‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 72 sur 132 · RAPPORTS MUTUELS DE CES TEXTES · texte numérisé non relu

RAPPORTS MUTUELS DE CES TEXTES

vitent à dater des années 550-650 environ l'apogée du culte d'Euplus : il a du grandir au cours du v^ et du vi^ siècle.

Nous avons vu que G dérive de B. Or, deux particularités de B dénoncent la fin du v® ou le début du vi® siècle : je veux dire les traits relatifs à la Trinité, à l'inséparabilité de la Trinité, à l'unité de la Trinité [3 et 7] \ et ces expressions augustiniennes [8] qui semblent viser les semi-pélagiens. L'insistance, enfin, du rédacteur anonyme à souligner la joie d'Euplus qui marche à la mort quasi pergens ad niiptias ^ pourrait bien faire écho aux controverses catholico-manichéennes touchant la spontanéité du martyre. La version de Mombritius, B, date, j'imagine, des environs de Pan 500; elle a été rédigée par un augustinien comme la version mombrilienne de Vilus.

Je serai moins précis touchant G, dont je placerai la rédaction vers le vii^ siècle. G'est à ce moment que s'épanouit le culte ; c'est à cette époque que remonte, sans doute, cette curieuse vie de sainte Félicité % où les souvenirs de l'ancienne mythologie et les réminiscences des poètes sont plus fréquents encore qu'ici; et, d'autre part, il est certain que le rédacteur écrit à une époque où tout souvenir est aboli de ce qu'était l'antiquité romaine : il conçoit sur le modèle du culte chrétien les cérémonies du culte païen '\

Le texte E se distingue nettement des deux autres textes qui constituent avec lui la première famille : c'est une métaphrase, adaptation et développement de l'histoire, propre au monde grec. Le rédacteur a retenu le thème central ; il l'a orné de tous les détails qui sont de style dans les légendes, le cachot scellé, la source miraculeuse, la voix céleste, la demande d'un peu de répit afin de prier avant de mourir ; il y a ajouté quelques indications topographiques. Le texte qu'il avait à sa disposition était apparenté à A D : mais j'imagine qu'on y

1 « ïorqueatur Euplus quoadusque confiteatur se Deos veros... adorare Martem, Apollinem et Asclepium. — Beatus Euplus respondit : Bene dixisti Calvisiane, ut adorem Trinitatem inseparabilem quse Trinitas unitas Deitatis est [Ruinart, 438, § 1].

2 Cf. Agathe., Vitus, Pancrace.

3 Kûastle : Hagiogruph. Studien (1894), p. 133, sq.

*■ § 2(( Scrutare si singulis diis sua officia laudabiliter imponant ». [Cf. «in libris heec sententia Jovis omnia plena n].

184 l'hagiographie augustinienne

trouvait déjà ce trait prédestinatien que j'ai noté [13], * et donc, qu'il avait été rédigé à la même époque environ que B. Les détails topographiques se trouvaient-ils^ ou non, dans le modèle latin? Et la nouvelle Trinité païenne (Jupiter, Esculape, Artémis)? Et ce mystérieux Galenos? On ne saurait répondre à ces questions. Il faut se contenter de dire que E, selon toutes les vraisemblances, est postérieur à Bélisaire et antérieur à Siméon Métaphraste ^

Restent A et J), le texte de Baronius et le texte de Cotelier. Je crois que ni l'un ni l'autre n'est pur de toute retouche, mais qu'ils nous permettent d'atteindre un texte authentique. La (in du texte D est, évidemment, écourtée ; mais le début de ce même texte nous met à même de corriger quelques fautes de A. En 304-304, le gouverneur de la Sicile portait le titre de corrector, comme le veut D, non le titre de consularis , comme dit A : la chose est certaine pour l'année 314, et c'est seulement à partir de 337 que nous trouvons en Sicile, non plus Viwcorrector, mais un consularis ^ L'intervalle de temps qui, selon D, sépare les deux comparutions d'Euplus, n'a rien d'invraisemblable, au milieu de la persécution; et l'on s'explique la leçon de A : le rédacteur aura voulu corriger ce qu'il croyait une erreur.

Ces deux réserves faites, le texte de Baronius doit reproduire assez fidèlement* un document contemporain de 303-304. On sait que l'édit du 24 février 303 ordonna la destruction des livres sacrés et que l'édit de 304 proscrivit absolument le christianisme ; on a rappelé, à propos de Vincent, quelquesuns des épisodes les plus fameux de cette histoire. Nul doute que nous n'ayons ici le récit d'événements analogues à ceux qui illustrèrent Félix et Saturninus. Aussi bien tous ceux qui ont lu c( l'histoire des martyrs de Lyon danSjEusèbe » sententils vibrer dans les réponses d'Euplus une àme de martyr '\

1 Cf. supra, p. 181.

- 11 provient sans doute d'un des monastères grecs de Rome ou de Calabre ou de Sicile, Cf. p. 181, d. 3, ce qu'il dit des « codtumes des Grecs ».

'-'■ Eusèbe : H. E., X, 5, 23 : — Marquardt, lioniische Staatsverwaltung, i, 240. — jGf. Allard, iv, 4073].

■* Il faut, sans doute, faire encore abstraction de certaines expressions [ainsi « nnus ex amicis Calvisiaui »], de la triuité païenne et peut-être des citations évangéliques. — C'est, naturellement, le texte de Mombrilius qui est devenu le texte vulgate.

'- Cf. Tillemont. v, 275-278 et 694 096 ; Allard, iv, 407-410. — Kiinstle \IIaij. Stiuiien, p. 2'.)\ rapproche les actes d'Euplus des actes de Scilitaïus : ici et là.

REMANIEMENTS d'uN TEXTE AUTHENTIQUE 185

Ainsi, tandis que C semble dater du vu® et E du vii% du viii^ ou du IX® siècle, on peut croire que A et D ont sans doute élé remaniés à la Qn du iv® ou au début du v® siècle, tandis que s'épanouissait le culte des martyrs, — et que B remonte au début du vi® siècle et sort des mêmes cercles augustiniens que Alexandre [version bollandisté) et Vitus (version mombritienne).

le double interrogatoire a lieu': le même jour seloa une famille de textes, à des jours différents selon une autre famille. — Il convient d'examiner séparément les rapports de chacune des versions des actes africains avec nos textes.

Voici les coïncidences que je relève dans le texte Adductis ego in secretario [B. H. L., 7532] : 1. Le secretarium ; 2. Il est question d'un délai d'une trentaine de jours entre deux interrogatoires [§ 3]; 3. Le juge lit ex tabeila.

Sur le vélum secrelariî, cf. les actes de Claudius-Asterius, édition Mombritius : Lysias introgressus obduxit vélum et post exieus, ex tabeila recilavit sententinm, [Ruinart, 1851>, 310, n. 9] [Cf. aussi Basile ; Ep. 97 ad Eustathium et Baronius, 285, 9].

Il est possible que certain passage d'Euplus soit emprunté à la liturgie romaine des défunts:

Euplus Liturgie romaine

« (Euplus) respiciens ad populum «Subvenite sancti Dei, occî^rrtïe «n-

dixit :... orate Deum..., memor est geli Domini...

timenfcibusse... : posteaquam exierint, « In paradisumdeducant te angeli...

tune occurrent eis Angeli et deducent et perducant Le in civitaiem sanctam

eos ud civitatem illius sanctam Jerusa- Jérusalem ».

lem ». \Exeguiarumordo].

[Ruinart 439j. D'après Leclercq. D. A. G., i, 411.

Page 1