‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 61 sur 143 · TEXTES DE ROME ET DE PARIS · texte numérisé non relu

TEXTES DE ROME ET DE PARIS

(le férial hiéronymien nous empêche de le croire), il est sûr, à tout le moins, que l'histoire du Valère de saint Vincent est modele'e sur l'histoire du Valère de saint Augustin. — La version de Ruinart est donc un remaniement postérieur à saint Augustin des gestes antérieurs à saint Augustin.

En résumé, il est certain que les gestes de saint Vincent étaient rédigés avant 400 ; il est certain qu'il en existait dès lors plusieurs versions, deux au moins; il est certain que le texte probabile salis imprimé par Ruinart reproduit en les remaniant les gestes de la fin du ive siècle.

Or, les manuscrits nous ont conservé deux versions des gestes de saint Vincent qui diffèrent quelque peu du texte probabile satis

Le texte des Codices Vaticani 1196 et 5696 * commence par les mots : Beatus Vincentius extitit pâtre... civitatis episcopo. Ce texte retranche à la version probabile satis de Ruinart : 1. le prologue probabile satis; 2. l'épisode du gril; 3. la plus grande partie des discours. — Il y ajoute : 1. feinte de Dacien qui, bien qu'effrayé lui-même, veut intimider l'évèque ; ainsi, il aura plus facilement raison des autres clercs. Or, Dacien a été humilié, et vaincu par un diacre : combien plus éclatante encore eût été sa défaite, s'il avait eu devant lui l'évèque, caput sacerdotii ; 2. avant d'être enfermé dans la prison ténébreuse, Vincent est à demi déchiré entre les branches d'un arbre ; 3. on somme Vincent de nier la divinité du Christ : nega Chrislum deum esse ; 4. Vincent gourmande Vaière qui parle trop modérément à Dacien ; 5. le culte de Vincent est célèbre dans toutes les Kspagnes.

Le texte reproduit les deux passages de la version probabile satis qui dénoncent une époque post-augustinienne. La phrase nega Chrislum deum esse [§ \)\ s'expliquerait assez

» AnaUcta, i, 262

144 SAINT V1NCRNT

bien, si l'on admettait qu'elle a été écrite au temps où les Wisigoths ariens occupaient les Espagnes. Comme la version de Ruinart, la version Vaticane est donc un remaniement des gestes du iv* siècle, fait en Espagne sur un texte parent de celui que connaissait Augustin (absence du gril), di fièrent de celui que lisait Prudence (absence du gril; rien sur les livres sacrés). Elle est sans doute antérieure à la version de Ruinart: celle-ci supprime — comme inconvenants — les reproches du diacre à l'évèque.

Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, que semble avoir connu Ruinart *, rappelle parfois les deux versions précédentes mais s'en écarte parfois aussi : c'est, sans doute, notre plus ancien texte des gestes de saint Vincent ■. J'y remarque, en effet, l'absence des deux passages qui dénoncent une influence augustinienne ; y manque également la phrase nega Christum deum esse ; y manque encore le passage qui met en relief la noblesse de Vincent et nous fait connaître Euticius, Agressus, Enola ; y manque enfin l'épisode du gril ; Vincent nous apparaît comme un vieillard. Le court prologue probabile satis le rapproche du texte Ruinart, la mention du supplice de l'arbre 3 le rapproche de la version Vaticane. C'est sans doute le texte que lisait saint Augustin.

Restent trois autres versions des gestes, moins importantes que celles dont on a parlé déjà. L'une est un sermon \ prononcé par un prêtre espagnol 5 : il suit fidèlement Prudence 6;

1 Ed. 1859, p. 400, note 1. <• Heec (a sed quoniam usque ad Cum igitur) in 1 m». Colb. non habentur ».

* Codex Paris, 5301 [x« s.]. Cf. Cod. NA. 2179, 10870, 5274. Ce texte m'a été signalé par mon ami M. Cirot : il a bien voulu me communiquer la copie qu'il en avait prise. L'hypothèse que je présente à ce propos m'est personnelle.

3 «Divaricate prsetereadistentum robore » (je comprends : arbore) « corpus, quousque discerpi pœna artus possint. »

4 P. L., 39, 2095. « Cunctorum licet, dilectissimi, gloriosas martyrum passiones...»

5 P. L.y 54, 500. Cunctorum licet... gloriosas martyrum passiones... § 1. « Hune ergo amplius propria venerentur, quem etiam peregrinamirantur.» — — Cf. Tillemont, v, 215. — Quesnel a montré [S. Leonis Opéra, i, 384] que le texte n'est pas de saint Léon.

6 Rien sur Valère ; un seul gardien de la prison; l'épisode du gril. L'auteur joue [§ 4] sur les mots Vincentius- Vincens, mais ne souffle mot d'Eumorphius, ni des livres sacrés : il parlait sans doute devant un évéque [§ 3, Sanctitas ve*tra\.

Page 1