‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 45 sur 132 · LES GESTES DE SEBASTIEN · texte numérisé non relu

LES GESTES DE SEBASTIEN

moralisante et intention édifiante des légendes. 13. Comme Nazaire passe par Porto, c'est ad ostia tiberina qu'est recueilli le corps deTranquillinus. 14. Comme Nazaire a dû périr noyé, Nicostrate et ses amis sont noyés, dans ces parages, sur l'ordre du juge Fabius. 15. Comme l'auteur de Pon/^W5 et l'auteur de NazairS'Celse, l'auteur de Sébastien connaît les textes pseudo-ambrosiens de Gervais-Protais et à! Agnès : Marcus et Marcellianus sont deux jumeaux, tels Gervais et Protais ; Sébastien, tel Vitalis, raffermit les âmes vacillantes ; Zoé prie à la confession de saint Pierre et Tranquillinus à la confession de saint Paul, comme Emérentienne au tombeau d'Agnès ; on explique, conformément à l'étymologie, les noms de lieu ad Ârenas [Sébastien, § 84] et ad Palmam [Protais\

Il est vraisemblable que ces coïncidences ne sont pas un effet du hasard. La connaissance que nous avons des gestes de Pontius, Nazaire-Celse^ et de leur origine, nous invite à croire qu'elles ne dérivent pas de la communauté d'un archétype — quel serait-il? — ni de l'influence de Sébastien sur Pontius ou Nazaire : rien ne nous l'a jusqu'ici révélée. Il est plus probable que les points de contact s'expliquent, si les textes sont contemporains, par la communauté de milieu \ s'ils ne sont pas contemporains par l'action de Nazaire et Pontius sur Sébastien.

Or, il est permis de penser que la première hypothèse est la bonne et que les gestes de Sébastien sont l'œuvre d'un ami de Valérien de Cimiez, de l'illustre Salvien de Marseille, ou de quelqu'un de son groupe.

Lorsque les parents de Marcus et de Marcellianus tâchent à les faire apostasier, ils leur envoient, pour les fléchir, d'abord leurs amis ; ils viennent ensuite eux-mêmes, ils lancent à la fin contrôles deux chrétiens obstinés, leurs femmes et leurs enfants. — Lorsque Salvien écrit à ses beaux-parents afin d'obtenir son pardon — sa femme et lui vivent comme frère et sœur — , il parle d'abord lui-même, il fait ensuite parler sa femme Palladia^ et c'est sa petite Auspiciola qui supplie la dernière Quieta et Hypatius. Le dessin des deux argumentations est tout semblable ^

* Je ne dis pas la communauté d'auteur. Sébastien paraît faire moins de cas de la science que Pontius ou Nazaire-Celse : cf. § 51. (Christus) non elegit grammaticos et oratores, sed piscatores et simplicet.

2 Cf. passio Perpetuse. § 5. — éd. Gebhardt, p. 69.

Gestes de Sébastien, §§ 4-8.

« Accedentes... amicieorum ad eog cœperunt dicere... Haec et his simi lia dicentibiis, miseram ae clamitans mater advenit, et soluto capite canos susB senectutis ostentans... Ista et his similia matre prosequente, infirmua pater et gravis jam senio, manibus adducitur servulorum... Igitur dum hsec et alia senior prosequeretur, ecce amborum coDJuges cum natis propriis veniuDt et aspectibus eorum proprios infantulos offerentes, bas ejulando voces efluadunt :... Heu !... parentes despicilis, amicos repuitis, uxores abjicitis, filios abdicatis... !

Lettre à Salvien *

« Nunc tu, 0 dilectissima ac venerabilissima soror, ...fungere partibus tuis simulque meis [162. Bj. Sed h«c hactenus. Sufficienter enim jam per nos, o charissima soror, precati su'Tius"; reiiqua sunt agenda per filiam. Utamur ergo... illorum more et exeraplo qui ultime causarum loco aliqua nonuuraquam ad commovendam judicum misericordiam proferebant laturis sententiam disceptatoribus, aut lamentantes matres familias^ aut sordidatos senes, aut plorante parvulos'^ingerentes ».

D'autre part, Salvien développe avec une énergie frappante, dans le De Gtibematione Dei, cette idée que Dieu dirige l'histoire ^ et que la destruction de l'empire par les Barbares est le châtiment de ses vices 'K Les gestes de Sébastien indiquent la même idée : tant que les Romains n'adoraient pas le vrai Dieu, ils ont souffert des maux et des défaites sans nombre; depuis que des Romains, chrétiens comme Sébastien, servent l'empire et prient pour lui, il s'affermit et s'étend, nunc vero...^ aucta pace, exsullai romanum imperium [§ 42 et § 87]. — Ici et là, même souci du même problème qu'ont agité Arnobe, Augustin et Orose et Prosper; même solution audacieuse qui développe l'idée de Méliton, d'Irénée et d'Origène*.

Dans une lettre au fils d'Eucher, Salonius, son ancien élève, Salvien explique la parole de Jésus [Mt. x. 37) : Qui amat filium... plus quam me, non est me dignus ; il montre qu'elle ne trouve pas seulement son application en temps de persécution, mais en tout temps. — Et je songe à ce passage des

* P. Z., 53, 160, sq. ou Pauly, p. 207.

2 VI, 16 [P. L., 53, 126, C. ou Pauly, 150] t Hœc, prolata sunt, ut probaremus... omnia quae pertulimus non improvidentia nos Dei atque neglectu, sed justitia, sed judicio... tolérasse... »

8 VI. 18 [P. L., 53, 128, A B ou Pauly, 152J. * Ad ludos protiuus curritur, ad insanias couvolatur, in theatris populus dififunditur... >>

* Cf. la Cité de Dieu et les textes que nous avons cités dans notre Saint Irinée [Collection la Pensée Chrétienne. Paris. 2e éd., 1905] p. 198-199.

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