouvements de pronation et de

supination.

En résumé, dans la fracture que nous étudions, comme dans beaucoup d’autres, un seul signe suffit rarement pour affirmer le diagnostic : c’est le groupement deplusieurs signes qui donne la certitude: attitude du membre en pronation, gonflement limuté à la partie supéro-externe de l'avant-bras, douleur en un point fixe, supination limitée et douloureuse.

Cependant si un doute subsiste encore la radiographie lèvera toute hésitation, mais à la condition expresse qu’elle ait été précédée d’un examen clinique appronfondi qu: seul permettra de l’interpréter à sa juste valeur.

L'évolution d’une fracture du col du radius est habituellement simple, si l’on a appliqué un traitement convenable dès le début, même dans les cas de grands déplacements. Les cals vicieux qui nécessitent ultérieurement l’intervention chirurgicale sont dans la plupart des cas la conséquence d’une thérapeutique défectueuse.

fuant à la consolidation vicieuse par suite de la mauvaise situation des fragments où de productions ostéphytiques exubérantes, elle constitue le gros écueil qu’il faut penser à éviter dans ces fractures ; elle compromettrait non seulement la supination, mais aussi la flexion du coude, mouvement indispensable au fonctionnement du membre supérieur.

Nous n'avons rencontré aucun exemple de complication du côté des vaisseaux et des nerfs, encore qu’ils soient nombreux et particulièrement exposés en cette région. Le pronostic doit être plutôt bénin si le traitement a été convenablement appliqué dès le début. Il importe donc que le diagnostic soit posé de façon précise et précoce.

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