LE TEXTE A
Nazaire était fils d'un Africain ^ Africanus^ et d'une noble citoyenne de Rome, Perpétue, laquelle avait été baptisée par saint Pierre après la défaite de Simon {le Mage), Perpétue ri72struisit dans la loi divine lorsqu'il eut atteint l'âge de neuf ans ; mais, comme son père ne suivait pas la religion de sa mère^ bien qu'il adorât le même Dieu tout-puissant, V enfant se demandait s'il recevrait le baptême de Pierre ou s'il observerait les sabbats. Elevant sa pensée vers le ciel, il priait Dieu de l*éclairer, et Dieu V exauça^ et le Saint-Esprit prit possession de son âme^ à la joie de sa mère. — Or, le bienheureux Nazaire allait chaque jour étudier la science romaine (studia disciplinse romanse) ; aussi son père voulut-il en faire un prêtre de sa religion. Un jour de sabbat, rentrant à la maison, il lui découvre ses intentions et lui prédit la gloire qu'il gagnera à prêcher sa religion à Rome. Nazaire consulte Perpétue qui, chaque jour, allait adorer Jésus-Christ au lieu même où elle avait été baptisée ; et Perpétue prie le Dieu tout-puissant quil éclaire son fils dans le baptême de Pierre ; elle lui explique sa grandeur et son amour ; et Nazaire commence ainsi de construire dans son cœur sur des fondements éternels Védifice éternel de la vraie foi. Aussi, lorsqii Africanus veut l entraîner et lui faire servir les dieux de Rome et de César, Nazaire déclare qu'il veut recevoir le baptême de Pierre. Alors siégeait dans la chaire romaine le bien^ heureux Lin, évêque, premier successeur du bienheureux Pierre, apôtre : « Purifie-moi, lui dit Nazaire, de l'eau sainte de la régénération, afin que je puisse plus librement prêcher Jésus-Christ » ; et Lin ' le baptise au nom du Père et du Fils et de r Esprit-Saint et le confirme en toute vérité et science
itaque praerogativa patroni, quem peculiarilatis gratia et continui beneûcii munere propagalorem amplectimur, si verbis cuncta debuisseat componi, lingua ut arbitrer sufficere non posset. Cessent ergo verborum staîa, ubi suceedit paratae devotioni» effectus.
« Nempe quia ad gloriosam eius passionis properamus historiam, libetexplicare quae noster celeberrimus martyr, post ipsa statim apostolorum certamioa, gloriosi sanguinis sui effusione illustravit ecclesiam. Unde non solum inter alios egregius prsedicator, verum etiam signis et miraculis coruscans inter primos primus habetur. Recenseamus ergo sacri certaminis summam, ubi reor non esse congruum si et generis nobiiitatem et iuventutis eius quod fuerit studium inseramus.
1 Certains mss. portaient Glémeal, par exemple celui que lisait Adon[12juiQ. — P. L., 123, 285]. — Noter que, dès la fin du vi® siècle au plus tard, c'est à saint Clément qu'on rapporte la mission d'Eutrope de Saintes |G1. M. 59. — P. L , 71,756J.
64 LES SAINTS NAZAIRË, GELSE ET PONTIUS
(disciplina). Dès lors, Nazaire 'prêche librement que le Christ est vraiment Fils de Dieu et que toutes les idoles sont néant ; les prêtres du Capitole décident d'en référer à César ; mais, sur les craintes de ses parents, V enfant se résout à quitter Rome, il donne aux pauvres sa part d'héritage — sept charges d'animaux — et il s'en va.
Il traverse toutes les cités d'Italie^ évangélisant et baptisant les peuples. Dix ans après qu'il est parti, il arrive à Plaisance, annonçant la rémission des péchés par le baptême de salut au nom de Jésus-Christ. Puis il entre à Milan; il y trouve Gervais et Protais, confesseurs du Christ, qu^Anulinus princeps a emprisonnés et qui font beaucoup de miracles dans leur prison ; il les exhorte, et les réconforte et prêche à son tour ; mais il est dénoncé à Anulinus, prseses d'Italie, et, comme il continue de prêcher, reçoit de sa mère Perpétue, dans un songe, l'ordre de quitter V Italie et de porter l Evangile dans les cités des Gaules. Nazaire part ; il arrive dans cette cité des Gaules qui s'appelle Cimiez, et là, une femme des premières familles (de primariis civitatis), qu'il a convertie, lui offre son enfant. Ce Isa : « Qu'il te suive partout, dit-elle ; baptise-le ». Nazaire le baptise, le confirme dans la foi en la Trinité, et l'emmène. Or, le praeses des Gaules, Denovatus, les fait arrêter ; mais il les relâche, à la prière de sa femme, leur demandant d'aller ailleurs. Nazaire et Celse arrivent ainsi dans la ville de Trêves : c'est Nazaire, le fait est certain, qui lui a le premier prêché la parole de salut. Il y construit un oratoire, il y gagne un grand nombre d'âmes à la foi du Christ. Mais le vicaire Cornélius s'informe, s'inquiète et envoie un rapport à Néron * ; « la prédication de Nazaire menace gravement le culte des dieux, qu'il le protège ». Néron fait venir Dentus, son premier soldat (niilitem suum primum) et Dentus
1 Pour qu'on puisse juger du slyle de ces pièces, je reproduis le texte de celle-ci, d'après Mombritius. « Missa de eo relatio est ad Neronem rei publicae principem ita : Neroni Gaesari et cousuli piissimo Cornélius salutem. Virumqui dicitur Nazarius inveni, populum uanis nescio quibus assertiouibus seducentem in omui civitate et regioue provinciae uestrse, Christi crucifixi super iuducere {sic) sectam, murmurantem contra deos, accusantem eos daemonia esse ; cuius suasionibus non modica pars populi asseusum prœbuit. Gonvictis et variis verborum criminibus, deorum nomina blasphémantes, turpes atque scelestos eos fuisse et eiecrabilis vitae suae impia morte finisse compendium. Unde subuenite diuinis legibus uestris et deorum nominibus praebete iuuamina ut rebelli uestro quomodo debeat a deorum iniuriis temperari censura moderamiuis finem imponat. — Susceptis litteris, Nero... >