VICTOR DE MARSEILLE
vieillard dont parlait Gennadius en était venu à non timere non timenda.
Si l'attribution des gestes de Sébastien à Salvien ou à quelqu'un de son groupe est une fois admise, on s'expliquera sans peine la parenté qui les unit à la légende de Victor de Marseille.
Le martyre de Victor le Marseillais nous est connu par deux versions. La première. A, ^ est d'assez belle allure : après un exorde qui insiste sur la grandeur, l'importance et V attachement de Marseille à V idolâtrie, V anonyme en vient à Victor : daîis le ciel des martyrs, Victor brille comme une étoile plus brillante que les autres. Il raffermit les chrétiens ébranlés par les menaces de Maximien y qui est venu à Marseille après le fameux massacre des Thébéens à Agatme ; il prouve aux préfets que les dieux sont les démons, à César que Jésus est le vrai Dieu. Ses beaux discours découragent les préfets Euti-
nem. » \Epial. v, 29, P. L., 77, 755, A, B. Cf. aussi xi, 38. P. L., 77, 1150, B. G]- Si la charge du defensor était, primitivement, de s'occuper des pauvres de l'église, ses attributions se sont promptement et coosidérablement élargies : il défend les veuves, les orphelins, rachète les captifs, administre les Xenodoehia, protège les biens et les droits de l'Église, s'occupe de l'élection et de la correction des évêques [Kpist. IX, 40. P. L., 77, 996-997]. Hartmann exagère certainement la jeunesse de l'institution du defensor ecclesiœ [ii, 143] : l'œuvre de saint Grégoire a été une réorganisation, non une création. Le précepte de saint Paul, II, Tim. 2, 4: nemo militant Deo implioat se negotiis sœoularibus, a été la cause première de l'institution. Cf. premier concile de Carlhage, 348, canon 6 [Mansi, m, 147] ; le onzième deCarthage, 407, canon 3 [Mansi, ni, 802] et le second concile de Milève, 416, canon 15 [Mansi, iv, 331]. « Placuit, disent les Pèresde Garthage, etiam ut pétant... agloriosissimis imperatoribus ut dent facultatem defensores constituendi scholasticos qui in actu sunt vel in munere defensionis causarum, ut more sacerdotum prouincioe iidem ipsi qui defensionem ecclesiarum susceperint, habeant facultatem pro negotiis ecclesiarum, quoties nécessitas flagitauerit, vel ad obsistendum obrepentibus, uel ad necessaria saggerenda, ingredi judicum secretaria. » Les empereurs concèdent l'autorisation demandée, en 407 [Code Théodosien, xvi, 2, 38, Haeoel.] Cf. encore Cassiodore : Var,2, 30 ; 3, 45; 9, 15[M. G. Auct. Antiq., xii.63, 101, 279] et Marini : Papiri Diplom. [Koma., 1805], n. 74, p. 115; 84, p. I3i (a. 491); 119, p. 183 (a. 551). — Cf. Félix Senn : Vinstitution des avoueries ecclésiastiques en France (Paris, Rousseau, 1903), p. 2-5 et Brunner : Deutsche Rechtsgescfi. II, p. 303, n. 6 7.
Je me demande si le souvenir laissé par le comte Sébastien, gendre du comte Boniface qui introduisit en Afrique Genséric et ses Vandales, n'a pas exercé d'action sur la formation de notre légende. Noter que le comte Sébastien apparaît presque, dans l'histoire de Victor de Vita, avec l'auréole du martyre ; et qu'Ambroise ne semble rien savoir de la haute situation du martyr à la cour impériale.
1 B. H. L., 8569 [Ruinart, 333.]
dus et Aslerius ; Jésus et ses anges le visiieiii dans sa prison ; il convertit et baptise dans la mer ses geôliers Alexandre^ Longin et Félicien, qui sont martyrisés aussitôt ; finalement^ après avoir renversé du pied un autel , il est broyé sous une meule. Voulant vaincre, mort, celui quil n^a pu vaincre, vivant^ Maximien jette son corps à la mer ; mais les flots le rapportent au 7'ivage opposé, les chrétiens V ensevelissent dans une crijpte ; sa vertu opère de nombreux miracles par notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, à qui louange, honneur, empire avec le Père et l' Esprit-Saint dans l'infini des siècles et des siècles. Amen.
La seconde version, B \ est d'un style plus simple. En voici les autres traits caractéristiques: 1. L'éloge de Marseille disparaît ; 2. Asterius et Euticius sont toujours appelés prsesides, non prœfecti , 3. La mention desThébéens d'Agaune disparaît; 4. On spécifie que Victor est le parrain des trois soldats qu'il convertit [§§ 9 et 11] ; 5. Mention du forum superius et du forum inferius ; 6. On conte la guérison miraculeuse d'un enfant ; 7. On conte la fin de Maximien, mort cinq jours après Victor, dévoré par les vers ; 8. Le rédacteur dit qu'il a écrit ces gestes in dilectione patriœ ad testimonium tantœ rei in œdificatione vel in honore b. Victoris martyris ac specialis patroni nostri.,, suis attestantibus meritis et oratione uestrœ caritatis (sacerdotes, ministri civitatis, plebs) adorsus.
Le texte A a été rédigé par un lecteur d'Augustin; plus sûrement que dans les attaques lancées contre Mars et Vénus, ou la mention des deœ febres, dit pallores, dii stercutii et hujusce modi [§ 8], j'en vois la preuve dans cette phrase :
Ratione firmissima constat quod eos [deos) nemo colère debeat quorum et cultura viventcs semper turpissimos et retributio sive in hac vita, sive post vitam facit miseiTimos [§ 8].
Saint Augustin démontre de mème^ que les dieux ne sont utiles ni dans cette vie ni dans l'autre : adversus eos dicetur,
1 B. H. L., 8570 [Analecta, ii, 317]. La version d'Isaac Vossius [B. H. L., 8571. — 21 juillet, 136,5; 141-142, 22-23] et celle qu'a découverte Guesuay [Provincix masitiliensis.., ajinaUs (1657), 131. — B. H. L., 8572] ne dififèreot de celle des Analecta que par des détails sans importance [le martyre est daté, au petit bonheur, de la vingtième année du règne de Dioclétien et Maximien]. — Nous avons encore un texte métrique rédigé par Marbode ou par un de ses émules [P. L., 171, 1615].
2 Civitas Dei, i-v ; vi-x.