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» jEmiîius Paullus, 25.
et le texte parallèle dans Valère Maxime ^ : duos iuuenes excellentis formde albis equis résidentes . On comprendra que la description de Gervais et Protais, telle que la présentent Ambroise et le pscudo-Ambroise, peut paraître refléter l'image que les Romains se formaient des Dioscures.
Deux faits appuient l'hypothèse : comme les Dioscures, Gervais et Protais sont des soldats qui protègent leurs amis. Saint Ambroise écrit :
Cognoscant omnes quales ego propugnatores requiram^ qui propugnare possint, impugnare non soleant. Hos ego acquisivi tibij plebs sancta, qui prosint omnibus, nemini noceant. Taies ego ambio defensores^ taies milites habeo : hoc est non saeculi milites^ sed milites Chris ti.
Protais et Gervais défendent les catholiques contre les ariens, comme Castor et PoUux défendaient les Romains contre les Latins.
Lorsqu'Ambroise, enfin, parle au peuple enthousiasmé, et choisit pour thème le psaume 18 [Cdeli enarrant gloriam Dei], et s'écrie: Bonae noctes, noctes lucidde, quse habent stellas. Sicut enim Stella a stella differt in claritate, ita et resurrectio mortuorum, et continue en montrant que l'invention des reliques est une vraie résurrection, il laisse clairement voir que le souvenir des Dioscures occupe toujours son esprit ^.
Cette brillante hypothèse est peu vraisemblable ^
Saint Ambroise^^ne dit jamais que Gervais et Protais sont jumeaux, ni même qu'ils sont frères ; il ne dit nulle part qu'ils sont jeunes et qu'on dirait des éphèbes : s'il atteste leur grande taille, il y voit, avec le populaire, un signe d'antiquité, non pas, avec Denys d'Halicarnasse, la marque de leur origine divine * ; ils portent, non pas l'habit de guerrier, mais le pa-
1 De Miraculis^ i, 8, 1.
2 Cf. les lucida sidéra d'Horace [Odes, i, 3, 2, etc...] — Readel Harris ajoute que le Dioscoros du 13 octobre [la fête grecque de Gervais Protais, tombe le 14] et Marcus-MarcelliaDUs (des gestes de Sébastien) sont des déformations des Dioscures, ainsi que Juda et Thomas.
3 Cf. Hevue d'Histoire des Religions, 1904, tome XXXIX, p. 403-406.
* J'emprunte cette observation, et les trois suivantes, à un important article de F'rauchi de Cavalieri : I SS. Gervasio e Protasio so7io una imitaiione di Castore e Polluce [Nuovo BuL, Arch., 1903, 109] . Cf. Homère, E, 302-304 ; Virgile: Enéide, xn, 899-90 J. Sur le sens de i^j xa0' -fifAêcc <puat; cf. Stephani Thésaurus, iv, 1016-1017. — En 1871, on a ouvert le tombeau des saint Gervais et Protais et mesuré leurs ossements: ils atteignent 1"»,80 et 1™,81 [Acta apud sanclam sedem super iudicio de identitaie saororum corporum Ambro-
LEUR ORIGINE JUxMELLE 47
cifique colobium ^ ; ils ne brandissent pas l'épée, ils prient manihiis extensis ; leur vêtement est blanc comme la robe des martyrs^ non rouge comme la chlamyde des Dioscures ^ ; l'expression milites christi est la plus banale qui se puisse rêver ; Castor et Pollux sont des cavaliers, non Gervais ni Protais ; l'idée que les martyrs sont les patrons de la ville et ses protecteurs attitrés n'est pas propre à la légende de Gervais-Protais ^
Faut-il conclure, pourtant, qu'il n'y a aucun rapport entre la légende de Gervais-Protais et le mythe des Dioscures? J'hésite à l'afQrmer. Et j'imaginerais volontiers que celui-ci eût donné à celle-là un détail précis : l'origine jumelle des martyrs. — Ambroise n'en sait rien, je le répète ; il ne dit même pas qu'ils soient frères. D'autre part, la date que nous assignons au pseudo- Ambroise nous contraint d^ admettre que le détail a tout de suite apparu. On a dit *^, j'ai dit moimême ^ que la dualité des corps en expliquait^ peut-être, l'origine. A ce compte, tous les couples de martyrs se transformeraient en couples jumeaux. 11 n'en est pourtant rien ^ Pourquoi le couple Gervais-Protais s'est-il métamorphosé en un couple de jumeaux^ tandis que le couple Jean-Paul ne devient même pas un couple de frères ? Rien n'indique que le culte des Dioscures soit plus vigoureux à Milan qu'à |Rome. La solution du problème se trouve peut-être dans la différence du caractère des noms portés par les martyrs et des circonstances de l'une et l'autre invention. Les textes mon-
sii... Gervasii et Protasii invent. Mediolani die 8 aug. 1871, — Romae 1873, p. 79] Sur les tombes de G. et P., cf. Leclerq : D. A. G. I. 1, 1460.
