CHAPITRE X
UN MOUVEMENT LÉGENDAIRE PARALLÈLE AU MOUVEMENT LÉRINIEN, LES SAINTS CANTIUS, QUIRINUS, FLORIAN
Le mouvement littéraire dont Lérins fut le centre aboutit au remaniement d'un certain nombre de textes, autant peut-être qu'à la rédaction d'un certain nombre de gestes. Trouveronsnous ailleurs quelque chose d'analogue ?
Il nous faut, précisément, pour remplir notre programme \ examiner les traditions qui se rattachent aux martyrs des pays danubiens : plusieurs d'entre eux, nous le savons ^, sont vénérés à Rome au v^ siècle. En étudiant les textes qui les célèbrent, nous constaterons un phénomène comparable à celui que nous avons sommairement décrit. Et nous serons mieux en mesure de comprendre la nature du mouvement lérinien, et l'origine du mouvement ostrogothique.
La légende de Cantius nous introduit naturellement dans la vallée du Danube : elle rappelle les versions de Lérins, et son point d'attache est Aquilée, la porte des marches danubiennes. De même, l'histoire de Quirinus et de Florian intéresse à la fois les marches et Rome ; on l'éludiera après Cantius,
* Cf. sujpra, p. 7.
* Cf. supra^ p. 5.
212 UN MOUVEMENT LEGENDAIRE
Gestes Ambroise, evéque, serviteur du Christ, aux frères qui, à Cantianus' ^^'^^^^"^ toute V Italie, adorent le Christ [comme) le vrai Dieu, et Cantia- salut dans le Seigneur ! Tout ce qu'ont fait, tout ce que font les saints de Dieu édifiera grandement quiconque voudra s'en enquérir avec soin ; on doit l'approuver, comme on approuve V arbre chargé de fruits : ils font sa beauté et ils engraissent ceux qui les cueillent. Il est bon de désigner presque d'un même nom ces trois martgrs : ils ont souffert même passion, ils ont reçu de Dieu même appel [una vocatio], ils ont été ap~ pelés par Dieu au même moment [uniter, non interposito tempore]. Le praeses Dulcitius et le comte Sisinnius, sitôt quils apprirent la venue des saints de Dieu, les firent conduire par les appariteurs pour quils sacrifiassent. Les bienheureux martyrs levant les yeux au ciel répondirent : « Nous ne sac?nfions pas aux idoles parce qu'il est éc7'it: omnes dii gentium dsemonia.. ; depuis le berceau nous confessons Jésus-Christ. » Les appariteurs rendent compte au praeses et au cornes de ce qui' s'est passé. Alors Dulcitius et Sisinnius, très émus, envoient un rapport [ suggestio] à Dioctétien et à Maximien : o Quils viennent au secours des lois romaines,..', trois frères sont arrivés de Rome en cette ville, qui confessent je ne sais quel Christ et méprisent les décrets de votre piété ». Dioctétien et Maximien donnèrent ordre [dederunt auctoritatemj de les mettre à mort s'ils refusaient de sacrifier. A cette nouvelle, les martyrs montent en char [ascenso vehiculo] avec leur maître [doctor] Protus ; ils sortent d'Aquilée se souvoiant (?) de l'Ecriture divine [scripturam divinani habentes] oii il est dit: « Cum persequeniur vos in civitalem istam fugite in aliam ». On prévient les juges [judices] ; Sisinnius et Dulci-
1 B. H. L., 1547 [Mombritius, i, 156, v-l- Cf. Tillemont, v, 635-638, et Allard, iv, 22, note 3. (Il me paraît très hasardeux de rapprocher Cantius de Catius).