‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 21 sur 132 · DATE DE LA LEGENDE · texte numérisé non relu

DATE DE LA LEGENDE

succède à Milan et devient, vers le même temps peut-être, capitale de l'empire d'Occident [404] et métropole ecclésiastique \ Le rédacteur, qui connaît la topographie de Ravenne, attribue deux martyrs à cette ville, Ursicinus et Vitalis ; et c'est un martyr ravennate, Vitalis, qu'il donne pour père aux deux saints milanais. Qui sait s'il ne veut pas marquer à sa manière la dépendance de la grande métropole par rapport à sa jeune rivale^ Le texte date sans doute de la première moitié du V® siècle.

Les faits secondaires que Ton note sont en parfaite haraionie avec l'hypothèse. « Tu veux perdre la couronne que Dieu t'a préparée », dit Vitalis à Ursicinus. Les questions relatives à la grâce et à la prédestinations ont très controversées durant tout le v^ siècle. — Le colobus était la tunique que, d'après une loi de 397 ^, les sénateurs devaient porter et dont s'occupent le Liber Pontificalis et la Vita Silvestri ^

L'expression militaris consularis est assez étrange, mais non incompréhensible : de très bonne heure % le titre de consularis ^Qvàii toute signification militaire, prit une valeur purement nobiliaire : la consularitas passait à l'épouse et demeurait à la veuve ^ Dès lors, qui veut désigner un consularis revêtu d'une fonction militaire, militaris dignitas % sera naturellement amené à écrire militaris consularis.

L'épisode de Valeria massacrée par des païens, dévots de Silvain, est une imagination aisément concevable chez un rédacteur de ce temps. Lachristianisation des campagnes s'opère dès lors ; et souvent les paysans idolâtres massacrent les missionnaires chrétiens. On sait que Sisinnius, Martyrius et Alexander, envoyés en mission par l'évêque de Trente, Vigile, furent tués dans ces circonstances le 29 mai 397 \ Le mar-

venne n'est pas nécessairement l'opinion des foules pieuses. Cf. ce que j'ai dit de Damase, G. M. R. I. 271-272 et infra. — Le mot biothanatos se retrouve dans les gestes de Symphérose [§ 4 — éd., Ruinart, 1859, p. 71] et le de anima de Tertullien, 57.

1 On ignore la date exacte de ce fait. Cf. infra.

2 Code Theodosien, xiv, x, 1 [Duchesne, Culte 365].

3 Cf. infra. G. M. R. v.

* Tacite : Annales^ vi, 49. — Philostrate : Vita Apoli., iv, 45.

s (Daremberg et Saglio : Dict. des Antiquités : article consularis). Dion Cassius, 79, 15.

6 Notitia Dignitatum. Or, i, 1 : Occ, i, 1. — Cf. Or. ^xviii, 4 ; Occ, xvi, 5. — L'expression militaris consularis ne se retrouve pas ailleurs, semble-t-il.

T Cf. les lettres de Vigile de Trente à Simplicianus de Milao et à saint Jean Chrysostome [Ruinart, 624 et 626|.

tyre de Valeria semble modelé sur le martyre de Sisinnius. — Le culte de Silvain était sans doute un des cultes païens les plus vivaces à ce moment : Silvain est une divinité tellurique, tel que Faunus ; sa protection est nécessaire à la prospérité des troupeaux : on lui consacre les bois sacrés *, on lui ofïre du lait caillé et un porc * ; on le fête pendant l'automne, et les paysans lui donnent alors des fleurs et du vin ^ Ce culte agraire, nécessairement, était très étroitement associé aux pratiques et aux traditions de la vie rurale : on conçoit que les ruraux l'aient défendu avec énergie '',

L'introduction des Marcomans n'a rien qui doive surprendre. Je note d'abord qu'un pseudo-Ambroise s'intéresse naturellement à l'histoire de son glorieux homonyme : or, saint Ambroise a converti une reine des Marcomans qui s'appelait FrigitiP et qui est venue elle-même à Milan, atin de le voir, l'année de sa mort, 397. — Et je remarque ensuite que, au début du V® siècle, il y a dans l'armée romaine cinq corps de Marcomans, trois en Italie^ un en Pannonie, un en Gaule \

D'où viennent les personnages associés aux martyrs? Le saint Vitalis du 29 avril parait solidement attaché à J3ologne par le férial hieronymien : III K. maias [E) bononiœ uitalis agusti; et l'inscription ^ de la basilique construite à Ravenne

i Enéide, viii, 6 « Silvano fama est veteres sacrasse Pelasgos lacumque diemque...

