‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 12 sur 132 · VALEUR DU TEXTE · texte numérisé non relu

VALEUR DU TEXTE

On discerne sans peine et le caractère légendaire et l'origine réelle de cette histoire.

Eusèbe et Lactance, deux contemporains de Maximien, ne soufQent mut de la légion thébéenne. Sulpice Sévère et Orose, un Espagnol et un Gaulois, l'ignorent tout de même. Le massacre d'une légion tout entière, le martyre de 6.600 chrétiens qui meurent ensemble devait, semble-t-il, avoir quelque retentissement. D'où vient que les textes ne le connaissent pas?

Le texte (A) date la mort des saints de la grande persécution de 303 — le fait est très clair, — et c'est Maximien qu'il en rend responsable. Or, en 303, et depuis 293, les pays d'Acaunus et d'Octodorus relèvent du césar Constance Chlore, comme toute la Gaule et toute la Bretagne ; Maximien n'y joue plus aucun rôle. Je note que Constance, en 303, n'exécute pas l'édit de persécution : il se contente de démolir quelques églises ^ Au début du iv® siècle, en outre, une légion ne compte plus 6.600 hommes ; on n'y trouve pas d'officier appelé senator militum. Aucun texte n'atteste l'existence, à cette époque, d'une legio Thebaeorum.

Le texte A lui-même invite à la méfiance. Les mots credo y adfirmabant, dicuntur, traduntur^ fama coiifirmahat, sicut traditur, per succedentium relationem ^ ea utiqiie fide quaadnos,.. multiplient les réserves de l'auteur: il tient beaucoup à dégager explicitement sa responsabilité ; il ne garantit rien, et il entend qu'on le sache. — Entend-il aussi montrer qu'il connaît tous les procédés de la rhétorique ? Je ne sais. Le fait est qu'il semble n'en ignorer aucun : qu'on

1 Eusèbe, Vita Const., i, 15-17. "HXauvov jjisv yàp aTiavra^où yî]^ toÙ<; 6£oa£ê£T(; e^ kTZiX(X.-^[i.OLXO(; xwv xpaxouvtwv ol xax'' l'ôvoç apyovTSi;.., Movo) 8'

, . ,v, . . xaxEYt'Yvtoffxe, xoùç

x"rj(; Tipôc; xôv 0£ov auv£tOy^a£œ<; eu \i.(xka àm^i'^eio... [P. G. 20 932f.

relise la description d'Agaune \ ou le tableau de la légion lorsqu'arrivent les ordres de Maximien \ ou le discours de saint Maurice ^ ; notre homme sait avec bonheur, je le reconnais, se souvenir de Tite-Live^ N'est-ce pas à Tite-Live qu'il aurait emprunté l'idée de faire décimer les légionnaires chrétiens ?

Cette impression fâcheuse se confirme si l'on compare nos gestes à deux autres textes (ou séries de textes) qui s'intéressent aussi à saint Maurice.

Le premier, B, est un récit de son martyre % très analogue

1 « Acaunus sexagiata ferme millibus a genavensi urbe abest... Locus ipse iam inter alpina iuga in valle situs est ad quem pergentibus difficili transitu asperum atque artum iter panditiir. »

2 « Vociferatio passim ac tumultus ia castris exoritur affîrmantiura numquam se ulli in haec tam sacrilega ministeria cessuros, idolorum profana semper detesturos..., unum se aeternitatis Deum colore, extrema experiri satins

esse...«

3 « Milites sumus, imperator, tui : sed tamen servi, quod libère confitemur,

Dei... »

* Les décimations avaient naturellement, en raison de leur atrocité, frappé l'imagination populaire. Voici la liste de celles qui sont connues : 1. en 471 av. J.-G. Tite-Live, II, 59; Denys, ix, 50; Frontin, iv, i, 34: — 2. en 71, Plutarque, Crassus, 10; Appien., b. c. i. Ii8;— 3. en 49, Dion., 4{, 35; Appien., II, 47 ; Suétone, Jules César, 69 ; — 4. en 39, Dion., 48, 42 ; — 5, en 36, Dion., 49, 27 ; Plutarque, Antoine, 39 ; — 6. en 31-14 ap. J.-G. Suétone, Octave, 24 ; — 7, en 20, Tacite, Annales, m, 21 ; Pline, 36, 15 ; — 8, en 217, Jul. Capitolin, Macrin., 12 [d'après StoUe, 76, n. 1].

5 B. H. L., 5741, 22 septembre 345. « Diocletianus quondam romanae reipublicae princeps, cum ad imperium totius orbis fuisset electus...» — Krusch n'a pas donné d'édition critique de ce texte B; mais il a constaté que la teneur en était fort incertaine et distingué huit familles de mss. [Paris, 5301 ; — Paris. 5353 ; — Monacens. 18220 ; — Paris, 5321 ; — Paris, 5600 ; — Montepessulanus H., 156; — Paris. 5293; — Paris, 5308J. —H y aurait lieu de reprendre et de préciser son travail. Pour mon compte, je distingue volontiers deux familles : je range dans la première, y, les mss. qui, après avoir dit que les Thébéens ont reçu : « christianse religionis ritum orientali traditione » ajoutent ab hierosolymitanx episcopo et qui déclarent encore : ad urbem quippe romanam itinere attingentes eandem christiafiitatis /idem quam acceperunt apud beatum niarcellinum prœdiciœ urbis episcopum confirmantes, ut ante gladio périrent quam sacram fideyn Christi quam acceperant violarent [Cod. Paris, 530iJ ; les manuscrits qui ne mentionnent ni l'évêque (le Jérusalem, ni l'évêque de Rome forment la seconde famille.

Cette seconde famille (x) semble la moins considérable. Elle se divise en deux groupes au moins : le premier, qui supprime ce qui suit le discours et la mort de Victor le vétéran, représente une tradition de Cologne, ex hac legione ? traduntur trecenti decem et octo martyres Colo7iia palmam martyrii percepisse, quibus beatum gereonem mariyrem prxfuisse confirmât antiquitas |God. Paris, 5301, du x-xies.] ; le second ajoute simplement au texte B, en manière de prologue, quelques lignesdu texte d'Eucher, A : [type : Cod. Paris, 5308] sanctoi'um passionem martyrum...; il ignore Gerion, comme il ignore Sigismond et Ambroise.

La première famille {y) se divise en deux groupes au moins. L« premier

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