‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 107 sur 132 · LÉRINS · texte numérisé non relu

LÉRINS

moyen ; le but qu'ils poursuivent d*abord, c'est Tédification des âmes.

Ces apôtres sont des rhéteurs : ils connaissent tous les procédés de l'école ; ils recourent sans hésiter aux artifices qu'elle recommande. De là, les descriptions, les discours, les correspondances dont ils composent leurs récits.

Ces apôtres sont des théologiens. Comme tels, ils prennent parti dans les controverses. De là les traits qu'on a relevés dans leurs textes, et qui touchent soit à l'anthropologie, soit à la christologie : ils combattent la prédestination, puis le semipélagianisme ; ils attaquent l'eutychianisme, le nestorianisme^ Tarianisme.

Ces apôtres sont aussi des hommes. Leurs intérêts et leurs passions transparaissent dans leurs histoires. De là l'origine ou l'éducation romaine qu'on attribue aux martyrs, la parenté qu'on leur fabrique, les tombeaux fictifs où on les ensevelit parfois K

Il serait prématuré de vouloir, en ce moment, distinguer les diverses phases de ce mouvement littéraire. Sans grande chance d'erreur, on peut, du moins, indiquer deux faits.

L'œuvre hagiographique des Lériniens se rattache étroitement à leurs préoccupations de moralistes pratiques ; elle se rattache encore, on l'a dit aussi, à l'hagiographie africaine et à l'hagiographie orientale. Je me demande si elle n'est pas, plus précisément, la continuation et l'élargissement du mouvement ambrosien. Les liens sont très nombreux et très étroits qui rattachent aux textes lériniens les textes pseudo-ambrosiens. Le rayonnement politique, ecclésiastique et religieux de Milan est également attesté dans les deux Gaules, cisalpine et transalpine : il est curieux de voir combien peu, à cette époque, les Alpes forment barrière. Les intentions édifiantes des Lériniens apparaissent déjà très nettement chez saint Ambroise-. Le culte de l'Orient grec est également vif chez Ambroise, Cassien et ses disciples ; il s'associe curieusement, ici et là, avec un caractère latin, autoritaire, gouvernemental. Ici et là le pseudonymat semble avoir été en honneur '.

* Nazaire et Gelse, Nabor, Basilide et Cirinus à Embrun.

2 Supra, p. 59.

3 Peut-être les milieux pseudo-ambrosiens et lériniens se sont-ils intéres-

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