UN CENTON
tion grecque ', une seconde version que j'appelle B. En voici les caractéristiques ; 1. Rien sur les derniers sacrements ;
2. L'auteur insiste sur la virginité de Lucie : tu seras la sainte
do Syracuse, lui dit Agathe, oiousp... xtjv arjv itapesvtav oi£x/jp7]aa; ;
3. Euticia abandonne à sa fille sa dot, sitôt que celle-ci la lui demande ; 4. L'auteur raille les médecins : Euticia les a grassement payés sans jamais être guérie, itâjxuoXXa w^; eItte'iv oaTcavy^aaaa
cU 'taxpo'j; xal (jir)oe{ji(av 'laatv eupouja toù iràôouç ; 5. Lucie parait une
montagne immobile ; 6. La nourrice de la sainte dit au prétendant qu'elle veut acheter une terre rapportant mille livres par an ; 7. Paschasius est appelé, non consularis, mais àp^wv.
L'auteur du premier texte, A, connaissait bien la littérature des gesta martyrum. Il souligne lui-même l'intention qu'il a de mettre sur le même pied Lucie et Agathe, Syracuse et Catane : il connaît les gestes d'Agathe ^
L'importance qu'il attache aux questions d'héritage nous fait ressouvenir de Pancrace.
La théorie qu'émet Lucie sur la chasteté et le viol, la trahison du fiancé avide, ces deux détails viennent en droite ligne de Rufîne Seconde.
L'apparition d'Agathe et la scène du lupanar rappellent fort Agnès.
On prêche, comme dans Valentin de lerni, le dogme de la communion des saints : matri tiix fides tua subvenit, et ecce salva est, dit Agathe à Lucie.
La scène où Lucie et Euticia sa mère entendent lire, dans l'assemblée des fidèles, la guérison de l'hémorroïsse a été suggérée peut-être par un souvenir d'Euplus ; comme aussi, selon toutes les vraisemblances, cette idée que le contact du tombeau sacré procure la guérison aux malades [^Eiipliis B].
Quand on veut traîner la sainte au lupanar, tanto pondère eam fixit Spiritus Sanctus ut penitus moveri nonposset. Accedentes autem inultitudo ex officio impellentes deficiebant viribus^ et virgo Christi immobilis persistebat.
La couleur de ce miracle me rappelle un passage curieux (ï Alexandre de Bergame : celui où le bourreau Martianus se
< Acta Sincera sanctx Lucix virginis et martyris Syracusanœ... « opéra et studio Joannis de Joanne TauromenitaQi » [Panormi,1758, p. 35].
2 C'est à Agathe qu'il emprunte peut-être encore le trait où il oppose le corps et l'âme, l'un esclave et l'autre libre.
192 l'hagiographie augustinienne
sent incapable de tuer le martyr dont la tête lui paraît être une montagne énorme.
Et je me demande si l'histoire de Paschasius, accusé par les Siciliens et condamné pour ses pillages, n'est pas un souvenir des Ver r mes ?
Il est très vraisemblable que l'anonyme s'est aussi inspiré des légendes grecques. Quand Paschasius se voit impuissant à faire traîner la sainte au lupanar, il fait laver son corps afin de détruire le charme. Pareil trait semble extrêmement rare dans les gestes latins : j'imagine qu'il est d'origine orientale ^
Lucie égorgée, Tauteur inconnu tient beaucoup à nous faire savoir qu'elle ne meurt pas : elle a le temps de parler longuement au peuple et de recevov' les derniers sacrements.
El confestim percussa^ quamdiu voluitoravit, quamdiu voluit allocuta est ad turhas, dicens : annuncio vobis pacem datam Ecclesiœ Dei... Neque emisit spiritum nisiprius venientihus sacerdotibus et sacramentorum tnysteria ei dantihus et omni plèbe respondente amen, sic exkalavit spiritum ^.
Or, on sait que Gésaire, développant la doctrine d'Hilaire et du concile d'Orange [441], recommandait avec insistance la pratique de la communion en cas de maladie, et conséquemment au moment de la mort :
Quoties aliqua infirmitas superuenerity corpus et sanguinem Christi ille qui œgrotat accipiat ; et inde corpusculum suum ungat ut illud quod scriptum est impleatiir in eo : In^ flrmatur aliquis.., (Jacob, v, 14-lo) '\
Gésaire parle de l'onction en même temps que de l'Eucharistie : il n'y avait pas lieu pour notre rédacteur de faire de même, vu que l'onction est conférée en vue de la guérison. Mais, quant à la réception de l'Eucharistie in extremis, il fait prêcher Lucie d'exemple.
1 C'est certainement une pratique magique survivante. Cf. p. 219. d. I, un charme rompu par un lavage à l'huile.
2 Pareil détail se lit dans Nerée-Achillée : « Veniens ad eam s. Nicomedis prbr cslebravit mysteria Ghristi. Virgo autem sacra mox ut Christi sacramentum accepit, reclinans se in lectulum emisit spiritum [12 mai, 10, § 15].
3 P. L., 39, 2238-2239 [Serm., 265, 3|. - Cf. sermon 279, § 5, col. 2273; et sermon publié par dom Morin, Revue Bénédictine, xiii (1896), 209 [d'après Lejay, Le rôle théologique de Gésaire d'Arles. — R. H. L. R., x (19051, 606J.
La communion in extremis est recommandée par le concile de Nicée, canon 13 [cf. Eusèbe, H. E, vi, 44 ; Innocenta ep. ad Exuperium,2], le concile d'Orange de 441, canon 3, et par l'exemple que laissèreut saint Ambroise et saint Paulin de Noie [Paulinus, \ ita Ambr., 47. — Uranius : ep. de obitu Paulini; P. L , 53, 860J [d'après Rampolla del ïindaro, Santa Melania Giu- More (1906), p. 253].