DE L'ÉPOQUE GOTHIQUE
Nous avons terminé notre enquête sur les rapports de la Légende romaine et de la Légende chrétienne en Occident au V® siècle. En manière de conclusion, nous voudrions ici en résumer et en comparer les résultats.
Nous avons été amené à constater l'existence de trois mouvements littéraires distincts — si ce terme n'est trop ambitieux — au début du v* siècle : le mouvement pannonien, le mouvement africain, le mouvement ambrosien, j'appelle ainsi chacun d'eux.
Au mouvement pannonien, je rattache les textes de Jules
264 l'hagiographie latine au v® siècle
et d*Irénée, et, d'une manière générale, les premières versions des gestes où nous lisons aujourd'hui l'histoire des martyrs de la vallée du Danube. On a relevé, chemin faisant *, les traits communs à ces traditions : ils ne dérivent pas tous, le fait est certain, des remaniements postérieurs. — Mais on ne saurait marquer avec précision l'origine de ce mouvement littéraire : peut-être est-il né directement de l'efflorescence du culte des martyrs à la fin du iv^ siècle ; peut-être a-t-il subi l'influence d'une personnalité, telle que Niceta de Remesiana *, l'ami de Paulin de Noie.
En Afrique, à la même époque, la littérature hagiographique est florissante : Salsa, Fabius, d'autres textes encore datent de ce temps ^ Ils exercent, hors d'Afrique, une in-
1 J'ajoute que l'influeuce d'Irénée s'est exercée sur Nicandre aussi bien que PolHon : on peut croire que l'épisode de Daria et l'épisode de la femme de Marcianus, qui fait pendant au premier, ont été suggérés par la scène que retracent les actes d'Irénée, Tévêque résistant aux prières de ses amis et de sa femme; — Marcianus imite Irénée lorsque, levant les yeux au ciel [tn cœ. lum adspioiens. Ir. 4 ; cxlum intuens. Nie. 3], il confie son fils à Dieu ; — le prx. ses Maximus qui épargne la torture à Marcianus et à Nicandre se souvient du praeses Probus qui refuse à Irénée les joies du chevalet; — le rédacteur de Nicandre (\m exponere properab{it) les certamina de Marcianus et de Nicandre nous rappelle fort le rédacteur qui (eiusdem) nunc certamen pand(et) \ — et la fin de Nicandre, aussi bien que le début, est calquée sur Irénée :
« Martyrizatus est famulusDei sanc- « Requieverunt autem Christi marins Irenaeus episcopus civitatis Sir- tyres N et M 15 K. iulii, régnante D. miensium die VIII id apr., sub Dio- N. J. G. cui est honor et gloria in cletiano imperatore, agente Probo eœcula seeculorum. Amen. jprseside, régnante D. N. G. J. cui est gloria in ssecula sœculorum. Amen. »
Le finale d'Irénée rappelle surtout la finale de Jules, que voici.
< Martyrizatus est autem venerabilis Dei famulus Julius apud provinciam Mœsiam in civitate Dorostorense, die VI Kal. iun. agente Maximo prseside^ régnante D. N. J. G. cui gloria in saecula sseculorum. Amen ».
Voici encore d'autres points de contact entre Irénée et Jules : ici et là, le début rappelle les promesses éternelles qu'attendent les martyrs [prsemiis se perpetuis participes efflciebant. Ir., § 1 ; — perpétua protnissa exspectaba7it accipere. lui. § 1] : les deux martyrs soufïreni propter nomeii (Christi) [Ir. §5J. ou pro {Christi) nomine [lui. § 2], ainsi qu'ils le rappellent au moment d'être frappés ; nous ne pouvons pas, disent-ils l'un après l'autre, adorer les dieux, deos adorare non possum [Ir. § 4], hoc facere ?ion possum quod vultis [Jules, §1].
' Gf. Burn: Niceta of Remesiana, his life and works [Cambridge, 1905, in-8o].
' Cf. Vllistoire littéraire de V Afrique chrétienne de Monceaux, tome III, (1905), Paria