‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 103 sur 132 · LES SATURNALES ET LES SAGEES · texte numérisé non relu

LES SATURNALES ET LES SAGEES

La fête des Saces était célébrée en Orient. Les Saces « prennent un des prisonniers condamnés à mort et ils le font asseoir sur le trône du roi ; ils l'affublent du costume royal, le laissent commander, boire, s'amuser, prendre les maîtresses du roi pendant tous les jours de la fête ; personne ne l'empêche de faire absolument toutes ses fantaisies. Mais à la fin ils le déshabillent, le battent de verges et le pendent ^ » D'après Strabon ^ cette fête avait un caractère militaire et commémorait une victoire des Perses sur les Saces ; elle était célébrée en Thonneur d'Anaïtis ; les Saces étaient un peuple scythe.

La fête romaine des Saturnales et la fête scytho-persane des Saces se confondirent. On a montré récemment le grand rôle de l'armée romaine dans la diffusion des cultes orientaux ^ « Les Orientaux étaient très nombreux parmi les troupes, surtout parmi les auxiliaires, et ils passaient d'une province à l'autre, transportant ainsi leurs cultes nationaux dans les différents camps. Pour le culte de Mithra en particulier, la Mésie a fourni un grand nombre de monuments. Semblablement, des usages que nous retrouvons dans le culte d'Anaïtis ont pu, à travers la Mer Noire, arriver en Mésie de la Cappadoce et du Pont. Tl y avait notamment une légion à Satala, aux confins de l'Akilisène * », le grand centre du culte d'Anaïtis.

Gomment, à quelle époque, dans quels pays s'opéra la con-

èTtixàxxEiv i'yoK;... Cf. Tacite: Annales, xni, 15; Arrien : Epist. diss., i,

La fête des Saturnales, primitivement fixée au 17-23 décembre, avait été transportée au !«' janvier [Libanius : excppaatc; KaXavStov. — Reiske, iv, 1053].

1 Dion Ghrysostome. Orat. iv, 66 [p. 66. v. Arnim]. AaSovieç... xwv Sstrjitoxwv eva xwv ItzI ôavàxqj xa6tÇou(jiv etç xôv ôpovov xov xoij ^ajtXÉto; xat xrjv IffSYJxa SiSôaatv aùxqj xtjv paatÀtXTJv, xat irpoaxdcxxsiv èoxrt xac 7r(v£tv xal xpucpâv xat xalç iraXXaxaTi; jpr^<sQoLi xàç •;?](X£paç èxstvac xoùç [îaaiXéwc, xat oùSetc; oùSsv aùtôv xwXuet TroteTv wv pouXexai. Msxà 8e xaùxa aTToSo- (Tavxec xai (jia(yxiYwaavx£(; èxpéfxaaav. » Cf. Athénée, 639, G.

« P. 512. — Les Sakaia semblent être une transformation de la fête babylonienne nouvel an, Zagmuk [Meissner .' Zur Enstehungsgeschickte des Purimfestes du \Zeit. d. deut. Morgen Ges. l, (1896j,297J. Cette fête, attestée dôsGoudéa, était consacrée à Nin-girsu et à son épouse Bau (qui tient dans le royaume de Goudéa la place d'Ishtar). jjastrow : Religion of Babylonia. — Hastings : Dict. of the Bible. Extra- Vol, 580.]

3 Cumont : Mithras [Roscher. 3033].

♦ Strabon, 532, fParmentier : looo citato, p. 147J.

260 l'hagiographie pannônienne

fusion? — C'est à Kronos que les Grecs durent, tout naturellement, rapporter la fête sanguinaire desSaces : ilsTidentiliaient avec Moloch le terrible, ils localisaient son tombeau dans les monts Caucase, ils se le représentaient toujours avec le titre et la couronne de paaiXej; ; et le culte qu'ils lui rendaient offrait un caractère mimique \ Malgré les lois impériales, les sacrifices humains étaient toujours en vigueur -, à Rome même et dans tout l'empire. La fête persane des Sakaia et la fête romaine des Saturnales étaient toutes deux célébrées vers la fin de l'année ; elles tendaient, peut-on dire, à s'ajuster, comme elles s'ajustèrent en effet l'une à l'autre : la fête dérivée fut transportée aux kalendes de janvier.

L'identité des Saturnales et de la fête des kalendes est attestée par Lydus ^ — Porphyre décrit un sacrifice humain offert par les Rhodiens à Saturne * : réserve faite du nom de paatXeuç, qu'il Semble ignorer, ce sont les rites que décrit Dion. — Près d'un siècle plus tard, l'évêque Asterius d'Amasée (dans le Pont), attaque la fête des kalendes : il blâme les prodigalités absurdes et coupables dont elle est l'occasion et les pompes indécentes qui la constituent ; il ne fait pas difficulté de reconnaître qu'il ne comprend plus quel en est le sens. Sans grande chance d'erreur nous pouvons être plus affirmatifs que lui : cette fête des kalendes continue les Sakaia et annonce notre carnaval ^ Dès le début du iv® siècle, au plus tard, les deux fêtes païennes étaient certainement confondues.

i Roscher : Kronos, coloaneà 1479, 1458, 1518.

2 TertuUiea : Apolog. 5, « sed et nuac in occulto perseveratur hoc sacrum facious >■• Cf. Useaer : Acta Timothei, 25; Clermont-Ganneau : Rec. d'arch. orient, ii (1896), 74; Preller-Jordaa : Rom. Myth., i, 215, n. 2 et ii, 478. — Cf. Porphyre : de Abstin,, ii, 56; LactaQce : Inst., i, 21 ; Pline : //. N. xxx, 4, 13 ; Suétone ; Claude, 25. — Chwolson : Die Sabier., ii, 142 [Revue de philologie, 1897,150, 5].

3 Codex Pari8inu8, Suppl. Grec. 607. A. folio 175^ [Revue de philologie, 1897, p. 149, note 2].

♦ De Abstinentia, n, 54, 'Eô'jexo yào xal èv 'PoSw... avOpwjto; xqj Kp6v(p. — Cf. Sextus EmpiricuB : Hypot., m, 221, xqj Kp6v(p 6'jouaiv avôpcoTiov ; et m, 208 ; et S. Cyrille : Contra Julianum, iv, p. 128, D. [éd. Spanheim 1696].

^ P. G., 40. 'Entio-^i Y^ xouxcov xwv fjixepàJv Trpwxov {jlèv xo ett'. xtai XcXeTxai •?) TtavrJYUpii; aOrjXov. Mù9oi yàp Xéyovxat ttoXXoî àXXr^Xtov àvaxpeTtxtxo- * àXi^OU os oùoÈv. » 217. B. — EU xpoTrou; xat f|6r) pXaTTXovxau MavGâvoujc yàp àvsXc'jOôptav, STTixr^ôeujjiaxa axr^vixtov exXuaiv xaî jJiaXaxc'av tjOcov... Trjv ^àp |JitY((Jxy)v àpXTQv xtofjitpooùatv xat oiaa'jpouaiv, àp(j.a ibc ïizl axr^vfjç àvaoaîvovxs; xai Sopucpopouc 7t£7rXaa(j.ivou(; ^eipoTOvoùvxe; xal 87)u.offi(f Tioioùvxe; xà xtôv i^upyjjjiévtuv 7ip8<; x6v5uXov. xaî xaùx' saxcv xfjç TcofjLTretac

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