‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 110 sur 132 · SAINT VINCENT DE GIRONE · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE GIRONE

Saint Vincent de Girone est vénéré le 22 janvier : il a donc même anniversaire, même nom, même pays [cf. Girone, Saragosse, Valence] que le martyr chanté par Prudence. Pourtant les deux légendes n'ont aucun rapport. Ce fait est assez intéressant pour qu'on le précise. Voici une brève analyse de la légende de Girone.

La septième année des empereurs Dioclétien et Maximien, il y eut une grande persécution in suburhio Gerundeiisi in castel lo Gratianopoli : comme les étoiles, ainsi les martyrs brillent sur la terre. Les apôtres Pierre et Paul qui gouvernent TEglise ont conquis à la foi italica régna usque ad Galliam comatam : et c'est ainsi que les bienheureux Vincent et Orontius ont reçu la doctrine des apôtres in civitate Cimera ; ils la communiquent à leurs parents Vicarius et Amelia, et ils veulent gagner la palme du martyre. Comme le monde presque tout entier a déjà reçu le baptême, ils gagnent TEspagne dont le prœses Rufinus persécute cruellement les chrétiens et impose, sur Tordre de Dioclétien, Tadoration de Jupiter^ de Junon et de Vénus. Ils trouvent l'évêque Pontius caché dans les cavernes, ad castellum gratianopolim^ tandis que son diacre Victor résiste courageusement aux persécuteurs ; ils arrivent ad

vicum Rhodas où Rufinus a établi un capitole et s'établissent chez Victor, dans le pagus Juliaiius où il a sa villa. Mais voici que le prœses les recherche : ils se sauvent dans la montagne, et Victor refuse de les livrer, dit leur origine royale et défend leur croyance. Vincent et Orontius s'arment de la prière et du signe de croix, repoussent les avances^ méprisent les menaces du praeses et sont décapités. Victor est tué à son tour au moment où il va ramener chez eux, en Italie, les corps des martyrs, et ses parents sont massacrés aussi. Sur Tordre de Pontius, Hactor emporte les cadavres des trois saints ; mais, près d'Embrun, les bœufs ne veulent plus avancer ; le prêtre Arator en prévient Tévêque Marcellin qui accourt et ensevelit les trois martyrs.

Gomme dit saint Jean, nous attestons ce que nous avons vu.

Gesta siquidem beatissimorum martyrum Vincentii, Orontii et Victoris levitœ — quœ mihi omnium sacerdotum minimo, relatione succedentium comperta sunt — reticere non audeo.

/Etherius, Anticiyiœ ecclesise antistes^ mon prédécesseur, demande quelques reliques de ces martyrs à l'abbé Beroald ; celui-ci prie avec frayeur, et envoie deux morceaux des doigts ; l'évêque les ensevelit avec joie in locum qui Noviacus dicitur. Lorsqu'un des frères, Astroald, veut voler les reliques, il avoue son crime au religieux Bealus, à Lyon, et meurt, puni par Dieu. — Quant à moi, humble pécheur qui hanc paginulam prœsumptuose compilavi, j'allais de Lyon à la cour: (passant par Embrun), je demandai à l'homme de Dieu qui, bien que natif d'Orléans avait vécu en Espagne, s'il y avait trouvé les gestes des saints ; il me les raconta dans l'ordre, ainsi que l'histoire de la translation des reliques d'Embrun à Noviacum. Une autre fois je demandai à un abbé venu d'Espagne à un concile des Gaules où les martyrs avaient souffert ; il me donna le texte de la passion attestant que les trois martyrs reposaient à Embrun. G'est ce texte que j'ai corrigé, le style en étant rustique, avec l'aide du Seigneur Jésus-Ghrist qui vit et règne avec le Père et l'Esprit-Saint dans l'intîni des siècles et des siècles. Amen [22 janvier, 3-6] '.

1 Je me réserve de revenir sur ce texte, certainement apparenté aux textes lériniens de Gimiez et d'Embrun, dans mou Etude sur les Gesta Martyrum Occidentaux.

APPENDICE V

J'ai recueilli plus haut, p. 170, quelques textes où s'expriment les croyances qui s'attachaient aux mouches \ Des lectures ultérieures me permettent d'accroître la petite collection.

Les mouches sont si insupportables, en Orient surtout, qu'on a imaginé des dieux dont le principal office était de. les chasser.

Baethgen [Beiirâge, p. 25, et n.] et Lagrange [Relig. Sémitiques, 84J, voient dans le Baal Zeboub de H Reg. i, 2, 3, G, 16, un dieu de ce genre.

D'après Pausanias, v, xiv. 2, Hercule a fondé le premier sanctuaire afin de n'être plus gêné par les mouches, tandis qu'il sacrifiait. En Elide, à Olympie, on adorait un Zeus

chasse-mouches : XÉYOVxai 81 xaxà xaùxa xai 'HXsToi GuEiv Tcp 'Airo- {jiu(q> Alt, efeXauvovTiTTic; ['HXsîaç] 'OXojJLTriac; xàc; [xmoc<; [PaUSaniaS, loCO

citato] .

Les habitants d'Aliphère, en Arcadie, honorent un héros Muiagros qui rappelle singulièrement Zeus Apomuios : xat sti-.-

1 Ajouter à la note de la page 170 : Eucher, Fovmulx spiritalis inielligentix : « Masca diabolus : in Salomone : muscae moriturae exterminant oleum suauitdlis » [Wotke, 24].

xaXou(X£voi tôv M'jfaYpov xai aoiai xauxa opàaaatv ouSèv exi dcviapov sldiv

al (xjïai [Pausanias, viii, xxvi, 7]. Cf. Pline : H. N. x, 75 : et Elei Myiagron deum^ muscarum multitudine pestilentiam afférente', quœ protinus ijitereunt, quam litatum est ei deo.

On connaît un temple de Kronos — M. Mayer le situe à Olympie [Roscher : Lexicon, ii, 1494] — où n'entraient ni chien, ni femme, ni mouche : iv 81 xw xax' aoxov Upéj), &q, cpyjai 4>jX

Tap^o; èv xf, e] Tixaxaioexâxri xal MévavSpo; -^t [xft] itpwxrj, ouxs -yuvTj ouxe

[xuwv oux] £ fjLuT Ta] etaT^ei [Lydus : de mensibuSi p. 171^ éd. Wuensch. — Cf. Glermont-Ganneau : Journal asiatique. 1877.217].

Le Mazdéisme recommande au fidèle d'Ahura de tuer les petites bêtes [Revue Biblique, 1904^ 53-54].

Il n'y a pas de moustiques à Salamanque parce que saint Jean de Sahagun les a exorcisés [Lagrange : loco citato, 85, n. 1].

Les mouches, le fait est très clair, sont mises directement en rapport avec les dieux mauvais. Y a-t-il là croyance commune à toutes les religions, ou croyance sémitique adoptée par les Juifs, les Perses, les Grecs, les Chrétiens ? Noter que, d'après le Gilgamès [table xi, 1. 162] — c'est-à-dire dès avant le temps d'Hammurabi [vers 2050 avant J.-C] — celte croyance semble reçue dans le monde babylonien : « les dieux se rassemblèrent au-dessus du sacrificateur comme des mouches » ; on semble par là, et reconnaître les droits des dieux sur le sacrifice, et contester ceux des mouches [d'après Lagrange : op. laud. 84-85].

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