LES AFRICAINS FUGITIFS
solam^ sed et matrem tuam et uxorem confusione indidsti par me. Omnes enim mulieres unius naturse sumuSy avec ce que dit Agathe avant qu'on lui coupe un sein. 11 est vraisemblable que notre auteur lisait ces légendes en latin, et donc que les versions latines de ces légendes grecques sont antérieures à la conquête grecque. — De même le rédacteur de Vitus connaît la légende de Barbe et la légende aux trois quarts grecque de Potitus. — Ferrand enfin, le fait est assuré, est intimement mêlé aux mêmes controverses ; il prend part à la querelle deTrisagion ; il compte parmi ses correspondants un Sévère de Gonstantinople ^ ; il est familier avec les conciles orientaux ^.
Cécile ofîre avec Agathe de curieux points de contact ^ On sait d'autre part * que la légende de Cécile est modelée sur l'histoire de deux martyrs africains, Martinianus et Maxima, qu'a contée Victor de Vita. Le fait s'explique sans peine si l'on admet que Agathe sort du même groupe que Vitus et a pour auteur un ami des Scythes et de Ferrand.
Ces conclusions convergent entre elles et permettent d'indiquer le milieu d'où sortentnos légendes : les moines scythes,les exilés de Sardaigne% leurs amis gaulois et romains — tel que cet Eugippius que ravissait d'admiration la vie de Séverin de Norique^, — voilà le groupe de rédacteurs qui continue l'œuvre haj^fiographique des Lériniens, en s'inspirant du reste de Taugustinisme le plus strict. Pour les Africains, l'histoire des martyrs n'est pas ce qu'elle est pour les chrétiens des autres pays, je veux dire de l'histoire ancienne : c'est une histoire toujours actuelle et vivante. Victor de Vita a pu tomber, parfois, dans l'exagération ; il est très assuré, néanmoins, que la domination vandale a perpétué d'un siècle, pour les catholiques, l'ère des persécutions. On peut discuter la politique religieuse de Genséric : il n'y a pas de doute qu'Hunéric ne fut la plus violente des brutes. « Ce que nous voyons de
1 Epistola, V, P. L., 67, 910. « Quod D. N. J.-G. sit unus de sancta et individua Trinitate. — Alexandre fait venir d'Orient les papes Alexandre et Sixte.
2 Cf. Breviatio Canonum. P. L.,67, 949. Ferrand y cite les canons de Nicée, Laodicée, Antioche, Gonstantinople, Gangres, Néo-Gésarée.
> Cf. supra, p. 200.
* Voilà qui nous explique sans doute l'origine du culte de Vitus en Sardaigne. et, peut-être, l'origine du culte de Potitus dans cette même île,
6 G. M. R., I. 291-292 et 313-318.
206 l'hagiographie augustinîenne
nos jours, écrit Victor de Vita, nous en est une preuve palpable. On rencontre à chaque pas des gens mutilés : les uns ont perdu les mains, les autres les yeux, d'autres les pieds, les oreilles et le nez ; chez certains, par suite du supplice prolongé de la pendaison, les omoplates font saillie, tandis que la tète, au lieu d'être droite, est enfoncée entre les épaules... Celui qui me soupçonnerait de raconter des fables, pourrait consulter à ce sujet le légat de Zenon, Uranius, qui fut le principal témoin de ces horreurs ^ ». Cette persécution d'Hunérich date de 484 ; Victor de Vita. qui en fut la victime, la raconte vers 486 ; elle se renouvelle au début du vi^ siècle : Fulgence de Ruspe, Fulgence Ferrand sont précisément au nombre de ceux qu'elle atteint. Aujourd'hui c'est pour eux l'exil ; qui sait si, demain, ce ne sera pas la torture et la mort. Ils se préparent au martyre en racontant les martyres d'autrefois. Ils s'enhardissent à escompter le secours de la grâce divine en disant les merveilles qu'elle a opérées dans les plus petits, mirabilia {quœ Deus) operatus est in minimis : ainsi parle, peut-être, dans le prologue de Vitus celui qui aime à signer Ferrandus exi- Guus ^ Les hagiographes augustiniens, lorsqu'ils célèbrent l'héroïsme des saints, ne songent pas seulement, comme les lériniens, à le proposer en modèle aux autres ; ils songent aussi à eux-mêmes; ils tendent, si j'ose ainsi dire, à l'incorporera leur âme. De là, peut-être, ce que leurs récits ont de plus vivant, ou de plus vécu ^
* Livre III. — Je cite d'après la traduction de Leclercq : les Martyrs, m, 393.
2 Epistola IV. « DomiDo beatissimo fratri Eugippio presbytero Ferrandus exiguus, in Domino Salutem » \P. L., 67, 908, D]. — Cf. « Dionysius Exigaus ».
s Ces circonstances expliquent l'influence que Victor de Vila semble avoir exercée sur les fjestes. Voici quelques indications à cet égard ; le martyre de Marliuianus, Maxima, Saturianus et leurs deux frères est identique à celui d'Hippolyte d'après Latirent [Leclercq, m, 358]; Genseric, comme Dioclélien (cf. Euplus, supra), se fait livrer les livres saints [op. cit., 359], et Proculus, qui les recueille, se inf»nge la langue comme Anabius (Pontius) ; les signes de croix d'Arraogast, son regard levé au ciel opèrent les mêmes miracles qui sont contés dans Euplus ou Vitus [m, 360] ; comparer avec le mime Gènes le chef des comédiens Mascula [Jii, 361] ; ici comme dans Matthieu, les diables sont appelés les Ethiopiens [m, 369] ; Dionisia est exposée nue 'aux regards de la foule [m, 388] comme Theonilla ; les habitants deTipasa ont la main coupée [iir, 392] comme Quinans (Alexandre î 14; et le personnage des fresques de la maison de Jean et Paul |G M. R., i, planche IVJ ; de petits enfants, comme Vitus et Panci^ace, sont torturés [iir, 396-399] par les Vandales, et je remarque queVun d'eux, comme Vitus, a sept ans. L'inscription-que'^l'ange apporte à Cécile eii certainement empruntée à la passion de Liberatus'et de ses six compagnons, mis à mort le 2 juillet 483 : les sept martyrs repoussent les proposi-