‹ Étude sur les Gesta martyrum romains (volume 3)Chapitre 67 sur 143 · QUELLE EST L'ORIGINE DU MOUVEMENT LERINIEN · texte numérisé non relu

QUELLE EST L'ORIGINE DU MOUVEMENT LERINIEN

ment dont elle avait besoin. Ailleurs, dans les pays voisins surtout, — où Ton n'était pas aussi bien pourvu — , l'idée vint naturellement d'aller s'approvisionner en Afrique. Le rayonnement des actes des martyrs d'Afrique dans les payj méditerranéens n'a rien qui doive surprendre.

Deux faits contribuèrent encore à l'accroître à la fin du iv6 et au début du v* siècle. Au temps de saint Ambroise et au temps d'Honorius, Milan et le Milanais ont une exceptionnelle importance, nous l'avons dit ' ; et Rome exerce toujours une influence très active. Beaucoup d'Africains sont donc attirés en Italie, qui y importent leurs cultes, leurs martyrs, leurs traditions. On connaît le séjour de saint Augustin à Milan, et comment l'introduction du culte de Gervais et de Protais en Afrique dérive de ce fait. Je rappelle encore l'histoire de Victorin, de Fortunatianus, évêque d'Aquiléè, de Zenon, évèque de Vérone : nés en Afrique ils cherchèrent et firent fortune en Italie 2.

Les Vandales 3 établirent et firent durer leur domination en Afrique au début (depuis 427) et durant tout le cours du ve siècle ; de Carthage restaurée, depuis la mort d'Augustin jusqu'au désastre de Gélimer, ils firent trembler la Méditerranée occidentale, et persécutèrent tenacement les catholiques. Ce sont les dignes précurseurs des Arabes. Beaucoup de chrétiens s'enfuirent outre mer chercher la paix. Ils contribuèrent à attirer l'attention sur l'Afrique et à faire connaître ses traditions *. De là, sans doute, les cultes milanais de

* Cf. supra, p. 2-3.

* Cf. Monceaux: Histoire littéraire de l'A friqtie chrétienne, ni (1905), 361- 425. —Cf. Marcellin d'Embrun.

3 Papeucordt . Gesch, der vand. Herrschaft in Africa [Berliu , 1837] ; Gôrres : Kirche und Staatin Wandai enraie h (Deutsche Zeit., fur Gescb. Wis. (1893), u, i, 14-70. — Editions de Victor de Vite par HhIiû [M. G., 1879] et Petscbenig (C. V., 7, 1881. Cf. Ziuk : Bischof V. v. V. Geschichte. Bamberg, 1883,

* Je rappelle la fuite en Espagne des habitants de Tipasa, vers 484 (Victor de Vita, m, 6], le culte d'Arcadiu» à Ossuua [T&mayo : Mart. hisp., i, 130], de Marciana à Tolède |A SS. juillet, m, 244], de Marcel à Léon (octobre, m, 278], et, sans doute, de Victor de CésaréeàCerezo [Analecta, 1905, 257]. — Je rappelle que, dans Maris-Martha, Marthe se baigne la tête dans le sang de son fils ; sa joie nous rappelle la mère de Marieo dans Jacques et Marien. Comparer : tnachabaïco gaudio Mariani mater exul tans... non illi tant uni cœperat, sed et sibi quœ taie pignus ediderat gratulari. Complectebatur in /îlii corpore suorum viscerum gloriam, et in ipsa cervivis vulnera frequens osculum pietas religiosa figebat [Jacques -Marien. §, 13. — Ruinart, 273|, avec : Martha autetn colligens sanguinem mariti et filiorum caput suum litiiebat cum gaudio f Maris- Martha. — Cod. Paris, 5299, folio 21 {. — C'est à Naples

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Victor Maurus, Nabor et Félix ; l'introduction d'Anullinus dans les gestes de Firmus et Perpetuus ' ; la mention de l'Afrique dans Nazaire et dans Pontius * ; la couleur africaine de Vincent. De là, ces traditions africaines italianisées qu'expriment les actes de Félix de Tibiuca et ceux de Donat de Carthage (?) ; de là, cette réplique de Cassien de Tanger que présentent les gestes de Gènes d'Arles 3,

De toutes les églises d'Occident, Rome possédait les plus célèbres martyrs, les plus précieuses reliques ; c'était le centre du plus fameux pèlerinage latin. Nulle autre ne joignait à sa gloire impériale sa sainteté sacrée : les deux colonnes de l'Eglise, saint Pierre et saint Paul, reposaient dans la capitale du monde. De là, le prestige qui l'entoure ; de là, l'influence des traditions relatives à ses martyrs sur des légendes extra-romaines, telles que celle de saint Vincent ; de là, les gestes extra-romains de martyrs romains, tels qu'Agnès ou Sébastien.

L'Orient, patrie du Christ, et des Apôtres, et des Docteurs, et des Ascètes, est aussi la patrie des demi-dieux et des martyrs. De là, l'influence qu'il exerce : Agnès rappelle Polyxène, et Gervais-Protais Castor et Pollux ; Pigmenius est modelé sur Maris, Vincent et Laurent sur Macedonius, Jean et Paul sur Maximinus et Juventinus, Maurice d'Agaune sur Maurice d'Apamée, Eugénie de Rome sur Apollinaria d'Alexandrie, l'évoque Helenus sur les solitaires Helenus et

que se réfugie l'évêque de Carthage Quodvultdeus, et Eugèue a toujours les yeux touroés vers Rome.

' Ruinart, 636.

2 Les correspondances officielles dont il est question dans Nazaire sont peut-être un reflet de celles que mentionnent les actes de saint Cyprien [que copie certainement l'auteur d'Alexandre de Baccano. Cf. G. M. R., m|, — Dans les actes de Félicité et Perpétue, noter l'expression ordo tnartt/rii* qu'on retrouve dans Maurice et dans Vincent

> Sur Félix de Tibiuca [B. H. L., 2894, 2895. — P. L. 8679 et Ruinart, 390], cf. Monceaux : op. laud., ni, 137. La version primitive ne faisait pas sortir le martyr d'Afrique ; elle n'est accrue d'appendices qui placent sa mort, tautôt à Veoouse [version Ruinart] tantôt à Noie [version Baluze]. Venouse et Noie sont également en Italie.

Sur Donat de Carthage [H. II. L., 2297|, cf. 1er septembre 13X §t (îiovardi : Acta passioni.s et translationis SS. MM. Mercurii. Koroa, 1730,77. O sout des saints vénérés à Bénévent, et qui paraissent africains d'origin»'.

Sur Oenès d'Arles (B. II. L., 3305-3310). cf. Ruinart, 560, e\ 25 août, 131, I 40

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