‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 16 sur 132 · SAINT EUCHER ET SAINT AVIT · texte numérisé non relu

SAINT EUCHER ET SAINT AVIT

pînor priscîim secutus Joannem, supra urnam s. Mauricii, id est legionis Thebeorum martyrum caput^ velut ille eximius apostoliis atque simmistes supra salutiferi pectus recumbit auctoris.,. Quamvis ergo Agaunus vester gallico priscoque sermone... petra esse dignoscitiir \..

J\îaximianus enim cum pro sanctorum sanguine quem per toium orbem crudeliiis aliis maximeque per totas Gallias recentius fuderaty et prœcipue pro famosissima illa Thebseoruni apud Agauniim.,. caede Massiliam advenisset ^

Or, de ces deux textes, Tun (F^c/or) est étroitement apparenté à Maurice A, on le verra bientôt ; on doit supposer qu'il sort du même groupe que lui. La mention de la Thebœorum cœdes dans Victor ne témoigne donc pas que, indépendamment d'I^ucher, la tradition fit venir deThébaïde les martyrs d'Agaune. — La Vie des Pères du Jura, qui parle aussi explicitement des legionis Thebeorum martgrum,n^est pas, plus que Victor, indépendante d'Eucher : son auteur est un ami d'Eugende % lequel était un ami personnel de saint A vit, et nous savons Timportance qu'on attache, autour de celui-ci, au prestige des saints d'Agaune qu'a célébrés Euclier. D'autre part, Eugende et ses disciples sont les fidèles continuateurs de Lupicin et de Romain ; or, Romain partage l'admiration d'Eucher pour les Pères du Désert et pour la doctrine de Cassien; en 44i, il emporte dans sa retraite un exemplaire des Vitse Patrum et des Institutes ; et le disciple d'Eugende qui rédige son histoire imite manifestement... la vie de Paul deThèbes. C'est dire que les auteurs des deux textes ont les mêmes tendances ; c'estdonc qu'ils appartiennent à un même milieu. Il y a fort à parier que la Vie des Pères du Jura, lorsqu'elle parle du massacre des Thébéens, dépend de l'écrit d'Eucher. L'origine thébéenne de nos martyrs n'a pas une seule attestation qui soit sûrement indépendante de celui-ci : il n'est pas impossible qu'il l'ait imaginée lui-même.

Et l'on croit apercevoir la genèse de ce trait légendaire : il nuance et précise le thème de l'origine orientale des saints, introduit en Gaule par la confusion des deux Maurice. Les

1 «Prologus in vita SS. P. P. lurensiuna Romani, Lupicini, Eugendi. — M. G. S. R. M. m, 131.

2 Ruiaart (1859), 334, § 2.

3 L'autorité du texte, attaquée par Quesnel et Krusch, a été défendue par Tillemont, Duchesne et Poupardin.

Gaulois du v^ siècle, ceux-là surtout qui, comme Eucher, appartenaient à la noblesse sénatoriale, pouvaient très bien se souvenir d'une legio Thebœoriim. Le seul texte, indépendant du nôtre, où ces deux termes se retrouvent, date précisément du début du v^ siècle : c'est la fameuse Notiiia Dignitatum. La Notitia mentionne six légions thébéennes :

1. Legio 11 Flavia Constantia Thebœorum campée à Cusas, sous l'autorité du c?w5: Thebaidos [Or,, xxxi, 32. Seeck., p. 64].

2. Legio II Félix Valentis Thebaeorum {comitatensis), placée sous Tautorité du magister militum per Orientem [Or., vu, 11,46. S., p. 21].

3. Legio II Flavia Constantia Thebœorum {comitatensis), placée sous l'autorité du magister militum per Orientem [Or., vil, 10, 45. S., p. 21].

4.LegioIIÏ DiocletianaThebgeorum, campée en Thrace, sous l'autorité du magister militum per Thracias [Or., viii, 5, 37. s., p. 25].

5. Legio I Maximiana Thebseorum {comitentasis) , campée en Thrace, sous l'autorité du magister militum per Thracias [Or., viii, 4, 36. S., p. 25].

6. Thebaei [legio palatina), campés en Italie, sous l'autorité du magister peditum prdeseatialis [Occ, v, 11, 154 et vu, 29. S., p. 122 et 134].

