‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 13 sur 132 · LE REMANIEMENT DU TEXTE · texte numérisé non relu

LE REMANIEMENT DU TEXTE

aux gestes qu'on a résumés. Il est un peu plus court que ceuxci et n'en diffère que par les détails suivants : 1. L'histoire est datée, non de la persécution de 303, mais de l'expédition que Maximien dirigea contre les Bagaudes gaulois eu 286 ; — 2. Les légionnaires reçoivent l'ordre, non pas d'arrêter et de persécuter les chrétiens^ mais de sacrifier aux idoles ; — 3. On assure que Acaunus si gn\ Vie rocher^ saxum, en gaulois [interpretatione gallici sermonis) ; — 4. Le mot rex prend presque toujours la place du mot imper ator ; — 5. Exupère et Victor tiennent un discours à leurs compagnons et aux soldats.

Ce texte contredit celui qu*on a étudié d'abord sur deux points d'importance : la date et l'occasion du martyre. Et l'on aperçoit la raison de ce désaccord : un inconnu se sera aperçu de la bourde qu'on a dite, de l'impossibilité qu'il y a à ce que, en 303, Maximien ait dirigé la persécution en Gaule ; il aura imaginé, en conséquence, de rattacher la mort de Maurice au temps où Maximien guerroyait en Gaule. Il connaissait Orose : c'est là qu'il a pris le trait touchant les Ba-

est caractérisé par la meolioa d'Ambroise, d'Ianocentius et de Sigismond [type : Cod. Paris, 5600 ou 5321). — Le second donne, en outre, le nom de Zabdas à l'évêque de Jérusalem, remplace Ursus par Vitalis, et prépose au récit un long prologue [type : God. Paris 5353]. (Je ne connais pas le Monacensis 18220 et le Montepessulanus H. 156, dont parle Krusch).

Quelle est la date de B et de chacune des deux familles sorties de lui?

J'en attribuerais volontiers l'orio^ine aux amis de S. Avit [cf. p. 31], Le martyr Gérion * et les 300 Colognais qui souffrent avec lui semblent se rattacher aux saints Dorés de Cologne qui, dès le vie siècle, sont attestés par Grégoire de Tours [cf. le texte infra, p. 20]. Le texte est né manifestement du désir d'effacer l'erreur historique commise par Eucher : c'est une preuve de savoir qui, passé le vi^ siècle, étonnerait fort. L'auteur connaît la vie des Pères du Jura : c'est là qu'il a pris sans doute l'étymologie gauloise d'Acaunus '*.

* Gérion eut plus tard une longue légende : cf. le récit d'Hélinand [P Z., 212, 759] et le récit de l'invention de H21 [P. L., 173, 433]. — En rapprocher la légende de Victor le Thébéeu, près Cologne, à Xanlen [Analecta, i, 625| et le récit de la translation ordonnée par Adolphe de Clèves [10 octobre 25-26, 35, 43-46]. Cf. surtout la fusion de la légende des Thébéens de Cologne et de la légende des Onze mille Vierges [MuUer, Bas Marterthuni der thebaischen lungfrauen in Koln, 1896, Kôlu. ~ Des Thébéens de Cologne, rapprocher les Thébéens de Trêves [octobre, vi, 373] : la mention qu'o;i en trouve dans les gesta Fusciani (B. H. L., 3224-27J est une interpolation du ixe siècle [Saverland. Trierer Geschichtsquellen d. XI Ihdts, Trier (1889), 118 ; et Stolle, op. cit., 39]. — En rapprocher encore Alexandre de Bergame (version Grazioli. Cl. infra, Secundus de Vintimille [cf. G, M. R., tome III], Solutor de Turin [Mombritius, i, 12] et JDomnimis.

" J'ai demandé à M. A. Holder ce que vaut cette étymologie : « elle est exacte ; en gaulois, âc — aunô signifie pierre, rocher, = ac — oun5 (acutus), provenant de ak-u. Cf. le latin acu | s, acu-tua, acûleus, racine ak (être aigu), sanscrit àK-man (pierre), grec ày.6yT^. —Cf. le nom de lieu Acùnum»

gaudes '. — Il coanaissait aussi, je suppose, les légendes des martyrs : de là l'explication qu'il donne du massacre des légionnaires. En général, c'est le refus de sacrifier qui décide de la mort des saints, non le refus de coopérer à la persécution. L'auteur du texte B parait avoir porté un jugement assez peu favorable sur la valeur historique de A.

Et peut-être — ce qui est plus grave — le jugeait-on aussi sévèrement dans Fentourage de Grégoire de Tours, à la lin du VI® siècle : j'en viens à la seconde série de textes, G, qu'il faut comparer avec les gestes.

Fortunat a célébré saint Maurice et les martyrs d'Agaune :

Biea que la plus ancienne attestation de B soit Walahfrid Strabon qu écrit [M. G. — Pœlae... aevi carolini », ii, 377] [ou P. L. 114, 1095].

« Dum sanctos iubet idolis lilare...

Non dant liba diis genuve ponunt »,,

je rapporterais donc volontiers au vie siècle — et même au début du vi^ — la rédaction de B, L'auteur connaissait sans doute Jean-Paul et Gervais- Protais : le sacrifice que Maximien veut imposer à Maurice rappelle celui que les prêtres veulent imposer à Astasius et à Gallican.

Il est vraisemblable — non certain — que By, développement de Bx^ est postérieur à la troisième interpolation de A, laquelle parle précisément d'Ambroise, d'Innocentius et de Sigismond : ce serait donc du viii° siècle au moins, de l'époque carolingienne peut-être qu'il faudrait dater By. On s'expliquerait assez bien, dans cette hypothèse, et l'introduction des deux évêques de Jérusalem et de Rome, «t la maladresse du rédacteur qui fait du pape Marcellin un contemporain des Bagaudes. — On ne peut rien affirmer, néanm*iDS : je ne puis pas dire que l''introduction des deux évoques de Jérusalem et de Rome soit le fait du même rédacteur qui a ajouté Ambroise, Inuocentius et Sigismond ; peut-être est-elle plus ancienne que l'époque de Charlemagne.

1 C'est Krusch qui a signalé le fait, M. G. S. .R. M., m, 27. Qu'on en juge :

Orose, vu, 25. Passio, x.

(i Dehinc cum in Gallia Amandus et «(Diocletianus) Herculium Maximia-

Aelius, collecta rusticauorum manu, num Caesarem lecit eumque contra

quod Bacaudas vocabaut, perniciosos Amandum et ^lianum qui in Ba-

tumultus excitavissent, Maximianum gaudarum nomen praesumptione ser-

cognomento Herculium Gaesarem fecit vili arma commoverant, ad Gallias

misitque in Gallias ». destinavit ».

Notre-Dame d'Aygu, Aveyron ». [Le gaulois était encore une langue vivante au début du v» siècle. Cf. Saint Jérôme : Connu, in Ep. ad Galatas, P. L., 26, 357].

L'auteur de la Vie de saint Romain a-t-il emprunté cette étymologie à un , document littéraire, et lequel? Ou savait-il lui-môme le gaulois?

Page 1