SAINT IRÉNÉE
fluvium nono lapide ; invenium est corpus eius et maxime uxoris eius \
Polliojiy Hermogène — et sans doute Montanus — ont été plus ou moins retouchés à Rome au v* siècle ^ ; réserve faite de ces retouches, ils datent de la fin du iv^ siècle.
Je ne crois pas qu'on en doive dire autant à'Irénée.
Gestes ^^^ temps de la persécution de Dioclétien et Maximien , d'irénéede quand les chrétiens supportaient avec piété les supplices que leur infligeaient les tyrans et participaient ainsi aux récompenses éternelles^ le serviteur de Dieu Irénée^ évêque de la ville de Sirmium^ suivit leur exemple : Je vais vous dire son combat et vous conter sa victoire. Par sa modestie et sa crainte de Dieu, on vit qu'il était digne de porter son nom. On l'arrête ; 071 le conduit à Probus, prseses de Pannonie, « Sacrifie aux dieux. » — « Celui qui sacrifie aux dieux, et non à Dieu, sera déraciné, » — « Tu sacrifieras, ou tu mourras dans les tourments. » — « Je dois supporter les tourments plutôt que sacrifier.., je me réjouis de souffrir..; c'est en le confessant que je sacrifie à mon DieUy aujourd'hui comme toujours. » En vain le supplient ses parents, son enfant, sa femme y et ses voisins, et ses amis ; il se souvient de la parole du Seigneur : Si quis me negaverit coram hominibus et ego negabo eum... On le mène en prison, on le torture en vain. Il comparaît une autre fois au milieu de la nuit devant Probus. c< Sacrifie, » — « Exécute tes ordres, mais n'attends pas cela de moi. Le Dieu que j^ adore depuis mon enfance me réconforte ; je ne puis adorer des dieux faits de main d'' homme. »
— « Tu vas gagner la mort (à ces belles paroles). » — « Cest vraiment un gain pour moi, puisqu ainsi je reçois la vie éternelle, » — « Mais, tu as une femme ? » — « Je n'ai pas de femme, » — a Tu as des enfants, » — c( Je n ai pas d^ enfants. »
— a Qui donc pleurait fautive jour ? » — « Mon Seigneur Jésus-Christ a dit : qui diligit patrem... super me, non est me
* De Rossi-Duchesne, p. 36 (d'après le Bernensis).
' Hermogène et Pollion sont, comme EuplusM^ gestes d'au lecteur m^iijv . On a vu (\\ïEuplus a aussi été retouché par les rédacteurs romains. Noter Tadmiration^d'Engippius pour Séveria de Norique et ses rapports avec le groupe où fut remanié Vitus. G. M. R. i, 157-158.
3 B. H. L., 4466 [Ruinart, 432]. — Une récente édition a été donnée par M. Gebhardt Ausgewahlte Martyreracten [Berlin, 1902], p. 162.
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dignus ». Irènèe regarde au ciel: pour le ciel il oublie tout; il confie ses enfants à Dieu, « Exécute tes ordres », dit~il à Probus. — <!. Je vais prononcer la sentence », répond celui-ci. — (( Tant mieux. » — Probus le condamne à être noyé dans le fleuve. Bien qu'Irénée demande à être torturé d'abord, il est exécuté immédiatement ; le juge^ irrité^ ordonne qu'il soit égorgé en même temps que noyé.
Il semblait que le saint cueillît une seconde palme. Il remerciait le Seigneur Jésus-Christ, qui lui a donné de supporter les tourments et de partager sa gloire. Arrivé au pont qui est dit Basentis, il prie encore : a: Seigneur Jésus-Christ qui as daigné souffrir pour le salut du monde, ouvre-moi le ciel afin que tes anges recueillent mon esprit : Je souffre pour ton nom et pour ton peuple de l'église catholique de Sirmium. » On le frappe et on le jette dans la Save. Le serviteur de Dieu, saint Irenée, évêque de la cité de Sirmium, a été martyrisé le 8 des ides d'avril, sous l'empereur Dioclétien, par le prœses Probus y tandis que règne Notre- Seig^ieur Jésus-Christ à qui gloire dans les siècles des siècles. Amen.
L'auteur de Pollion fait une claire allusion à ces actes d'Irénée lorsqu'il écrit :
Irejiœum quoque episcopum sirmiensis ecclesise pro fide <ï et commissas sibi plebis » constantia fortiter dimicantem ad cœlestem palmam « simili sententia » cœgit (Probus) ; (( renuntiantemque idolis » et impia ^prœcepta contem?ie?îtem, € vario tormentorum génère » confectum, temporali morti tradidit a in œternitate victurum » [§ 1].
On discerne, en outre, entre Pollion et Irénée^ plusieurs points de contact : 1. Même persécuteur et même pays, Probus et Sirmium ; 2. Même citation : [qui diis et non Deo sacrificat eradicabitur . \v. § 2. — Sacrificans dœmoniis et non Deo eradicabitur. P. § 3] ; 3. Môme formule : fac quod juS" sum est et Fac quod tibi prœceptum est [Ir. § 4] ou Fac quod tibi prœceptum est [P. § 3] ; 4. Même idée : Lucror mortem.,. vitam œternam \lv. § 4j, ou Quid proderit si homo interfectus... ». d Hac brevi melior est lux illa perpétua [P. § 3] ; 0. Môme idée, expressions analogues : supplicia devota Deo mente suscipientes, et gratulor si feceris insidias [Ir. § 1 et 4], ou omnia quœ inferre volueris tota exultatione suscipio [P- § 3].