Cette dernière légion, cantonnée en Italie — telle cette schola Armeniorum (equitum) seniorum dont on a trouvé la trace k Yerceil*, — pouvait être connue dans la Gaule du Sud, soit qu'elle y eut été expédiée tout entière dans les guerres du début du v^ siècle, soit qu'elle y ait détaché d'une façon permanente une de ses fractions, ainsi que faisait la legio Vil Félix. Mais il n'est pas sur que ce soit cette légion palatine qu'Ëucher ail entendu viser : Hi... ah Orientis partibus acciti vénérant^ dit-il ; on songe plutôt, d'abord, aux Thébéens du Cusas -, que commande le dux Thebaidos. Est-il vraisemblable, seulement, qu'Eucher ait connu leur existence? Il a dû connaître les Thébéens d'Italie; et, du fait qu'ils étaient Thébéens, il a conclu que ab Orientis partibus acciti vénérant ; ou plutôt, il savait par la tradition locale que les saints d'Agaune étaient des soldats chrétiens d'Orient, il les a donc

2 oq pourrait aussi songer à la legio i Maximiana Thebœorum. — Mais, eucore uue fois, Eucher la connaissait-il?

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identifiés avec les Thébéens d'Italie. A quelle autre légion les aurait-il attribués? Les légions d'Ttalie ne passaient-elles pas souvent en Gaule pour courir à la défense du Rhin? Voit-on quelque autre légion de soldats orientaux cantonnée dans ces pays? Où y a-t-il une province d'Orient plus digne que la Thébaïde, la patrie de Paul de Thèbes et de tant de solitaires ses émules, d'avoir donné le jour aux soldats martyrs d'Agaune' ? Eucher, — comme, du reste, saint Avit qui introduit à Agaune la pnèveacémète^ — -, s'intéresse autant que Gassien aux choses d'Orient, aux ermites de la Thébaïde : c'est en Egypte qu'il veut se rendre lorsqu'il abandonne le monde ; c'est à sa demande que Gassien écrit ses souvenirs sur les solitaires ; c'est à lui que Gassien adresse ses sept dernières Confére^ices ; et c'est lui qui résume ce livre fameux, lui qui écrit l'émouvant Panégyrique du désert ' :

O quam jucundse suni sitientibus Deum etiam deviœ illis saltibus solitudmeSy quam amœnasunt quœrentibus Chrisiwn illa sécréta quœ longe lateque^ natitra exeubante, porrecia sunt. Silent omnia. Tune in Deum suum lœta mens quibusdam sileniii stimulis excitatur^ tune ineffabilibus vegetatur excessibus.

1 Noter qu'il y eut MXielegio JA^ô^orMm appelée legiô felix\ \a.legio II Félix Valentis [Or, vu, 11. 46]. — Par malheur, nous ne savons rien de l'histoire des six légions thébéennes : pas un texte ne les mentionne, et, jusqu'ici, pas une inscription. Furent-elles créées d'un seul coup, par le démembrement d'une ancienne légion de 6,000 hommes en six légions de 1.000 hommes, ou furentelles organisées successivement? Leurs noms favorisent la seconde hypothèse : ils invitent à en rapporter la formation à Maximien, Dioclétien, Constance et Valons. Espérons que les inscriptions enrichiront nos maigres connaissances.

Je remarque qu'Eucher ëcTiiin auxilium... vénérant; ^Qni-èive connaissaitil les auxilia barbares compris dans l'armée romaine:

Les huit jours de marche dont parle Eucher correspondent à la distance qui sépare Agaune de Milan [189. 000 pas; d'après Végèce, i, 9, la journée de marche est de 24.000 pas]. Eucher a fait venir l'armée de Milan : elle éiçorgea des martyrs chrétiens, elle ne pouvait donc pas être une armée de Constance; ce devait être une armée de Maximien; elle devait venir de Milan [Cf. les bonnes remarques de Stolle. 69-73].

2 La laus perennis inaugurée à Agaune le 22 septembre est imitée de la prière acémète [Leclercq : D. A. G., i, 859 et 307-321]. Peut-être même, comme veut Leclercq, Xinnovatio célébrée par les auteurs ne vise-t-elle rien d'autre que cette innovation.