1 Cf. Code Théodosien, 14, 10, I. « Nullus i»enatorum habitum sibi vindicet militarem sed chlamydis terrore deposito quieta colobioruni ac paenularum induat vestimenta.
2 Cf. Pausanias, iv, 27, 2 : "xXajjiuSac; lîopcpupât; ; —Justin, xx, 3, 8 : « coccineis chlamydibus. — Cf. Dioays., vi, 13, K. — P. Franchi de G. remarque encore, très justement, que S. Ambroise, menacé par les soldats de Justine, se sert très naturellement d'expressions militaires; et la comfiaraison des martyrs avec les étoiles rap[>elle ces comparaisons des grands hommes avec les astres qui abondent dans toutes les littératures [Sappho, 3. Bergk, 4. — Horace: Odes, i, 12, 47. — Bacchylide, 8, 27. — Platon : Ant. Pat., 1, 670, 2. — Geste d'Ariadne, éd. Franchi, p. 10. — Gestes de Theodote, éd. Franchi, p. 76. — S. Jean Chrysostome. P. G., 50,576, 19 et 13. — Sainte Basile, P. G., 31, 524, C ; Vincent de Girone, etc.
3 Cf. ma Christianisation des foules, Paris, 1903. * Franchi d. C. loco citato.
5 R. H. R. loco citato.
6 Jean et Paul, Nérée et Achillée, Calocère et Parthenius, Nazaire et Celse, Vitalis et Agricola, etc.
trent le danger d'Ambroise en 386, la tranquillité de Rome vers 413-440. Ambroise est menacé, il cherche des protecteurs, il aime à voir, il aime à montrer au peuple, dans les mart3^rs qu'il trouve, les protecteurs qu'il cherche* ; comment donc le souvenir de ces légendaires protecteurs que sont les Dioscures ne se présenterait-il pas à l'esprit de tous ces Latins? Il est très possible qu'il ait incliné les esprits à voir des jumeaux dans Gervais et Protais ^ Mais peut-être aussi les noms homophoniques suggéraient-ils d'eux-mêmes cette croyance.
Vitalis et Valeria, les parents légendaires de Gervais et Protais, ont aussi leurs gestes ; nous en connaissons même deux versions dilîérentes.
La première A % semble être un extrait de l'histoire des jumeaux milanais. Un court résumé le fera voir.
Saint Vitalis, homme consulaire, entra avec son juge Paulinus à Ravenne et vit condamner à mort un médecin chré' tien, le ligure Ursicianus ; il le réconforta sur le lieu du supplice^ à la Palme^ et Vensevelit à Vintérieur de Ravenne. Arrêté et torturé à son tour^ il est enterré vivant; mais le prêtre quia conseillé Paulinus devient démoniaque et se noie au bout de sept jours. Vitalis glorifie Ravenne et protège ceux
1 Cf. § 10. « Taies ego ambio defensores, taies milites habeo » [P. L., 16, 1022,6]. Cf. Pauly-Wissowa et Rôscher ; et le récent article d'Helbig: Die Castores als Schuizgôtter des romischen Equitatus. Hermès, XL (1905), 101.
2 Cf. G. M. R. I. 29. Un trait d'Agnès est empruûté à Euripide (Hécube).
3 B. H. L. 8700. S. Vitalis militans vir consularis... » [Mombritius, ii, 348]. — Les manuscrits présentent plusieurs rédactions de cette version A : la B. H. L, en indique trois [8699, d'après Bandini : CataL cod. lat. bibt. Mediceœ Laurentianss,}, 586, xxxvii : « S. Vitalis militans cousulari... ; » — 87(^1, d'après la Bibl. Gasin., m, flor.348 [cette version donne :« S. Vitalis militans consulavi Paulino ; noli... coronam perdere adomino prxparaiam ; lecouseiller de Paulinus est un prêtre d'Apollon]; — 8702, d'après le CataL Paris^ i, 489, n. 28 : Vitalis igitur inclitus...].
Il est très possible, je le rappelle, que le culte ravennate de Vitalis se rattache au cuite du saint bolognais Vitalis.
VltALIS ET VALERÏA 49
qui V implorent. Valei^ia, sa femme, emporte son corps malgré les chrétiens et est à demi massacrée par les idolâtres : elle a refusé de manger les mets consacrés à Silvain. Transportée à Milan^ elle y meurt bientôt.
Tous ces détails se retrouvent dans Gervais-Protais ; Vitalis'Valeria n'en omet qu'un seul, la qualité de prêtre d'Apollon donnée au conseiller de Paulinus.
