LE TEXTE DE SAINT AMBROISE
ferimus, cfiecus sanatus est... (Martyrum) iam in numerum diu ante ignorati Protasius Gervasiusque praeferuntur... Nunc senes repetunt audisse^se aliquando horum martyrum Domina titulumque legisse.,. Gognovistis, immo vidistis ipsi multos a dœmoniis piirgatos... [P. L., 16, 1019' 1021 C, 1022,A, 1023 A].
Les deux textes coïncident : Paulin ajoute seulement le nom de Sévère. Ainsi, tandis qu'il lutte contre l'impératrice Justine et les Ariens, en 38ti \ saint Ambroise trouve, près d'une urne sépulcrale, deux corps ensanglantés de martyrs, à Milan, dans l'église des saints Nabor et Félix, devant les grilles qui défendent leur tombe ; il les transporte le soir à la basilique de Fausta, le lendemain à la basilique ambrosienne, au milieu de Tenthousiasme du peuple : un aveugle est guéri qui s'appelle Sévère ; les martyrs se nomment Gervais et Protais.
En raison, sans doute, de la notoriété de saint Ambroise, le fait eut un très grand retentissement, en Afrique, en Italie, en Gaule. Saint Augustin était à Milan à ce moment même % il a contribué à la diffusion du culte en Afrique ; il en atteste en tous cas Texistence ^ — Au même moment, une matrone romaine, Vestina, fait consacrer, parle pape Innocent I [401- 417], à Rome, une église qui est placée sous l'invocation des saints Gervais et Protais ; Vestina est conseillée par le diacre Livianus, par les prêtres Ursicinus et Leopardus ^ — Et c'est sans doute à ce moment encore, à la On du iv^ ou au début du v' siècle, que pénètrent en Gaule les reliques dont parle saint Grégoire de Tours ^ La mention des deux saints Mila-
1 Cf. infra, p. 61 et Tillemont, ii, 78 sq. et 498. Jusque vers 386, Nabor et Félix, la basilica vêtus, fut l'église cathédrale de Milan. Cf. F. Savio : Le basiliche de Mila.no al tempo de S. Ambrogio [Atti délia R. academia délie scienze di ToriDO. 19031904, disp. 13, p. 888-909] et Fœrster : Ambrosius, 1884, 39.
2 Sermon 286 [P. L., 38, 1297]. « Ibi erani, Mediolani eram, facta miracula novi....;» cf. Civit. Dei, XXII, 8, § 2. [P. i ,41, 761] : « Miraculum quod Mediolani faclum est, cum illic essemus, quando illumlDatus est caecus...
3 Sermons 286 [P. L.. 38, 1297] et 318 [P. L., 38, 1438], — Cf. Confessions, ix 7 [P. L.. 32. 770] ; Contra Donatistas xix, 50. [P. L., 43, 430] et Civit. Dei, xxm, 8, § 7 fP. L., 41, 765] : <r Victoriaoa dicitur villa abHippoue... : memoria martyrum ibi est Mediolanensium Protasii et Gervasi. »
* L. P. I, 220. — Le L. P. repose ici, semble-t-il, sur un document contemporain. Cf. l'observation de Mgr Duchesne sur le mot dominicum [L. P., i, 223, note 7]. — Sur l'église, cf. encore Grégoire le Grand. Ep., ix, 22.
^ Gl. Mart , 47 [P. L. 71, 749j. — Cf. Sacram. Gélasien éd., Wilson,
nais dans le férial hiéronymien ^ complète cet ensemble de témoignages : la diffusion du culte de Gervais et Protais est aussi solidement attestée que son origine ^.
Si telle est Vhisioire, comment s'explique la formation de la légende 1
Les gestes pseudo-ambrosiens de Gervais et Protais qu'on a analysés d'abord sont étroitement apparentés à plusieurs autres textes : déterminer leurs rapports permettra d'expliquer leur origine.
Le fait qu'ils sont un apocryphe pseudo-ambrcsien nous invite à en reculer la composition à une époque postérieure à la mort de saint Ambroise — laquelle date de 397, — et l'essor du culte au début du v^ siècle nous permet de penser que l'imagination populaire a immédiatement travaillé sur les maigres données de l'histoire. Enfm^, le rapport que la légende suppose entre Milan et Ravenne est bien celui que l'on constate dans la première moitié du v® siècle ^ alors que Ravenne
1 p. 80, E. XIII, K.iul mediol gerbasi et protasi nazari et celsi pueri... Severinus de Noricuai reçoit aussi des reliques de Gervais et Protais [Ftfa... ah Eugippio. — C. V. 9, 2).
2 Remarquer que nous ne savons pas d'où viennent les noms ; saint Ambroise les connaît lorsqu'il écrit à Marcellina. — Peut-être quelque vieillard se les est-il réellement rappelés : peut-être a-t-on retrouvé une inscription.
» Fortunat connaît Vitalis et Ursicinics [Vita S. Martini, iv, 680], et les gestes sont cités par Grégoire de Tours, à la fin du vi^ siècle. [Gl. m. 47. — P. L., 71, 748].
Voici les vers de Fortunat fLeo. — M. G. A. A., iv, 1, 369] :
Inde Ravennatem placitam pete dulcius urbem : Pulpita sanctorum per religiosa recurrens Martyris egregii tumulum Vitalis adora Mitis et Ursicini, parili sub sorte beati.
Savio [Nuovo Bull., Arch., 1897, 153], suivant Mazocchi \Comment. in vêtus Kl. n, 689] veut retarder la date du texte jusqu'aux environs de 500, parce que S. Pierre Gbrysologue + 449 ne connaît qu'un martyr ravennate, Apollinaire [P. L., 52, 552]. — J'bésiteà le suivre, parce que l'opinion de l'évêque de Ra-