2 Schwegler : R. G. i, 421, rem. 5 ; Juvénal, vf, 447; G. I. L., vi, 595, 666, d'après Marquardt : Culte, i, 204.

3 Horace : Epitres, ii, 1, 144 [Marquardt, ii, 392].

* Le martyre de SisiQûius dans le Trentia se rattache précisément à une cérémonie agraire : d'après la version de la légende utilisée par Adon [29 mai, P. L. 123, 272], il s'agit d'un sacrifice à Saturoe ; de même, d'après les textes B. H. L. 7796 et 7798 [29 mai 60]. Peut-être quelque manuscrit remplace-t-il Saturne par Sylvain. — Le martyre de Victor le vétéran, dans Maurice, a une cause assez analogue à celle qui entraîne, ici, le martyre de Valeria : en contant celui-là, Eucher ne s'est-il pas souvenu de celui-ci ?

s Paulin: Vita Ambrosii,36. \P.L., 14, 39, CD] : « Per idem tempus Fri-iilil queedam regiua Marcomannorum, cum... audiret famam viri, Christo credidit... Quae cum venisset Mediolanum, plurimum doluit quod sanctum sacerdotem ftd quem festinarat minime reperissel : iam euim de luce migraverat ».

^ Il y a en Italie deux auxilia polatina û' Honoriani Marconianni seniores e\> junior es, confiés au magister 2Je'/itur?i prxsentialis [Notitia dign. Occ. v, 198-199 et VII, 38. — Seeck, p. 123 et 134J et une vexillatio comitatensis à'equites Marcomanni, sous l'autorité du magister equitum prxsenlialis [Occ. VI, 22, 65|. Le corps marcoman de Gaule est attesté par Occ, vu, 183; celui de Pannonie, par Occ, xxxiv, 24. — La formation des deux corps d''Hoîwria)n a dû rappeler l'attention sur ce peuple. 11 disparaît de l'histoire au temps d'Attila.

■J Elle porte : « beati Vitalis basilicam, maudato Ecclesii episcopi, Julianus ar-

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de 532 à 547 ne peut pas passer pour indépendante de la légende : elle lui est postérieure. Notre texte seul parle d'un Vitalis de Ravenne. Le plus simple est d'admettre qu'on vénérait dans cette ville un saint de ce nom * ; notre rédacteur l'aura emprunté afin de donner un père aux deux martyrs. Peut-être a-t-il imaginé de toutes pièces le personnage d'Astasius ^

Faut-il ajouter que Gervais et Protais ont eux-mêmes été modelés sur Castor et Pollux ^?

Les noms de Gervasius et de Protasius se ressemblent ; il est donc possible qu'ils désignent deux jumeaux. Gervais et Protais sont formellement appelés jumeaux par le pseudo Ambroise [quos uno ortii geminos genuere] et par les prières de la liturgie pseudo-ambrosienne : o quam gloriosa certaminis causa^ ubi pariter coronantur quos unus utérus maternus effudit. — Pseudo-Ambroise les appelle encore duos iuuenes ephebos uestibus candidissimis , id est colobio et pallio indutos..., oranteSy tandis que Ambroise écrit: inuenimus mivce magnitudinis uiros duos ut prisca œtas ferebat; ossa omnia intégra sanguinis plurimum. Que l'on compare ces mots au récit que fait Denys d'Halicarnasse * de Tapparition des Dioscures à la bataille du lac Régille :

£v xa'JT-rj XsYovxat ttJ [i.à)^T[i IIo(Txo[Jit(|j xs xî}!) Stxxàxopt vaX xolç irept auxôv xExaY[Jt.âvoi(; \TZTz€i<; 8uo tpavTJvat, xàXXei xe xat [XEYÉOet (j.ay.p(J[> xpeîxxou<; wv Y) xa0' y\]X0L<; cpufft<; èxcpépet.

Qu'on relise, un peu plus loin, le récit de l'apparition des demi-dieux sur le Forum :

sv TT\ 'Pw{jLa(a)v àyopqc xov aùx6v xpoirov ôcpÔTjvai 8uo vsavîaxoi Xéyovxai, TtoXsfjiixàç Ev8s8ux6x£(; (TxoXàç, {jir^xtcrxoi xe xai xdcXXiaxot xat xt)v a!jXT,v •flXixfav e)(^ovxec;, —

et le passage où Plutarque ^ écrit :

cocpÔ7)(jav àiro (Txpàxou (i.ixpôv ^(sxtpo"^ avSpsc; Suo xaXot xat fxsYaXot xouxot<; sîxaffiv «Tvai Aicox^pouç, —

gentarius aedificauit ornauit atque dedicauit : consecrante uero reuerendissimo Maxitniaao sub die XIIII Kal. maii sexies p(ost) c(onsulatum) Basilii Jun (ioris) v(iri) c(larissimi), iadictioae X [547] [28 avril 568].

1 C'est peut-être celui de Bologne doQt oa aurait importé le culte.

^ Y a-t-il UQ rapport entre Astasius et les centuriones astasiani auxquels appartient Marcel de Tanger [Ruinart, 343]. Monceaux ne dit rien de ces Astasiani [Hist., litt., III, 113] . Sur l'origine de Valeria, cf. infra.

3 The Dioscuri in the Christian Legends, by J, Rendel Harris [Londoo, Clay, 1903]. p. 42-51.

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