PANNONIE, AFRIQUE, RAVENNE
fluence certaine : les légendes de saint Vincent et d'autres saints espagnols, les gestes de Victor de Marseille, certaines traditions italiennes doivent être rattachés à ce mouvement africain. — Il vient de loin, on le sait ; les compagnons des martyrs l'ont fait naître ; et l'usage africain des lectures liturgiques a entretenu sa vie jusqu'à ce jour.
J'appelle mouvement ambrosien l'éclosion de toute une série de textes qui se réclament de saint Ambroise : Agnès, Gervais-Protais, Cantius, Apollinaire (aujourd'hui perdu). Ils célèbrent des martyrs vénérés dans des pays assez divers : Kome, Ravenne, Aquilée, Milan. Ils émanent, selon toute vraisemblance, d'un même groupe de rédacteurs. Mais je ne saurais le désigner plus précisément. Ce sont les mêmes, sans doute, à qui l'on doit la plupart des autres textes pseudo-ambrosiens K — Et peut-être est-il permis de rattacher à un double fait leurs écrits hagiographiques : les inventions de reliques qui semblent avoir été assez nombreuses dans la haute Italie et qu'a suscitées, évidemment, l'efflorescence du culte des martyrs; l'exaltation de Milan devenue, au temps d'Ambroise, une capitale politique, militaire, et, dans une certaine mesure, religieuse.
Quelle est la valeur des textes qu'on vient d'énumérer quant à l'histoire des persécutions? Les textes pannoniens semblent assez dignes de foi ; néanmoins, il faut se méfier. Quirinus ne dit pas Pannonia superior, mais Pannonia prima. Et notre unique version de Dasius n'est pas pure de toute faute.
La prudence s'impose. Toutefois, comme certains épisodes semblent authentiques, il est possible que nos textes remanient des documents contemporains des faits ^ ; en ce qui concerne
1 Schaoz [Gesch. der rôm. Litt., iv, i (1904)] n'étudie que deux textes pseudo-ambrosiens, le commentaire de l'Ambrosiaster sur saint Paul, et la Mosaicarum et Romanaruni leguni collatio \loco citato, 324-330]. Probst, Morin, Duchesne, Scbermann ne s'entendent pas pour fixer l'origine du de Sacramentis [Liturgie des IV^^ Ia/v\ 232 ; Culte chrétien, 3^ éd., 177; Rom.. Quart., 1903, xvii, 36, 237]. — Le texte se lit P. L., 16, 417. — Cf. Lejay: Bit Ambrosien, D. A. C, i, 1377. — Je croirais volontiers que les pseudo-Ambroise sont des Ravennates, hostiles à Milan, favorables à Rome : cf. Gervais-Protais, etc.. Noter que Raveune semble avoir été à ce moment un centre liturgique assez actif. Cf. Gabrol : Revue Bénédictine, oct. 1906, et les oraisons publiées par Mgr Geriani : ^rc/i. storico lombardo, 1884, 1.
2 Harnack les utilise : Militia Christi. Die c hrist lie he Religion und der soldatenstand in den ersten drei Jahrunderten. Tùbingen, 1906.
266 l'hagiographie latine au v® sièclb
Quirinus, la chose est tout à fait certaine. Eusèbe connaît et utilise un texte qui concorde avec le nôtre.
Tout ce que nous savons des gestes de saint Vincent et de l'influence exercée par l'hagiographie africaine* nous empêche de leur faire crédit : le plus souvent, les détails qu'ils donnent ont une origine africaine ou orientale.
Il est plus difficile encore d'accorder quelque valeur aux gestes pseudo-ambrosiens : mieux nous connaissons le fait d'oii la légende découle — je veux dire les inventions de reliques ' — , moins sûre nous apparaît l'histoire qui nous est contée. Les gestes n'ajoutent rien à ce que nous apprennent les calendriers.
Réserve faite des textes pannoniens, l'historien des martyrs n'a donc rien à tirer des textes qu'on a critiqués ici.
Mais on aperçoit de quelle importance ils sont pour qui veut étudier la vie chrétienne au début du v^ siècle.
Si telle nous apparaît la littérature hagiographique latine aux environs de l'an 400, comment en concevoir le développement au cours du v* siècle ?
Un fait, à cet égard, domine les autres : si, souvent, les courants locaux se sont obscurément perpétués, un courant général a commencé de s'établir. Lérins n'a pas été seulement le cœur d'un mouvement religieux ; il a été encore le centre d'un mouvement littéraire hagiographique. On y peut rattacher déjà quatre séries de textes ^
L'hagiographie lérinienne présente un quadruple caractère. Les rédacteurs se proposent essentiellement de susciter ou d'exalter la vie chrétienne : la légende n'est pour eux qu'un
i Noter pourtant qn'Euplus, qui a été retouché sans doute aux environs de l'an 400, repose sur un texte authentique reconnaissable.
2 Nazaire Gelse, Gervais Protais, Vitalis-Agricoia.
3 Cf. Supra, p. 133 [gallicane, cisalpine, romaine, apostolique].