‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 2)Chapitre 74 sur 132 · SAINTE LUCIE · texte numérisé non relu

SAINTE LUCIE

pour toi un domaine qui rapporte mille sous et plus : c'est pourquoi elle aliène quelques petits biens ». Le sot croyait qu'il s'agissait d'un domaine en ce monde,.. A la fin, lorsqu'il voit que tout a été donné aux pauvres^ il intente un procès à sa fiancée auprès du consularis Paschasius: « ma fiancée est chrétienne^ elle ne vit pas selon les lois des Augustes ». Quand Paschasius lui demande de sacrifier, elle répond que le vrai sacrifice est de visiter les pauvres et les orphelins — ce quelle fait depuis trois ans — et qu'elle s'offre en sacrifice à Dieu, vivante hostie. — « Raconte ces niaiseries aux chrétiens, répond Paschasius : sacrifie! » — « Que chacun de nous observe la loi de son maitrcy réplique la sainte. Fais de moi ce que tu veux ! » — « Tu as dissipé ton patrimoine. » — « Je rai mis en sûreté. » — u Je te ferai conduire au liepanar ; quand tu auras été violée, il faudra bien que ton Saint-Esprit t'abandonne. » — « Le consentement de l'esprit peut seul souiller le corps ; si je suis violée^ malgré moi, j'aurai double couronne, martyre et chasteté. » — « Prends garde. » — (c Je suis prête. » — Mais, lorsqu'on veut l'entraîner au lupanar, Lucie devient si pesante que nul ne peut la remuer : en vain une foule d'officiers y épuisent leurs forces, la vierge du Christ demeure immobile ; en vain on la tire par des cordes ; en vain, Paschasius fait venir les mages, et les haruspices et les prêtres de tous les temples ; en vain on la lave afin de rompre son pouvoir magique; en vain on attelle des bœufs à elle. « Quels sont donc tes maléfices (maleQcia), )) s'écrie à la fin Paschasius ? — « Ce sont des bienfaits (bénéficia) de Dieu, répond Lucie. Adore-le, ou va-t-oi! y) Mais l'insensé fait allumer un grand feu autour d'elle, oîi il jette de la poix, de la résine et de Ihuile ; et Lucie se contente de prier son Seigneur Jésus-Christ. Puis les amis de Paschasius lui suggèrent de la faire égorger ; on la frappe en effet, elle prie et elle parle aussi longtemps quelle veut : (( Je vous annonce, dit-elle à la foule, que la paix est donnée à l'Eglise de Dieu^ que Dioctétien est chassé du pouvoir et que Maximien est mort aujourd'hui. Dieu m'a donnée à Syracuse, comme il a donné Agathe à Catane ! ». Or, les Siciliens font un rapport à César sur les pillages de Paschasius ; conduit enchaîné à Rome, il est condamné à la peine capitale. Quant à Lucie, on la laisse à l'endroit oh elle se trouvait; du reste, elle ne rend pas V esprit avant l'arrivée des prêtres

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qui lui portent les mystères des sacrements : la foule répond amen, et elle rend rame. On construit une basilique à cet endroit 7nême ; ses prières y fructifient et ses bienfaits s'y multiplient pour tous ceux qui touchent son tombeau, par le Christ Notre-Seiyneur, à qui honneur et gloire, vertu et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

Cette légende de sainte Lucie — dont le culte syracusain est attesté au v^ siècle par le férial \ — existait certainement au vu® siècle, et était, à cette date, connue à Rome : la preuve en est qu'Aldhelme la résume -, que le sacramentaire gélasien s'en inspire ^ et qu'Honorius [625-038], consacre une église à Rome en l'honneur de Lucie *, bien que, déjà, la sainte eût dans cette ville un monastère ^

Il est encore certain que notre texte n'a pas existé seul. Nous pouvons atteindre, à travers Aldhelme et une traduc-

1 « E. idu8 dec... siracussa civi siciliœ nt scee lucae virg. » (p. 152]. — Un monastère de sainte Lucie à Syracuse est attesté par Grégoire le Grand. Ep. VU, 36 (39) [Hartmann, i, 484J.

2 Aldhelme nous a lait^sé deux textes qui ne concordent pas absolument l'un avec l'autre : le récit en prose [De laudibus virginitatis, 45. P. L., 89, 142-143. Mihi quoque opcvœ pretiu}nvidetur...\aiT^^Q\\e, Paschasius consul tribunicia potestate fretus [143, A] ; il ignore la communion in extremis, il ignore le miracle de l'immobilité magique ; — le récit versifié [De laudibus virginujn, P. L., 89, 269, c.«Gum stolidi proceres quimundi régna regebant...») conte que Lucie pousse sa mère à toucher le tombeau d'Agathe ; il connaît le miracle de l'immobilité magique (les bœufs ne peuvent traîner la sainte au lupanar) ; mais il ignore la communion in extremis. — Il est très possible qu'un rédacteur inconnu ait supprimé le miracle de l'immobilité, et que celte suppression ne soit pas le fait d'Aldhelme.

La version d'Adon dépend de A [13 décembre, P. L., 123, 413-414] : comme A, elle mentionne la communion in extremis.

3 Wilson, p. 364, appendice.

* L. P., 1, 324 (Honorius) «« fecit eccîesiam beatae Luciœ in urbe, iuxta sanctum Silvestrnm ».

^ Gregorius Probo... « Probus abbas monasterii Sanctorum Andreae et Luciae vestris... desiderat aspectibus praesentari [Hartmann, ii, 275].

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