LES DIVERSES VERSIONS DE VITUS
organise la persécution qu'ont décrétée les empereurs Dioclè^ tien et Maximien ; 2. Aucun prologue ; S, On n'insiste pas sur la grâcCy ni sur la communion des Saints, ni sur les Personnes de la Trinité ; Vitus confesse rapidement verum et omnipotentern Deuni in unitate S. Spirilus regnanlem ; 4. On insère entre la comparution devant Valérien et la comparution devant Dioclétien un long fragment qui se compose de trois épisodes : a) La chambre où est enfermé Vitus brille autant que douze luminaires célestes et répand une odeur d'aromates ; sept anges aux grandes ailes comme des ailes d'aigles apparaissent à Vitus et chantent hagios, hagios, hagios ; Hglas est aveuglé par l'éclat qu'ils répandent y et, lorsqu'il prie pour le guérir, Vitus proclame la perpétuelle virginité de Marie et invoque le Dieu qui a guéri Tobie ; Hglas^ miraculeusement guéri, veut néanmoi7is tuer son enfant, b) C'est alors qu'un ange commande à Modestus d' emmener Vitus dans une autre terre : ils abordent à Allectorius près du Silarus, in tanagritano territurio, où un aigle les nourrit, c) Mais voici que la fille de Dioclétien^ saisie par le démon, demande le bieiiheuveux Vitus qui habite sur le territoire tanagritain^ le long du Silarris ; des soldats vont quérir V athlète du Christ et le conduisent à Rome. Sa main, posée sur la tête de la jeune ftlle, chasse le démon. Dioclétien veut pourtant le contraindre à sacrifier : c'est en vain. 5. Vitus, introduit dans V amphithéâtre, lève les yeux au ciel, et dit : « Je me sacrifie au Christ. » 6. Vitus demande que, pendant les quatre jours de son anniversaire , nulle mouche, image des démons, ii! apparaisse au lieu de son martyre. Une voix céleste r exauce, 7 . Puis les âmes des saints s'envolent, telles des colombes. 8. Vitus a souffert le 17 des calendes de juillet.
Les deux versions mornbritienne et boUandiste paraissent remonter à la même époque environ. La précision du langage théologique de celui qui écrivit le texte de Mombritius lorsqu'il parle de la grâce et de la communion des saints nous conduit au début du v^ siècle ; l'affirmation que l'Esprit procède ex utroque semble déceler le milieu ou la fin de ce même siècle ; l'insistance du rédacteur inconnu à souligner la spontanéité du martyre nous reporte au premier quart du vi^ siècle, au moment des polémiques catholico-manichéennes.
L'auteur du texte boUandiste affirme la perpétuelle virginité
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(de Marie : il connaissait donc la polémique d'Helvidius et de saint Jérôme * ; nous voici sans doute au début du v* siècle. — L'insistance qui souligne, ici encore, la spontanéité du martyre, nous reporte, comme tout à l'heure, au premier quart du VI® siècle. — Cette même date est confirmée par l'expression in unitate Spiritus Sancti ^ — Elle est confirmée encore par un trait curieux : Vitus prie que nulle mouche, image des démons, n'apparaisse au lieu de sa mort. Or, nous savons que, pour les Manichéens, la mouche et les petits moucherons qui incommodent Vhom,m,e prouvent l' action, et donc V existence du Dieu mauvais ; un autre texte manichéen ^ nous rapporte
* De perpétua virginitate, P. L., 23.
3 Codex Parisinus, 12, 270 latiriy P 31 v. : « 4gite pœDitentiam in hoc sœculo, et si noD vultis emeadare vel non observaveritis sanctura diem dominicum..., transmittam super tos lapides grandes et famem validam,... et mittam in os veslrum sive in oculos vel in aures bestiolas quns vocant scyniphes venenatns pessimas ad devorandum vos. » [Delehaye: Note sur la légende de la lettre tombée du ciel. — Bruxelles, Hayez, 1899, p. 14]. — Cf. aussi Grégoire de Tours, H. F., x, 25 : « Quidam enim ex Biturico, ut ipse est postmodom professus, dum saltus silvarum ingressus ligna caederat ad explendam operis cujusdam necessitatem, musoarum eum circnmsedit examen, qua de causa per biennium amena est habitus : unde intelligi datur diabolicse emissionis fuisse nequitiam [P. L., 71, 556, G.]. Cf. aussi saint Augustin : Traciatus quinque in Evangelium Johannis, i, 1 [P. Z,. , 35, 1386]. « Nemo ergo vos fallat quando forte tœdium patimini ad muscas... Nam nescio quis taedium patiebalur ad muscas; invenit illum Maoichaeus taedio affectum...; statim subjecit :... quis illas fecit ?» — « Plane, ait ille, ego credo quia diabolus fecit muscas». -On trouve un écho de ces croyances dans un curieux passage des Tractaius du pseudo-Origène.
« Cauda est tutela queedam animalibus unde sibi muscas et tabanos et omnia adversa abigunt... Quid enim muscas et tabanos intelligere debemus qui cauda abiguntur, nisi omnes daemones et erraticos spiritus œris hictus qui plerumque non solum corpora sed et animas credentium vexant. » [Origenis tractatus, éd. Batiffol (1900), 114-115].
Je signale encore un obscur passage d'Agapet A [G. M. R , m, chap. i.] Le praeses fait battre Agapet qui lui dit : « Flammam vidi primum et crutiatus sum, deinde flagellis cedor. Sed sic mihi est quasi si mihi muscas ostetur ut réfrigérer [Codex Vindobonensis. 357, folio 167^, 2]. VAugiensis XXXII donne au même endroit :... « quasi a muscis defendor ut réfrigérer »].
Dans le texte des gestes de Primus et Felicianus que donne le Codex Vindebonensis 357, je lis que, après le martyre des saints : non jere nequx nues NEC Musc^ corpora eorum tangere potuerunt. Les mots 7iec muscœ ont disparu dans la version vulgate. — [Cf. saint Jérôme: In Jerem., xii, 4; xixii, 26; in Matt., X, 29; in Abac, i].
Noter que le mot papatus se retrouve dans la version de la lettre du ciel qu'utilisait Adelbert; et que celte lettre, dont la plus ancienne mention date de la fin du vi® [Lettre de Licinianus à Vincent, P.L., 72, 699], est sans doute un apocrypl^ie manichéen, de la fin du v® ou du début du vi« siècle, proche parent de ces philacteria angelorum nominibus conscripta, que condamnait le décret pseudo-damasien.