3 Edition Wotke [G. V. 31, i (1894) 178. « Magno tu quidem animo.., » — Cf. aussi §§ 41-43. € Recte ergo tu, ueneranda tellus, sanctis aut in te positis aut non procul a te remotis aut habitabilis dudum aut desiderabilis extitisti... M

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La piété d'Euclier envers les martyrs l'a conduit à mettre par écrit la légende d'Agaune ; peut-èlre l'a-t-elle encore poussé à Tembellir.

Une invention de reliques à la fin du ive siècle, la dévotion d'un grand évêque gaulois vers le milieu du v% c'est de ces deux faits que dérive en dernière analyse le texte fameux qui célèbre saint Maurice \

Quels autres faits analogues leur peut-on comparer?

1 On trouve dans le Codex Bruxellensis 9786-90 (da xve siècle), un véritable corpus liturgicum de sanclis Thebasis [Analecta, vi, 353], et aussi dans P. J. Moae : Lat. Hymnen des Mittel-Alters, Freiburg, m (1855).

J'ajoute deux mots touchant la légeode de Victor et Ursus : ils sont nommés par Eucher; et l'étude des textes qui les célèbrent éclaire un point de l'hisloire du récit qu'écrivit cet évêque. Ces textes pjuvent se répartir en deux familles, comme l'a bien vu Krusch. La première [type B. H. L. 8584- 85, 30 septembre 292. «Tempore illo cum Maximianus... »] raconte que Victor et Ursus fuient ad Salodorum castrum lorsque Maximien envoie à Genève saint Maurice et 6.666 hommes : ils refusent de poursuivre leurs frère», son; torturés par Hyrtacus et finalement tués ; le corps de Victor est transporté à Genève, dans l'église des saints Victor et Vincent qu'ont construite Godegisèle, roi des Burgoudes, et sa femme Théodesinde ; c'est l'évèque de Genève Domilianus qui a opéré la translation ; longtemps après, comme on a perdu tout souvenir de la présence de Victor à Genève, le corps est retrouvé par l'évêque de Genève Hyconius, assisté des évêques Rusticius et Patricius ; trois miracles terminent le récit. — La seconde famille de textes [type B. H. L. 8588, 30septembre,291. « Gum tempore .Maximianiimperatoris.., »] nous laisse à Soleure parce qu'elle ignore l'église genevoise : elle est encore caractérisée par les traits suivants: 1. Ursus et Victor ont Ç>Ç> compagnons ; 2. les martyrs sont jetés au fleuve après avoir été décapités, mais a non longe... a dicto ponte capila sua in manibus portantes flumen egressi sunt et ad locum ubi nunc in honore ipsorum basilica fabricata est pervenerunt » ; ils restent une heure agenouillés, puis se couchent « ac si dicerent : haec requies nostra in 88bcula saeculorum ».

Ces deux textes, le fait est très clair, expriment, l'un la légende de Genève, l'autre la légende de Soleure.

Un passage de Frédégaire éclaire la genèse de la première.

« Eo anno [601-602] corpus sancti Victoris, qui Salodero cum sancto Ursio pasaus fuerat, a beato Aeconio pontifice Mauriennense invenitur. Quadam nocte in suam civitatem ei revelatur per sompnium, ut surgens protinus iret ad eclesiam, quam Sideleuba regina suburbanum Genavinse construxerat ; in médium eclesia designalum lo3um illum sanctum corpus adesset. Gumque Genava festinus perrexisset cum beatis Rusticio et Patricio episcopis, triduanum faciens ielunium, lumen per noctem, ubi illum gloriosum et splendidum corpus erat. apparuit. Quem cum seleueio hii très pontifecis, cum lacrimis et orationibus, elevatu lapide, in arcam argentiam invenerunt sepultum, ciiius faciem robentem quasi vivum repperunt. Ibique princeps Theudericus presens aderat, multisque rébus huius eclesiae tribuens, maxemam parlem facultates Warnacharii ibidem contirmavit.

[Fredegaire. iv. 22. — Krusch, 129].

Frédégaire et notre premier texte s'accordent en quelques points : l'invention,

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