VITALIS ET AGRICOLA
que nous connaissons. 11 mentionne, du reste, une translation de reliques opérée en 972 par l'archevêque de Ravenne Honestus : selon toutes les vraisemblances, il date au plus tôt du xi° siècle.
Il est, enfin, une dernière légende dont le rapprochement avec Gei^vais-Protais s'impose encore : celle de Vitalis et d'AgricoIa. Leurs corps ont été trouvés vers le même temps que ceux de Gervais et de Protais : et c'est aussi sous le pseudonyme de saint Ambroise que s'est caché l'auteur inconnu.
En 393, quand Eugène passa les Alpes, Ambroise se rendit de Milan à Bologne^ puis à Florence : il était à Bologne lorsque l'évêque de cette ville, Eusèbe, trouva dans le cimetière des Juifs les corps de deux martyrs, Vitalis et Agricola ^ Paulin écrit :
(Amhrosius) in,.civitate [Florentinorum) basilicam constituit in qua deposuit reliquias martyrum Vitalis et Agricolœ quorum corpora in bononiensi civitate leuauerat ; posita enim erant corpora martyrum inter corpora Judseorum, nec erat cognitum populo christiano nisi se sancti martyres sacerdoii ipsius ecclesiœ reuelassent ^.
Ambroise parle lui-même de cette invention dans son deexhortatione virginitatis :
Ego ad bononiense invitatus convimumy iibi sancti mar^ tyris celebrata translatio est, apophoreta uobis plena sanctitatis et gratiœ reservavi... Martyri nomen Agricola est, cui Vitalis servus fuit ante, nunc consors et collega martyrii. Prœcessit servus ut provideret locum... Vitalis... orationem fudit ad Dominum dïcens : Domine,., j'ube suscipi spiritum meum quia iam desidero ut accipiam coronam... Agricola crucifixus est... Utriusque nomen aptus martyrio,.. ille Vi-
chroniques et de développer le récit de saint Ambroise fie tanti martyris actuum brevitas inde neglecium generet audiioribus unde scientiam ampliorem qunm cultum pvoferre dehebat Salvalori ac martyri suo Ursieino cum obseguio salutari. L'anonyme prétend, naturellement, qu'LJrsicin a été instruit ab ipsis disciputis apostoloruni. Il semble connaître une version pseudo-ambrosienne — aujourd'hui inconnue — des actes d'Apollinaire : ... eiusdem sancti pontificis actus légat, quo$ venerabilis Dei autistes Ambrosius dictavit.
1 Schanz : Geschichte der rômischen Litteratur, iv, i, (1904). 314. — Cf. une bonne étude delà légende^ 4 noy. 241, passim.
2 Vita Ambrosii, 29, P. L., 14, 37.
talis dictus est quasi qui contemtu istius vitœ veram illam vitam asternam sibi haberet adquirere.,. Circumfundebamur a Judœis cum sacrx reliquœ eveherentur... Dicebant Juddsi : Flores visi sunt in terra^ cum vidèrent martyres,., Vidua sancta est judœa quse hoc Domiiio templum paravit,,, Dum Julianam uolo dicere, judœam dixi,.. *
D'autre part, nous avons deux textes qui prétendent conter la gloire des inconnus. Le premier commence par les mots : AmbrosiuSy servus Jesu Christi, vocatus episcopus, dilectissimis fratribus et universis plebibus per Italiam^ œternam in domino salutem. Bien que la parole humaine ne puisse qu'atténuer la grandeur des martyrs, je ne puis refuser l'invitation que le peuple de Bologne 'in' adresse. Au temps de Dioclétien et de Maximien, Vitalis et Agricola, après avoir souffert pour le Christ, ont été enterrés dans le cimetière des Juifs : il ne fallait pas quon pût retrouver leurs restes. Cest le Christ qui nous les a révélés tandis que les Juifs se moquaient de nos recherches , Par son nom, Vitalis nous enseigne à mépriser la vie [de ce mondé) pour gagner la vie [éternelle), Agricola à semer les fruits {qui produisent) la grâce (bonosspiritalis gratise fructus). Vitalis était l'esclave d' Agricola ; il est mort le premier pour aller préparer la demeure de son maître. Dieu du reste, ne fait nulle différence entre le maître et l esclave^.
Notre second texte débute ainsi : Ambrosius servus Christi Jesu, vocatus episcopus, dilectissimis fratribus et universis plebibus in Domino Deo œternam salutem. Il ne diffère pas sensiblement du premier, si ce n'est qu'il mentionne la veuve Julienne qui a construit l'église de Florence où prêchait Ambroise ^
Il n'est pas un mot d'aucun de ces deux textes qui ne soit un développement du récit d'Ambroise dans V exhortatio virginitatis. Pseudo-Ambroise ne s'est pas mis en frais d'invention : il a simplement donné la forme d'une « passion » à l'écrit authentique du grand évêque.
J'imagine qu'il écrivait au temps de l'auteur de Gervais-
* Passim, P.L.^ 16, 335. — Paulin de Noie connut cette invention : il écrit Vitalem, Agricolam, Proculum Bononia condit [Carm. 24]. — Ambroise parle aux Florentin»?, auxquels il apporte des reliques (des clous) des deux martyrs.
3 4 novembre 247 [il existe au moins trois rédactions de cette version B : B. H. L., 8691, 8692, 8693J.