AP0LL1NARIA ET EUGENIE
loise : celle-ci dut connaître par celui-là les projets de celui qui s'annonçait comme le restaurateur de l'empire ! ; elle s'intéressa sans doute à la légende qui illustrait sa maison.
Le nom même de la prétendue fille d'Anthemius devait contribuer encore à intéresser les amis de Sidoine. Comme la fille d'Anthemius, le fils et l'aïeul de Sidoine, un de ses amis, un de ses parents 2, enfin Sidoine lui-même s'appellent Apollinaris.
Les milieux gaulois prêtaient une attention passionnée aux événements d'Orient 3, la correspondance des papes avec les évèques des Gaules en fait foi. Et c'est Avitus de Vienne même que loue le pape Hormisdas parce qu'il s'enquiert avidement des événements de Constantinople *.
Rien de plus aisé que d'admettre la diffusion en Gaule, à la fin du ve et au début du vie siècle, d'une histoire merveilleuse concernant une fille de l'empereur Anthemius; rien de plus aisé à admettre que l'utilisation de cet écrit par un écrivain gaulois de ce temps. Au thème banal d'une vierge déguisée en moine, un lecteur à'Âpollinaria aura ajouté l'incident pittoresque d'une accusation piquante et d'une reconnaissance dramatique : ainsi se sera formée la légende d'Eugénie telle que la connaît Avitus. Puisqu'il joue sur le nom de Mélanthia, ne savons-nous pas que notre auteur comprend le grec? Et, comme c'est le Gaulois Avitus qui le premier signale son œuvre, on peut très bien croire que, si l'auteur n'est pas Avitus même % il est Gaulois comme lui.
* Sidoine : Carm.t u. 13. sq ; Epist. I, 4, 5, 6, 9. — Cf. Yver : Eurio roi des Wisigoth* [Etudes d'histoire du Moyen Age... Paris, 1896, p. 20-21).
» Tillemont, xvi, 195, 281-284. - 225-203.
• Cf. infra.
4 Lettre 137. [Guenther, 560-564]. c Qui de hi§ quee ad diêciplioain catholicam pertinent maxime sciens instrui cupit, quidstudii circa mandata diuina habeat euidenter oetendit... atque ideo exultamus ad ginceritatem propotltl lui, dilectissime frater, dum te secundum directas per Alethium presbyterum atque Diuentium diaconum litteras intuemur, et de impiis transgressorihus Eutychete atque Nestorio sedis apostolicœ constituta recolere et... inquirer » — C'est Gélase, très connu en Gaule, qui nous raconte l'histoire d'Hilair- »'t de Philothée-Anthemius, et la peste qui sévit alors.
5 Je remarque que Avitus a un frère, qui s'appelle aussi Apollinarie, I'. que de Valence | Avili Epiatol. XI — P. L , 59, 231. A et passim], — et q est en relations avgc Vitalieu [Epiât. 42. — P. Z.,59, 259-2601. Noter qu'un u ftls de Philippe t'appelle Avitus, dans la légende d'Eugénie, et que Sidoin Apollinaire était gendre d'Avitus, le rhéteur devenu empereur, puis évéque de Plaisance. Sidoine voulait écrire unr histoire des martyrs.
Que notre teite d'Eugénie soit un original latin, se* rapports avoc Arjyyts,
Nérée Achilîée,... le prouvent ; on sait assez le grec, à Lérius [Cf. les lettres d'Avitus, h, P. Z,., 59, 204, A, m, 211, A ; le jeu de mots sur le nom de Mélanie, a été fait d'abord par saint Jérôme, à propos de sainte Mélanie, l'amie de Rufin. Ep.y 123 ad Ctesiphontem, 3], pour que s'expliquent les jeux de mots sur Mélanthie, Eugénie, Basilla. La version syriaque publiée par Bedjan [Analecta, xiv, 207] et la version arménienne traduite par Conybeare \Ana~ lecta, xiu,293] dérivent de textes grecs, sans doute de celui qu'a signalé Franchi d. C. [S. Agnese, 45]. (Bibl. du patriarchat grec de Jérusalem : Codex 18 toù àytou 2à6a. Cl. infra G. M. R., v.)
Le texte latin ^Eugénie a-t-il été remanié, et peut-on dater ces divers remaniements? Seule une étude des mss. permettra de répondre. On peut dire dès maintenant : 1. La mention de Thècle [beati Pauli et virginis Theclx historia ; « ou beatissimi Pauli doctrina de virginibu9 in Theclœ historia ; Vatic. 1194, f. 89 ; Vallicell., n, f. 51 ; — cf. Vatic. 5771, f. 308 ou 274, jT, 43] a été supprimée sans doute après la publication du décret pseudo-damasien [G. M. H., v] qui condamne Thècle comme apocryphe ; 2. Certains détails ont été supprimés comme trop crûs [§ 12; et § 15] ; 3. La mort de Claudia, telle que la rapporte le Parasinus 3779, folio 22, est sans doute un complément postérieur [cf. Claudia avec Censurinus|.
Les gestes d'Eugénie ont été utilisés par les auteurs de Leucius [Bibl. Casin., m, fl. 358] et de Consortia \22 juin, 250. — Tillemont: xv, 121, 851- 855 1.