Vitalis-Valeria est-il un extrait de Gervais-Protais ? Gervais-Protais est-il au contraire un développement de Vitalis- F«/(?na ? On ne peut rien affirmer: néanmoins la première hypothèse est de beaucoup la plus vraisemblable. L'origine du culte et de la légende de Gervais et Protais est précisément datée de 386 ; on n'a aucune attestation du culte ravennate de Vitalis avant la première moitié du vi® siècle, alors que se construit la fameuse basilique à lui dédiée. Le culte de Gervais-Protais est plus ancien que le culte de Vitalis- Valeria : il est naturel de penser que la légende est solidaire du culte. — On conçoit sans peine l'origine des gestes de Vitalis et Valeria : leur histoire est mêlée à l'histoire de Gervais et de Protais ; mais Gervais et Protais sont des Milanais, ils n'intéressent guère les Ravennates ; à l'intention des Ravennates on aura découpé dans le texte cyclique l'histoire des martyrs de Ravenne.
La seconde B * semble avoir été récrite^ d'après la première, par un rédacteur qui voulait en orner la simplicité des grâces et des pompes de son style. J'y note d'abord le mot ultroneus : il qualifie Ursicinus, lorsque, réconforté par Vitalis, le médecin ligure encourage le bourreau à le tuer ; est-ce un écho aux polémiques touchant la spontanéité du martyre ? — Voici, d'autre part, deux très curieux passages où l'auteur inconnu semble vouloir souligner la supériorité de Rome comme ville sainte, et raffermir la bonne amitié entre Ravenne et Milan, dont il dit hautement la gloire.
§ 6. Gaude et lœtare, felix Ravenna^ tanto martyre suffulta... Si enim Mediolanenses cives patronum tuum S. Vitalemconceptum haberent una cura sacratissimis filiis suis Gervasio et Protasio Christi specialibus mat^tyribus, nequaquam
1 Gloriosas Domini palaestrita S. Vitalis, mediolanensis indigena civitatis. B. H. L. 8703 [28 avril 571]. Oq en connaît une rédaction un peu différente [B. H. L 8704. — Muratori : R. I. S. i, 2, 558].
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œstimarent se inferiores esse romanis senatorihus qui sanguine beatorum mariyrum circurnflui [ère] totum mwidum (et) vitali possunt pretio mercari [are).
§ 8. Ecce qualis paterfarnilias B. Vitalis qui totam sihi suœque celsitudini subiugavit Italiam. Nam et archisterium metropoleos apud Ravenharn ipse patrocinando possidet ; et Mediolanum^ qua nihil habet Latinitas clarius, in proie satis festiva et conjuge coronata^ obtinens utrobiquetriumphat, lia siquidem optinie sese res habet, ut quod Mediolanensibus déesse videtur in patre^ totum possideant pro dotis cumulo in filiis similiter et conjuge ; et contra si quid Ravennatibus minus videtur se in proie habere et conjuge, totum se gaudeant adipisci in pâtre. Quapropter oportet utriusque metropoleos cives ita caritativa ac sociali caritate inextricabiliter convijîciriy sicuti noscuntur tantorum martyrum indigregabili communione connecti,
La situation que suppose le deuxième passage cité est analogue à celle qui est indiquée dans les gestes de Gervais et Protais. Peut-être l'insistance du rédacteur à prêcher l'amitié indique-t-elle que la discorde sépare les deux villes. Le diocèse métropolitain de Ravenne a été formé, avec Tappui de Rome, aux dépens du diocèse de Milan \ qui, naturellement, dut faire grise mine à sa rivale. Le texte reflète clairement cette situation : il appelle Ravenne une métropole.
11 est donc probable que B date de la première moitié du v^ siècle aussi bien que Gervais'Protais : telle doit être aussi la date de A ^. Ils datent sans doute tous deux du temps où Ravenne fut érigé en métropole.
Je dois dire un mot, également, d'un texte qui célèbre Ursicinus : c'est un développement purement verbal ' des textes
♦ s. Pierre Chysologue. Serinoa 175, Duchesne, Culte, 37 et 81, sq. On ne connaît pas la date exacte de l'érection de Ravenne à la dignité de métropole. — Oq connaît, en revanche, le dévouement de saint Pierre Chrysologue au siège de Rome. Il repousse les avances d'Eutycbès, et lui répond : « quoniam beatus Petrus qui in propria sede et vivit et prsesidet praestat quaerentibus fidei veritatem ; nos enim pro studio pacis et fidei extra consensura romand civitatis episcopi causas fidei audire non possumus. » [P. L., 54, 739sq]. La seconde version de Vitalis-Vaîeria semble bien rendre le même son.
2 Peut-être est-il plus probable que A est postérieur à B et représente la rédaction vulgate débarrassée des particularités de B, qui, plus tard, n'élaient plus comprises. — Noter que, en 493, Milan accueillit tout de suite Théodoric, et que Odoacre tint longtemps dans Ravenne.
■5 Muratori : R. i. S., i, 2, 560. « Si omnium gesta sanctorum palrise nostrœ studiose notare licuisset. non solum sibi... » L'auteur se propose d'utiliser les