CULTURE LITTÉRAIRE DES HAGIOGRAPHES
quels points de contact je relève entre la Vita Marcellini, Nazaire et Ponce : 1. Les saii *s viennent d'Afrique ; 2. Ils sont nobles et savants ; 3. C'est Dieu qui leur donne l'ordre d'aller évangéliser les Gaules ; 4. Marcellin, aussi bien que Nazaire (parfois aidé de Gervais et Protais), construit un oratoire près d'Embrun. L'auteur de Marcellin appartient peut-ôtre au même groupe que Valérien \
Eucher, Valérien, Eusèbe sont des évêques : et l'on sait le rôle très étendu que jouent les évêques au ve siècle ; les gestes dont nous leur sommes redevables reflètent les circonstances très spéciales au milieu desquelles ils ont été rédigés. Lorsque fut écrite la légende de Cimiez, l'évèque de Cimiez voulait s'annexer Nice : sans cela, peut-être la couleur n'en eut-elle pas été aussi romaine. On peut même, de ce point de vue, expliquer certaines particularités de nos textes, au premier abord assez obscures.
En même temps que l'évèché de Cimiez travaillait à absorber l'évêché de Nice, Embrun tâchait à devenir métropole ecclésiastique, comme elle était devenue métropole civile. En 439, au concile de Riez a, Embrun est encore, certainement, simple évèché ; la lettre Movemur ratione par laquelle le pape Hilaire réunit à nouveau Nice à Cimiez (à la date 463-465) est le plus
d'Embrun touchait l'évêché de Verceil et l'évêché de Valence, et donc une époque où l'évêché de Turin n'existait pas, c'est-à-dire unesituation antérieure aux environs de l'an 400 [j'admets, avec Savio (Gli Antichi Vescovi d'Italia (1899), i, 285-295) qu'il y a eu deux Maxiinus de Turin]. Du côté gaulois, avec l'évêché de Valence, il n'y avait guère alors, proche Embrun, que l'évêché de Die. Cf. Duchesne : Fastes, i, 217 et 280. — Nous avous uue signature d'jEmiliaous au concile de Valence, 374. Eusèbe est revenu d'exil à la mort de Julien, 363; il est mort en 370 ou 371. — L'auteur invoque les souvenirs de vieillards très âgés [nonagenos aut fere cenlenos ducebant annos § 1] qui auraient connu Marcellin: s'il écrivait, comme je le crois, avant 450, il a très bien pu interroger des contemporains de l'évèque. — Il est vraisemblable que l'érection de l'évêché a suivi la réorganisation de la civitas \ Duchesne, Fastes, i, 280-281].
' L'auteur craint qu'on accueille ses récits de miracles par des sourires scepv.ques |§§ 19, 17, et 24| : on a constaté des préoccupations analogues chez Valérien. Or, l'un et l'autre sont contemporains, ils veulent promouvoir le culte Jes saints, ils habitent des pays voisins soumis aux mêmes iuflueuces, associés aux mêmes destinées. — Les documents qui uous renseignent sur les débuts du v* siècle ne nous permettent pas de dire à quelle époque |ou pense naturellement aux années 407-411] Embrun fut menacé par les barbares et ravagé par une épidémie. Ce texte est, peut-être, le plus ancien texte chrétien qui conte l'histoire du calice brisé et réparé, d'après les récits de miracles des dieux païens. Nouvelle trace, peut-être, d'une influence grecque.
2 Duchesne, Fastes, i, 111.
ancien texte qui atteste explicitement les pouvoirs métropolitains de l'évêque d'Embrun *. Jl ne peut pas y avoir de doute que la création de la métropole ecclésiastique d'Embrun en faveur d'ïngenuus n'ait été inspirée par la même politique que la réunion de Nice à Cimiez et l'organisation de la province métropolitaine de Vienne [mai 450] : je veux dire le désir d'attacher à Rome certains évèques afin de pouvoir plus aisément brider les prétentions primatiales d'Arles. Cela est clair et cela est sûr.
Voici qui est moins clair et moins sûr. Pourquoi trouvonsnous une version de Nazaire- Celse où Embrun n'est pas mentionné? La fortune métropolitaine d'Embrun paraît contemporaine de l'extension de Cimiez : ici et là, c'est Rome qui agit, au même moment, en vue d'un même but. Pourquoi nos textes ne trahissent-ils pas tous cette solidarité historique?
Ou bien ce n'est pas à la même date exactement que Cimiez a absorbé Nice et qu'Embrun est devenu métropole ; la version B de Nazaire sera, dans ce cas, une correction postérieure à la promotion d'Embrun, et c'est la version A * qui sera rapportée à l'ami de Valérien. Ou bien les deux faits sont contemporains exactement et datent du voyage d'ïngenuus à Rome [451-452] ; et la dualité des versions dérive d'un caprice de l'auteur ou d'un supplément d'information qu'il se sera procuré [ad scm Pcregrinum; etc...]. Ou bien Embrun était mentionné dans le texte primitif ; et la suppression d'Embrun est une correction de date postérieure, faite à Milan, où l'on ne comprenait pas la mention très inattendue de cette ville ; le correcteur n'aura pas osé supprimer Cimiez ; c'était la patrie de Celse. Cette dernière hypothèse me paraît la plus vraisem-
1 Thiel, i, 152. — Peut-être y a-t-il eu une première tentative romaine, dès 445. Mais, en 449, Embrun et Cimiez nppuieot contre Rome la politique d'Arles. Duchesne, Fastes, i, 115, sq. et 287. — Cf. Babut, 295. — Je crois, avec M^r Duchesne, que c'était Marseille, non Aix, qui disputait Nice à Embrun. Auzanius avait sans doute travaille pour £Eustasius de Marseille, comme Veranus de Vence, très certainement, avait travaillé dans l'intérêt de Valérien de Cimiez.
58 Comparer prologue de Nazaire, A: « nostri praerogativa patroni... si verbis cuucta debuissent compoui, lingua ut arbitror sufficere non posset » ; et le début de la 15° homélie de Valérien : « Multa mihi loquendi apud vos tiducia est,... licet non tantum lingua sufficiat quantum martyria 2)Ostulant\P. L., 52. 738. B|. — Comparer prologue de Nazaire, A : «vera in filiis mater Christi sponsa gloriatur Ecclesia,.. avec le § 4 du sermon pseudo-ambrosieu sur Nazaire ; c'est la loi qui est la mère du martyre [P. L.t 17, 716- 717].