LÉGENDES D* ESPAGNE ET DE GAULE
doute, reflète les usages de l'époque wisrgothique — attestent la notoriété de cette histoire. Aucun de nos textes ne s'est allongé d'un appendice pour la redire; la passion de sainte Salsa, que certains de nos rédacteurs ont sans doute connue — on va le voir — les y invitait pourtant * ; il est probable qu'ils écrivaient avant que se fût opéré le miracle.
En résumé, on peut placer avant 400 la rédaction de l'hymne de Prudence, de sa source et du texte de Paris ; les sermons d'Augustin se placent au premier tiers du ve siècle ; de 430 à o50 s'échelonnent la version de Rome, le texte de Ruinart, la source du texte grec.
On précisera ces conclusions en comparant la légende de saint Vincent aux légendes qui lui sont apparentées, légendes d'Espagne et de Gaule, d'Afrique et de Rome.
Au contraire de ce qu'on pourrait croire, la légende de saint Vincent n'est pas très étroitement liée aux légendes d'Espagne et de Gaule.
A Girone, dans l'Espagne du nord, les chrétiens vénéraient à la même date que le Vincent de Saragosse (22 janvier), un saint qui portait le même nom et qui était mort à la même époque que lui. L'histoire de saint Vincent de Girone 2 n'offre aucun rapport avec l'histoire de saint Vincent de Saragosse.
11 en est de même de saint Vincent d'Agen. Si Grégoire de Tours l'appelle levita 3 — par souvenir, sans doute, du Vincent de Saragosse * — , le trait est personnel à saint Gré-
procher du sermon espagnol [P. L.t 85,675] ; ailleurs |679|, on croit retrourer le texte de Ruinart; ailleurs [6821, le texte résumé.
• Cf. infra, p. 14"J. A la passion de la saiute, on a joint le récit d'un miracle contemporain survenu au temps de la révolte de Firmus.
2 22 janvier 390.
» Gl. Mart., 104. — 9 juin 166 et Analecta, n, 299.
4 Mgr Duchesne, Fastei Jpi.icopaux, n, 144, n. 1. — Sur S. Vincent <!»■ Dm. rien à dire non plus. Cf. Duchesne, op. cit.. Il, 140.
goire : les gestes ne le reproduisent pas ; et leur physionomie, très originale, ne rappelle en rien notre légende.
Vincent d'Abula * nous en rapproche. On y voit apparaître Dacien, et certains traits accusent, peut-être, une parenté plus précise : l'effort que tente Dacien pour séduire Vincent, le soin qu'il prend de lui rappeler sa jeunesse.
C'est seulement les gestes de sainte Foi — une de leurs versions tout au moins * — qui trahissent avec netteté leur étroite parenté avec la légende espagnole. Voici les points de contact : 1. Jeu de mots sur le nom du saint [Vincentius-vincens; Fides nomine et opère vocor, § 3]; 2. Le prœses Dacianus ; 3. Le gril [lectus œneus9 § 4] ; 4. Epoque de Dioctétien; 5. Noblesse de la sainte ; 6. Elle s'offre d'elle-même aux ministri de Dacien, elle monte elle-même sur le eril; 7. Dacien tâche à séduire la sainte, blando sermone ; 8. Rappel de sa jeunesse et de sa beauté ; 9. Lorsque la martyre est sur le gril, on jette sur elle de la graisse (sur Vincent, de la graisse de porc) ; 10. Le peuple est introduit dans l'histoire. Il est vraisemblable que ce texte est postérieur aux gestes espagnols, et qu'il subit leur influence.
Ainsi, on ne voit pas qu'aucun texte espagnol ou gaulois antérieur aux nôtres 8 ait exercé quelque influence sur eux. Nous pouvons seulement soupçonner que Dacianus était un magistrat persécuteur dont le souvenir était resté vivace en ces pays ; — aucun document authentique ne nous le fait connaître. Peut-être appartenait-il à la même famille que le consul Dacianus de 358. Un compagnon du martyr Saturninus, un évêque donatistede Tamazuca (en 411), portent également ce nom.
Une étude rapide des actes des martyrs africains conduit à des constatations plus intéressantes : les gestes de saint Vincent ont subi leur action et leur ont emprunté le miracle de la mer,
» 27 octobre 205. — Cat. Paris, I, 339.
2 26 octobre 288 et 20 octobre 823. — Tillemont, it, 543, 754, et Duchesne, op. cit., il, 144-146. Le texte loug (20 octobre, Caprès, Dulcidius) rappelle aussi saint Vincent : 1. Jeu de mots sur Primas et Felicianus ; 2. Linges sanglants ; 3. Crainte qu'on jette le corps dans le fleuve ; 4. Songe qui révèle le lieu des reliques.
3 Sur saint Fructueux, et. infra.