DATE d'irénée 243
L'auteur de Pollio connaissait certainement Irénée.
L'époque à laquelle fut rédigé Irènée ^ peut être fixée avec vraisemblance. Le texte n'est pas exactement contemporain des faits : il ne porte aucune date consulaire ; le court prologue du début atteste explicitement une époque postérieure. Mais aucun terme, aucun trait ne nous invite à franchir la fin du iv^ siècle ; je ne note aucun miracle, aucune description de supplice ; le narrateur n'éprouve aucun embarras à parler de la femme et des enfants de l'éveque ; il n'insinue aucune idée particulière, aucun exposé de la morale ou de la doctrine chrétiennes ; l'intention qu'il avoue est celle-là qui Ta guidée. Pas un mot sur Photin. Il est très vraisemblable que les actes d'Irénée datent des environs de Fan 400 et qu'ils n'ont pas été retouchés.
Gestes de Hâtons-nous de dire les glorieux combats [gloriosa certa-
Marcien mina] qu ont soutenus contre le diable les saints martyrs
Nicandre 2 Nicandre et Marcien. Celaient des soldats qui servaient dans
la milice du siècle, mais qui portaient aussi les armes de la
1 Je crois retrouver Iréaée de Sirmium, mort d'après ses gestes le 8 des ides d'avril, dans l'éveque Iréaée que mentionne à cette date le Férial, p. 40.
E. uni, idus ap nicom sirmi herensei epi (Sirmi désigne évidemment Sirmium).
B. uni. ID. APL. NICOMEDIA. Firmi Berenei epi.
Le Rich a rétabli, ou con8ervé,|le vrai texte : « Syrmia herenei ep. In nicomedia (firmi) solutoris... » Le synaxaire deConstantinople atteste que la fête d'Irénée de Sirmium avait été portée au même jour que la fête d'Irénée de Lyon [éd. Delehaye, c. 917].
« B. H. L., 6070 [Ruinart, 571]. Le texte B. H. L. 6071 ne se distingue de celui-ci que par quelques phrases, à la fin du récit. Voici la plus notable : rftffnis itaque honorihus sunt ventrandi sxpissime ut eorum precîbus mereamur consequi oœlorum régna ao pramia largissime.
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justice véritable et qui, abandonnant la gloire de ce monde [totius huius mundi gloria derelicta], entrèrent dans la milice céleste par la grâce du Christ. Les voilà donc aussitôt iraduits en jugement, cotnme des criminels : « Si vous connaissez les ordres des empereurs, leur dit le prœses Maxime, approchez et obéissez, » — ce Ces ordres concernent ceux qui veulent sacrifier^ dit Nicandre ; quant à nous, nous sommes chrétiens ; un ordre de ce genre ne peut nous lier. » — « Pourquoi ne recevez-vous pas ce qu'on doit à {des hommes) de votre grade ? »
— c( V argent des impies souille les hommes qui veulent servir Dieu. » — « Sacrifie seulement. » — « Un chrétien ne peut adorer des pierres, au lieu du Dieu immortel, créateur de toutes choses », répond Nicandre. Et B aria, sa femme, le réconforte : « Seigneur, dit-elle, prends garde ; ne fais pas ce quil te dit de faire ; ne renie pas Notre-Seigneur Jésus-Christ ; regarde le ciel ; tu y verTas Celui qui a ta foi ; il te soutiendra. »
— « Méchante tête de femme, lui dit Maximus ; lu veux donc que ton mari meure ; je comprends : tu as besoin d^un mari plus vigoureux. » — « Tu as de pareils soupçons ! Fais-moi donc mourir la première, si tes ordres visent aussi les femmes . »
— « // n'en est rien. Pourtant tu iras en prison. » Lorsqu'on Va emmenée, le praeses tâche en vain de séduire Maxime ; il lui offre en vain trois jours de délai [intervallum]. « Mettons que ces trois jours sont passés ; je ne préfère rien à mon salut » , répond Nicandre. Et Maxime de se réjouir avec son conseiller Leuco, croyant que Nicandre va sacrifier. Lorsqu'il a compris son erreur : « Comment, dit-il, tu voulais vivre ; maintenant, tu désires mourir ! » — « C'est la vie éternelle que je veux vivre. Tu tiens mon corps ; fais ce que tu veux ; je suis chrétien. » — « Et toi, Marcianus ? » — « f approuve les déclarations de mon camarade [commilito], » — c Vous irez donc ensemble à la prison et à la mort. »
Vingt jours après ils comparaissoit de nouveau, « Vous avez eu le temps de réfléchir : sacrifiez. » — « Inutile d^insister. Envoie-nous au Crucifié que tu blasphèmes et que nous adorons, v — « // sera fait selon votre désir. » — (xPar le salut des empereurs, nous te prions de faire vite ; les sup' plicesne nous effrayeraient pas. « — « Si vous le voulez. Du reste, je suis étranger à votre mort ; ce sont les ordres des empereurs qui vous tuent. » Et il prononça la sentence capitale. c( La paix soit avec toi, praeses rempli d'humanité », reprirent