ET SAINTE AGNÈS
Protais ; peut-être même Fun et l'autre sont-ils un seul rédacteur : ils puisent à la même source et prétendent être le même évêque. Aucun fait bien établi, enfin, ne contrarie l'bypothèse. Sans doute pseudo-Ambroise fixe au 4 novembre la date de l'anniversaire, tandis que le férial hiéronymien enregistre au 29 avril la fête de Vital de Bologne ' : mais la date de pseudo- Ambroise est suspecte ; c'est peut-être l'addition maladroite d un copiste voulant combler une lacune du récit, et se souvenant du Vitalis cappadocien du 3 novembre ^ ; le passage d'Ambroise à Bologne, qui a coïncidé avec l'invention des corps, n'a certainement pas eu lieu au mois de novembre ^ Dans l'état de nos connaissances, le plus sage est de rattacher ces textes à Gervais-Protais ,
Les gestes de sainte Agnès, lorsqu'on les compare avec les gestes de Gervais-Protais, jettent sur leur origine une lumière plus vive encore que les deux légendes précédentes, et confirment et précisent l'hypothèse proposée.
Comme les gestes de Gervais-Protais, les gestes d'Agnès *
1 De Rossi-Duchesne, p. 51. Le texte est cité plus haut.
8 Ambrosii Epist. 57 et 61 [P. I., 16, 1174, 1186].
Peut-être y a-t-il eu deux Vitalis à Bologne : le férial n'associe pas à un Agricola le Vitalis du 29 avril. — Au milieu du v® s., l'évêque Namacius consacre à nos deux saints une église à Clermont [cf. le Bernensis, au 10 mai] [Grégoire de Tours : H. E., ii, 16;— éd. Arndt. 82]. — Grégoire de Tours regrette ne pas connaître leur légende et raconte un des miracles qu'ils ont opérés [Gl. Mari., 44, — éd. Krusch, 517].
* Sur la formation de la légende de sainte Agnès, cf. G. M. R., i, 214-218 et 148-149; Franchi de Cavaiieri : S. Âgnpse nella tradizione e nella leggenda [Roma Spithover, 1899] et AUard : D. A. C, i, 905.
L'étude de M. Franchi a paru comme j'imprimais mon premier volume : je n'ai pas pu l'utiliser. Elle confirme d'une manière frappante, sur un point précis, ce que j'ai dit G. M. R., i, 27-28, de l'ignorance où l'on était à la fin du ivo siècle de l'histoire des martyrs romains ; elle met en pleine lumière les contradictions d'Ambroise, de Damase, de Prudence et du pseudo-Ambroise. D'après Ambroise, Agnès meurt décapitée ; d'après pseudo-Ambroise, elle est égorgée et, d'après Damase, elle est brûlée. D'après Ambroise, Agnès rebute
sont un texte pseudo-ambrosien \ qui développe une histoire à laquelle s'était personnellement intéressé saint Ambroise ^ ; ici et là^ lauteur inconnu prétend s'appuyer sur un écrit authentique ^ qu'il aurait trouvé. — Cela est déjà remarquable ; mais voici qui l'est bien davantage.
Le prêtre Leopardus qui, de concert avec le prêtre Ursicinus et le diacre Livianus, dirige les travaux de l'église de Vestina^ à Rome *, est également chargé, de concert avec le prêtre Paulinus, d'administrer et de reconstruire l'église de Sainte- Agnès, fuoi'î le mura ^ — Ce même Leopardus a été envoyé à Milan, par le pape Sirice, afin d'attaquer Jovinien devant saint Ambroise, en 390, c'est-à-dire au lendemain même de Tinvention de Gervais et Protais ^. — Ce môme Leopardus fait rattacher au titulusàe, Gervais-Protais l'administration du cimetière de sainte-Agnès '. — En outre les deux prêtres qui sont associés à l'œuvre de Léopard, à sainte Agnès /wori et à saint Gervais, portent des noms qui se retrouvent dans les gestes de Gervais-Protais, Ur'sicinus et Paulinus. — Enfin, Gervais-Protais nous a paru dater du début du v® siècle, c'est-à-dire de l'époque même où vivaient Léopard et ses amis.
Toutes ces coïncidences m'invitent à penser que les gestes
un prétendant ; d'après Prudence, elle est exposée au lupanar ; d'après Damase et pseudo-Ambroise elle s'enfuit de la maison paternelle Les auteurs ne s'accordent qu'en trois points: Agnès était jeune, lorsqu'elle mourut martyre et vierge. — Les efforts de M. AUard [loco citato\ pour concilier les contradictions et expliquer les divergences qu'on a d'abord rapportées nous paraissent tout à fait superflus. — Sur le texte grec publié par M. Franchi, cf. G. M. R., tome V.
1 « Servus Ghriati Ambrosius virginibussacris. Diem festum sanctissimae Virginie celebremus... » [P. L. 17, 735].
2 De Virginibus, i, 2 [P. L., 16. 189]. Cf. De of/iciis, i, 41 [P. L., 16, 84], de lapsu virginis, ni, 10 [P. L., 16, 369|, etc.. Cf. G. M. R., I, 28, et Franchi de Cavalier! ; S. Agnese nella tradiziojie e nella legenda, in-8, 1899.
3 « Haec ego Ambrosius, servus Christi, dum iii voluminibus abditis invenissem descripta,... f§ 19].
* « Dedicavit basilicam scorum Gervasi et Protasi... laborantibus presbyteris Ursicino et Leopardo... [L. P. i, 220].
5 « Gonstituit ut basilicam B. Agnse m. a presbyteris Leopardo et Pauliuo sollicitudine gubernari et tegi et ornari [op. ci7.,222].
6 Jaffe, 260. — Constant, 663. — Cf. Ducheàne. L. P., I, 222-223, notes 4, 5, 6, 17. Théodore de Martigny était là.
T « Eorum dispositione tiluli suprascripti Vestinae presbyteris concessa potestaslL. P., i, 222]; détail confirme par l'inscription d'Abundantius, acolyte du titidus de Vestine, trouvée !à S. Agnès [de Rossi : Insc. Chr. U. R. l. , 1185] Gf, Duchesne : L. P., I, 223, note 17.