LÉRINS, LA LÉGENDE CHRÉTIENNE ET LA LÉGENDE ROMAINE
11 est certain que l'évêque de Lyon, Eucher, a écrit l'histoire des martyrs d'Agaune. Il est très vraisemblable qu'un de ses parents, rhéteur, puis moine, finalement évèque de Cimiez, a rédigé, ou fait rédiger, les gestes de Pontius au temps où saint Léon surveillait de près les aspirations primatiales d'Arles. Il est très vraisemblable, également, qu'un ami de Valérien et d'Eucher, peut-être Eusèbe de Milan, a écrit dans les mêmes circonstances les gestes de Nazaire.
Arrêtons-nous à ces conclusions : en les comparant Tune avec l'autre, nous verrons quelles hypothèses elles suggèrent quant à l'histoire de la Légende chrétienne en général et de la Légende romaine en particulier '.
1 Je De fais ici, bien entendu, qu'esquisser les caractères de l'hagiographie lérioieune. L'étude des gesta martyrum d'espagne et des Gaules me permettra sar^ doute d'étendre et de préciser ces observations.
L'école de Lérins f qui, de Cassien [■+ vers 430] à Césaire f-f- 543], a été pendant un long siècle Pâme de la vie chrétienne dans les Gaules, a subi le prestige de la Légende chrétienne qui s'élaborait autour d'elle et contribué à en fixer la forme : nos textes nous font entrevoir les procédés littéraires, les préoccupations ecclésiastiques, les intentions édifiantes des hommes qui la constituent.
Eucher, Valérien, Eusèbe sont des lettrés. Eucher connaît des légendes d'Italie et de Pannonie : on a vu qu'il s'en souvient. L'origine thébéenne de saint Maurice et de ses compagnons a sans doute été conclue par lui de l'origine orientale qu'on attribuait au saint d'Agaune, depuis qu'il se modelait sur le saint d'Apamée : Eucher se rappelait à l'occasion les Pères du désert. Mais, plutôt qu'à ses souvenirs, c'est à sa fantaisie oratoire qu'aimait à se fier l'évêque de Lyon : la pauvreté du thème historique de Maurice n'a d'égale que l'importance des descriptions ou des discours.
Les auteurs de Nazaire * et de Pontius témoignent de plus
1 II y aurait un beau livre à écrire sur Lerios. — Le mieux est, aujourd'hui, de consulter les livres qui concernent Césaire [cf. notamment Arnold, p. 509], Fauste et Cassien.
2 Le princeps Anullinus rappelle fort le consiliarius Anulinus de Firmus Eusticus [Kuinart, 1859, 636], de Nabor-Felix [12 juillet 277] et de Victor [8 mai 285J, lequel est sans doute une réplique du fameux proconsul des actes de Félix, Saturninus et Crispiua. — L'écrit rédigé par Ceratius rappelle fort le certamen qu'écrivit Philippe, dans Gervais-Protais.
11 serait iutéressaut, pour qui veut juger les procédés littéraires de ces écrivains, de connaître précisément l'auteur d'uue curieuse homélie sur saint Nazaire [P. L., 50, 859 1 . L'anonyme insiste sur les bienfaits que nous procurent les martyrs (illorum mérita, nostra... suffragia), et donc sur la reconnaissance, sur la dévotion que nous leur devons : merito ergo eos colimus qui periculis suis pugnanf, et nostris utilitatibus militant. Quoique Milau possède le corps tout entier de Nazaire, le monde eutier a récusa bénédiction. Nazaire, dont nous célébrons aujourd'hui la fête, était né de parents nobles, et, bien qu'enfant encore, détestait la malice sacrilège de son père ; il s'attachait à sa mère. Plus tard il proche le Christ à d'innombrables régions; mais le monde