‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 40 sur 132 · LÉRINS, LA LÉGENDE CHRÉTIENNE ET LA LÉGENDE ROMAINE · texte numérisé non relu

LÉRINS, LA LÉGENDE CHRÉTIENNE ET LA LÉGENDE ROMAINE

Jl est certain que l'évêque de Lyon, Eucher, a écrit l'histoire des martyrs d'Agaune. Il est très vraisemblable qu'un de ses parents, rhéteur, puis moine, finalement évêque de Cimiez, a rédigé, ou fait rédiger, les gestes de Pontius au temps où saint Léon surveillait de près les aspirations primatiales d'Arles. Il est très vraisemblable, également, qu'un ami de Valérien et d'Eucher, peut-être Eusèbe de Milan, a écrit dans les mêmes circonstances les gestes de Nazaire.

AiTÔtons-nous à ces conclusions : en les comparant l'une avec l'autre, nous verrons quelles hypothèses elles suggèrent quant à l'histoire de la Légende chrétienne en général et de la Légende romaine en particulier *.

1 Je ne fais ici, bien entendu, qu'esquisser les caractères de l'hagiographie lérinienne. L'étude des gesta martyrum d'espagne et des Gaules me permettra sans doute d'étendre et de préciser ces observations.

L'école de Lérins ^ qui, de Cassien [-+- vers 430] à Césaire [h- 343], a été pendant un long siècle l'âme de la vie chrétienne dans les Gaules, a subi le prestige de la Légende chrétienne qui s'élaborait autour d'elle et contribué à en fixer la forme : nos textes nous font entrevoir les procédés littéraires, les préoccupations ecclésiastiques, les intentions édifiantes des hommes qui la constituent.

Eucher, Valérien, Eusèbe sont des lettrés. Eucher connaît des légendes d'Italie et de Pannonie : on a vu qu'il s'en souvient. L'origine thébéenne de saint Maurice et de ses compagnons a sans doute été conclue par lui de l'origine orientale qu'on attribuait au saint d'Agaune, depuis qu'il se modelait sur le saint d'Apamée : Eucher se rappelait à l'occasion les Pères du désert. Mais, plutôt qu'à ses souvenirs, c'est à sa fantaisie oratoire qu'aimait à se fier l'évêque de Lyon : la pauvreté du thème historique de Maurice n'a d'égale que l'importance des descriptions ou des discours.

Les auteurs de Nazaire ' et de Pontius témoignent de plus

1 II y aurait un beau livre à écrire sur Lerins. — Le mieux est, aujourd'hui, de consulter les livres qui concernent Césaire [cf. notamment A.rnold, p. 509], Fauste et Cassien.

2 Le princeps Anullinus rappelle fort le conslliarius Anulinus de Firmus Rusticus [Ruinart, 1859, 636], de Nabor-Felix [12 juillet 277] et de Victor [8 mai 285], lequel est sans doute ULie réplique du fameux proconsul des actes de Félix, Saturninus et Crispioa. — L'écrit rédigé par Ceratius rappelle fort le certamen (m'écrivit Philippe, dans Gertais-Protais.

11 serait iatéressaul, pour qui veut juger les procédés littéraires de ces écrivains, de connaître précisémeut l'auteur d'uue curieuse homélie sur saint Nazaire [P. L., 50, 859]. L'anonyme insiste sur les bienfaits que nous procurent les martyrs {illorutn mérita, nostra... snffragia), et donc sur la reconnaissance, sur la dévotion que nous leur devons : mérita ergo eos colimiis qui periciilis suis pugnant et nostris iitilitatibus militant. Quoique Milau possèHe le corps tout entier de Nazaire, le monde entier a récusa bénédiction. Nazaire, dont nous célébrons aujourd'hui la fêle, était né de parents nobles, et, bien qu'enfant encore, détestait la malice sacrilège de son père ; il s'attachait à sa mère. Plus tard il prêche le Christ à d'innombrables régions; mais le monde

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