‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 73 sur 132 · SAINTE LUCIE ET SAINTE AGATHE · texte numérisé non relu

SAINTE LUCIE ET SAINTE AGATHE

Les légendes d'Alexandre de Bergame, de Vitus de Lucanie et d'Euplus de Sicile ont été récrites au premier tiers du vi^ siècle, sans doute au temps du pape Hormisdas (514-523), dans des cercles où la connaissance des lettres grecques allait de pair avec des tendances augustiniennes très accentuées.

L'étude des gestes de Lucie et d'Agathe nous permettra de déterminer avec plus de précision la nature de ce groupe et l'étendue de son action. Lucie est parent à' Agathe, et Agathe rappelle Euplus : comme lui, elle est vénérée à Catane; et les deux textes emploient les termes, relativement rares, de consularis ^ et de secretarium.

1 Lucie donne également à Paschaeius le titre de consularis.

188 QUELLE EST l'iSSUE DU MOUVEMENT LERINIEN

de Lucie » Comme la gloire de la bienheureuse vierge Agathe s'était répandue par toute la province de Sicile, et que le peuple de Syracuse faisait près de 40 milles pour se rendre à Catane et vénérer son tombeau, il arriva que la vénérable et très noble vierge de Syracuse Lucie s'associa à cette fête glorieuse. Sa mère Euticia avait, depuis quatre ans, un flux de sang que rien n'avait pu guérir ; or, tandis que s' accomplissaient les mystères de la procession {? processionis mysteria), on lisait dans r Evangile comment s'était guérie, en touchant la frange du vêtement du Seigneur, la femme qui souffrait de pareille infirmité, Lucie dit à sa mère : « Agathe partage la société du Christ, pour qui elle a souffert : touche avec foi son tombeau, et tu seras guérie ». La foule s'éloigne ; les deux femmes s^ agenouillent au tombeau, et, pleurant^ demandent le suffrage de la sainte. Et voici (/ue Lucie s'endort, et que, toute brillante de gemmes, entourée d'anges, Agathe lui apparaît : « Ma sœur, dit-elle, pourquoi me demander ce que tu peux faire. Ta foi a secouru ta mère: elle est sauvée. Comme j'ai conduit Catane au Christ, ainsi tu glorifieras Syracuse ! »

Lucie s'éveille, tremblante. Elle supplie sa mère de ne pas la marier, tout en demandant ce ciu'elle lui aurait donné pour un mariage. Euticia répond que, depuis neuf ans qu'elle est veuve, elle a augmenté son patrimoine, mais qu'avant de disposer de cette fortune, Lucie doit attendre sa mort, — c< Non pas, répond la vierge : c'est dès cette vie qu'il faut donner à Dieu ce dont on se sert ; donne au Christ ce que tu voulais me donner, » Revenues à Syracuse, les deux femmes distribuent leurs biens aux pauvres, peu à peu, chaque jour. Mais le fiancé de Lucie vient à l'apprendre. La nourrice endort d'abord ses craintes : « Lucie, lui dit-elle, veut acheter

1 B. H. L., 4992. Mombritius, ii, 58-59. J'appelle ce texte le texte A. — Cf. Beaugraad, Sainte Lucie... [Paris, 1882].

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